Caractères spécifiques des chrétientés celtiquesLes caractères communs à l’Orient et à l’extrême Occident ne s’arrêtent pas à l’histoire, ils sont constitutifs et intrinsèques. Pour aller plus loin, il convient d’évoquer quelques-uns des traits spécifiques de ces chrétientés :
a) Parmi ceux-ci, l’intuition trinitaire est à la base de toute la tradition celtique, depuis ses origines les plus lointaines.
La triade est en effet la clef de voûte du système religieux celte et se reflète dans tous les aspects de leur vie politique et sociale. Cette structure trinitaire de la théologie des anciens Celtes facilitera la pénétration de la foi nouvelle. Quelques siècles plus tard, Erigène qui traduisit l’Aréopagite vers 860, défendra les formules des Grecs sur la procession du Saint Esprit dans son « De Divisione ». Si les Celtes ne semblent guère séduits par la tendance essentialiste des Latins qui conduira au schisme par l’addition du filioque, c’est peut être parce que leur piété particulièrement trinitaire, telle qu’elle ressort des quelques textes que nous possédons, était demeurée le support vécu d’un authentique personnalisme théologique.
b) La transparence du créé et de l’incréé. Un des traits constitutifs de la tradition celtique est le sens aigu de la "gloire de Dieu cachée dans les êtres". II ressort particulièrement dans les vies des saints, surtout les plus anciennes, comme la « Vita Columbani » (VIIe siècle), exemplaire à ce titre.
Or, une telle valorisation du créé dépouillée de toute idolâtrie, cette école de contemplation du monde comme théophanie, cette importance du symbole qui ouvre le sensible sur le verbe spirituel du monde, tout cela constitue l’un des axes de l’Orient patristique.
De l’Aréopagite à saint Maxime, de saint Isaac à saint Grégoire de Nysse, nous retrouvons cette tradition, qui s’épanouit aussi bien dans l’art théophanique de l’Orient que dans les grandes synthèses théologiques d’un saint Maxime sur le logos des créatures ou, bien plus tard, de saint Grégoire Palamas sur l’infusion du créé par les énergies incréées de la Divinité. A rebours de cette tradition, la pensée augustinienne, surtout dans son interprétation scolastique, va opérer un divorce définitif entre l’âme et le monde ainsi qu’entre la grâce et la nature.
c) Le rapport entre nature et grâce, cette pierre d’achoppement entre l’Orient byzantin et l’Occident latin dans l’ordre ontologique, se retrouve à propos du rapport entre liberté et grâce dans l’ordre sotériologique.
Dès le VIe siècle, l’augustinisme maximalisé devient la doctrine romaine officielle, bien qu’une majeure partie du monachisme gaulois, demeuré en liaison étroite avec les moines d’Orient, comme saint Jean Cassien, saint Vincent de Lérins et beaucoup d’autres, continue de professer la doctrine commune à tout l’Orient sur la relation entre notre nature créée libre et la grâce de l’illumination. Rejetant le platonisme spiritualiste d’Augustin, Cassien affirme au contraire la corporéité de l’âme (et donc l’importance de l’ascèse), la primauté de l’illumination mystique sur la contemplation intellectuelle, et surtout le caractère souverain de la liberté humaine dans l’œuvre du salut. Cette conception, traditionnelle en Orient, qui place la liberté personnelle à parité avec la grâce, sera développée par saint Grégoire de Nysse sous le nom de synergie, comme la doctrine des Eglises d’Orient.
En Occident, les écrits de Cassien et de ses disciples seront condamnés, malgré la sainteté reconnue de leurs auteurs, au concile d’Orange de 529, comme semi-pélagiens. Ce choix de l’Eglise latine sera fondamental quant à l’évolution de toute la pensée occidentale par la suite, préparant le triomphe du thomisme et de l’averroïsme au XIIIe siècle.
Or, là encore, les Eglises d’Irlande et de Bretagne prirent fait et cause pour la doctrine de la synergie, à tel point qu’on les retrouve accusées de semi-pélagianisme sous Grégoire le Grand.
d) Un bref survol des principaux aspects communs à l’Orient et aux Celtes chrétiens serait inachevé sans une évocation du thème de l’épectase. Celui-ci est longuement développé par saint Grégoire de Nysse dans la Vie de Moïse qui est une lecture spirituelle du livre de l’Exode.
Ce thème, traditionnel en Orient où il apparaît déjà chez Philon et Origène, considère la plénitude du Royaume comme une migration dynamique "de gloire en gloire", un exode infini de l’âme en Dieu infini. Dieu se donne infiniment à l’âme dont la participation à la divinité ne saurait elle-même être limitée, dès lors que nous serons "semblables à Lui".
Mystique dynamique, cette représentation du Royaume est loin de l’imaginaire de l’Occident latin médiéval, pour lequel le paradis est souvent figé dans la rétribution des mérites et la contemplation statique du trône divin.
Elle trouve paradoxalement un écho en Irlande des VIe et VIIe siècles avec le récit de la navigation de Saint Brendan. Abbé d’un monastère des côtes irlandaises, celui-ci entreprend avec douze de ses moines un voyage à la recherche du paradis. De merveille en merveille, cette odyssée chrétienne conduira saint Brendan vers l’éternité dans une navigation sans fin, figure de son propre exode intérieur. Ce récit irlandais, dont les versions abondent, fut dûment commenté tout au long du Moyen-Age ainsi qu’à l’époque moderne. Ici encore, il n’est pas interdit d’y trouver une conception "initiatique" de la destinée de l’âme, se rapprochant de l’épectase chère aux commentaires orientaux de l’Exode.
ConclusionCe rapide aperçu des caractéristiques communes aux deux traditions ne prétend pas établir entre elles un rapport d’équivalence. En effet, la tradition de l’Orient chrétien est aujourd’hui la tradition vivante de l’Eglise alors que la tradition celtique est une tradition ecclésiale éradiquée aux environs du XIIe siècle, et notre propos n’est pas ici de la ressusciter artificiellement.
Certes, nombre de ses aspects ont plus ou moins perduré dans les cultures populaires des pays celtiques, mais celles-ci sont aujourd’hui peu à peu absorbées et dissoutes dans le grand chaudron positiviste contemporain. Ces quelques lignes voudraient simplement contribuer à restituer la parenté foncière qui exista entre deux réalités anachroniques et heureusement transchroniques, la Celtie et l’Orthodoxie, dont nous vivons la rencontre après huit siècles d’histoire manquée.
Ainsi, de même que la Vérité de Dieu nous rend toujours notre vérité d’hommes, la Tradition à laquelle l’Esprit nous greffe nous rend-elle à l’esprit de notre tradition d’hommes.
Diacre Maxime le Diraison
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.:Fergus:.
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Ceist, a gillai forcetail, cia doaisiu mac ?
Respondit Nede : Ni ansa : macsa Dana, Dàn mac Osmenta, (...) Ergna mac Ecnai, Ecna mac na tri nDea nDàna