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 Les offrandes

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Auetos
Druide C.C.C.
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Date d'inscription : 02/01/2006

MessageSujet: Les offrandes   Lun 9 Jan 2006 - 21:23

Il est devenu habituel de placer parmi les rites importants qui animent la vie d’un lieu de culte, ceux qui touchent à l’offrande. Or, l’offrande ne constitue pas une catégorie propre de rites qui se distingueraient de ceux du sacrifice ou de la libation. L’ « offrande » est une facilité de langage chez les historiens de la religion qui regroupent sous cette appellation tous les dons de nature matérielle offerts à la divinité, par opposition aux dons de nature animale.
Afin de bien distinguer la réalité religieuse gauloise, nous distinguerons : les offrandes matérielles installées dans le sanctuaire, les ex-voto, les offrandes végétales et les offrandes incluses dans le rite sacrificiel.


Les dépôts d’objets :

Habituellement on emploie pour désigner un dépôt fait dans un espace consacré le terme grec anathémata. Le rite dans lequel entre ce dépôt est bien précisé par le mot lui-même, issu du verbe anatithémi qui signifie « poser sur », « suspendre à ». Il consiste donc à prendre un objet, à le poser sur le sol de l’aire sacrée ou sur un tréteau, ou à l’accrocher sur le temple ou à un poteau et à le conserver dans la position où le rite l’a placé. En Grèce, les objets qui peuvent devenir des anathémata sont variés ; dépouilles prises sur l’ennemi, récompenses reçues dans des compétitions athlétiques, couronnes, statues, etc.
En Gaule les représentations les plus nombreuses et les plus spectaculaires, de cette catégorie d’offrandes, sont les dépouilles prises à l’ennemi. Dans bien des cas ces dépouilles sont consacrées dans le sanctuaire en un rite beaucoup plus complexe que celui que nous voyons en Grèce et qui est assez comparable à un autre rite grec dont l’anathémata se distingue justement, le tropaion, terme plutôt réservé à la consécration des dépouilles sur le champ de bataille même.

Dans le courant du II° siècle avant è.v. la pratique du trophée total comprenant la dépouille humaine et ses armes est progressivement abandonnée. Par contre l’habitude de stoker des armes dans un lieu de culte, cette fois comme de véritable anathémata, persiste. Beaucoup d’armes et de parures datant du II° et début du I° siècle avant è.v. témoignent de cette pratique.
« Les Arverniens montraient en un de leurs temples une épée pendue, qu’ils disaient avoir été gagnée sur César ; et lui-même depuis, en passant un jour par-là, la vit et s’en prit à rire ; et comme ses amis la voulussent faire ôter de là, il ne voulut pas qu’ils le fissent, disant qu’il n’y fallait pas toucher puisque c’était chose sacrée. » (Plutarque)

Ce récit nous confirme que les Gaulois dans leurs sanctuaires se livraient à des gestes parfaitement semblables à ceux des Grecs : suspendre une épée au mur d’un temple ou de la clôture de l’enceinte sacrée.

Beaucoup d’objets étaient simplement posés au sol ou sur des banquettes périssables. Le sol du sanctuaire de Ribemont nous donne une bonne idée de la densité du matériel votif qui occupait l’espace intérieur de l’enceinte. A côté des armes figurent de nombreuses parures (fibules, bracelets, perles de verre et de bronze), ainsi que des éléments de seaux et de chaudrons en bonze. Ce qui faisait ressembler cette enceinte sacrée à n’importe qu’elles autres rencontrées en Grèce ou à Rome.


Les ex-voto :

Les ex-voto, comme leur nom l’indique, sont le produit d’un vœu. Ce sont des présents donné à une divinité en remerciement de son aide ou pour lesquels on espère avoir son concours. D’une façon assez générale, c’est le secours thérapeutique d’une divinité qui est demandé de cette façon. Et dans les sanctuaires, ou aires naturelles (sources) dédiés à une divinité guérisseuse, ces dons sont représentées par de petites statuettes dites « anatomiques », de pierre ou de bois représentant la région du corps qui souffre, parfois c’est l’image complète du pèlerin ou celle de la divinité qui est sculptée, ou encore, à l’époque gallo-romaine, une dédicace.


Les offrandes végétales :

La plupart des religions reconnues montrent un usage plus ou moins développé de l’offrande végétale. Celle-ci présente deux formes : l’offrande de végétaux fraîchement récoltés (céréales, fruits, herbes aromatiques, fleurs, plantes, branches d’arbres, etc.), ou l’offrande de produits confectionnés à l’aide de ces mêmes végétaux (gâteaux, bouillie, boissons, etc.).


Les offrandes incluses dans le rite sacrificiel, libation :

Comme les précédentes, elles sont de celles qui laissent peu de traces susceptibles d’être observées par l’archéologie. Néanmoins, nous pouvons certifier de leur existence dans le culte gaulois, parce que de telles offrandes au cours du sacrifice existent dans toutes les religions, et parce que les installations cultuelles dans les sanctuaires se prêtent aussi bien à de tels dons matériels qu’au sacrifice animal.
Dans les religions antiques les autels creux connaissent deux usages. Le premier nous l’avons évoqué avec le sacrifice du bœuf à Gournay. Le second est de recevoir des libations de liquides, de boissons, voire de végétaux ou de produits manufacturés qui ont une forme suffisamment fluide pour pouvoir être versés à partir d’un récipient.


La technique du sacrifice :

Lorsqu’une oblation est offerte à un dieu puis jetée dans la bouche du feu accompagnée de gestes et de paroles rituels, ceci constitue l’acte fondamental du sacrifice qui comprend donc quatre éléments indispensables : l’offrande, le feu, la parole et le geste.
Le sacrifice est une technique. Son but et sa force sont des éléments essentiels de son efficacité.
« Le sacrifice accompli sans rituel, sans offrandes de nourriture et sans piété est un sacrifice noir. » (Bhagavad-Gîtâ)

L’offrande du sacrifice varie selon la nature et le but du rituel, la divinité à laquelle le sacrifice est adressé et sa place dans le sacrifice universel. On emploie pour les oblations des céréales (blé, orge, etc.), de l’huile ou du beurre clarifié, des animaux (porc, mouton, bœuf, etc.), de l’hydromel, du lait caillé et du lait.

« Dans le rite romain, le service commence généralement au début de la journée civique, au lever du soleil, en marge du lieu de culte. Les sacrifiants et assistants se sont au préalable baignés. Ils portent des vêtements de cérémonie propres […] Sélectionnés en fonction du sexe de la divinité et d’autre critères rituels, les victimes animales, toujours des animaux domestiques (bovins, ovins, porcins, plus rarement des caprins), ont été lavées et parées de rubans et de bandelettes de laine blanche ou écarlates, leurs cornes sont dorées et parfois ornées d’un disque (pour les bovins), le dos des porcins et des bovins est couvert d’une couverture à franges richement décorée […] Une fois les préparatifs achevés, une processions se dirige vers l’autel de la divinité que l’on veut honorer. Entourés de leurs assistants, les sacrifiants s’avancent jusqu’à l’autel. Le sacrifice commence au son de la flûte. Il débute par la « préface » (praefatio). Le sacrifiant offre, dans le feu de l’encens et du vin […] Après la praefatio, le sacrifiant passe à l’immolation (immolatio) de la victime. Dans le rite romain il saupoudrait le dos de la victime de farine salée (mola salsa d’où le terme in-molatio), versait un peu de vin sur son front et promenait, enfin, le couteau sacrificiel sur le dos de l’animal […] »

Dans le rite grec le sacrifiant, qui avait alors la tête découverte et couronnée de laurier, jetait quelques grains de blé et de l’eau sur la tête de la victime, et brûlait ensuite dans le feu quelques poils du front de l’animal.

« Une fois fait, le sacrifiant ordonnait à un sacrificateur d’agir : celui-ci assommait puis saignait les bovins ; les victimes plus petites étaient égorgées. En principe, la victime devait montrer son consentement, notamment en baissant la tête : aussi était-elle généralement attachée à un licol passant à travers un anneau situé au pied de l’autel, de sorte que sa tête pouvait faire, avec l’aide d’un sacrificateur, le geste d’acquiescement. Toute manifestation de peur et de panique par une victime, ainsi que tout autre désordre étaient prohibés pendant la cérémonie ; s’ils se produisaient, ils énonçaient un présage défavorable pour les sacrifiants […] Une fois égorgée, la victime était mise sur le dos et ouverte. »

En Gaule, la mise à mort prenait des formes diverses. Quelques crânes retrouvés dans le sanctuaire de Gournay montrent la trace caractéristique que produit le coup de hache sur la nuque, méthode la plus classique dans le monde antique. Au vu de ce type de coup mortel, on peut certifier, sans trop se tromper, que comme à Rome on invitait la victime à baisser la tête vers le sol, en lui présentant à boire ou à manger. De cette manière, elle paraissait consentir à son sacrifice et surtout prenait la pose qui seule permettait la mise à mort.
D’autres crânes présentent un impact impressionnant sur le frontal. La forme circulaire de cet impact indique l’emploi d’un merlin. Une trace unique de section losangique prouve que l’on utilisa un fer de lance, opération spectaculaire et quelque peu acrobatique. Plusieurs crânes ne portent aucune trace ; il faut donc imaginer un type de coup qui n’atteignait pas l’os : l’égorgement est probable.

« Avec l’aide de ses assistants, notamment l’haruspice, le sacrifiant s’assurait que l’offrande était acceptée par la divinité. L’agrément était signifié par l’état de la fressure […] Une fois cette étape franchie, la victime est partagée. Les parts de la divinité (la fressure, c’est-à-dire le siège de vie) étaient mises à cuire dans une marmite, s’il s’agissait de bovin, ou bien grillés sur des broches. La cuisson ou la grillade achevée, le sacrifiant versait la part divine, dûment saupoudrée de mola salsa et de vin, dans le feu sacrificiel brûlant sur l’autel. L’offrande aux dieux aquatiques était précipitée dans l’eau, pour les divinités chthoniennes ou celle d’en bas, on la jetait par terre, on la brûlait par terre ou dans une fosse […] Lorsque l’offrande avait été consumée par les flammes ou déposée par terre, le reste de la victime était « profané », c’est-à-dire le sacrifiant la « saisissait » par l’imposition de la main et la rendait ainsi propre à être consommée par les hommes […] Les victimes offertes aux divinités d’en bas étaient brûlées entièrement, car les « vivants » ne pouvaient pas se mettre à table avec les divinités patronnant le monde de la mort. » (J. Scheid)

Là encore, nous nous trouvons devant une variante du rite chtonien. D’après ce que nous indique les restes sacrificiels de Gournay, les Gaulois ne brûlaient pas la victime destinée au dieu d’en dessous mais l’a laissaient se décharner totalement dans un autel creux. Au terme de cette période, on procédait au nettoyage de la fosse par l’enlèvement de la carcasse. Le nettoyage était soigné. Le sol était même finement gratté. Les os exhumés faisaient l’objet d’un tri. Une partie était immédiatement déposée dans le fossé de clôture, utilisé comme un dépotoir sacré. Les crânes, eux, faisaient l’objet d’un traitement spécial. Ils étaient exposés avec les armes et les crânes humains sur le porche de l’entrée du sanctuaire.

Comme nous venons de le voir, à deux ou trois différences près, nous pouvons dire que le sacrifice orchestré par les druuides était rigoureusement semblable à ceux de Rome, de Grèce, de l’Inde védique ou plus généralement à ceux du monde Indo-européen.

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