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 Le Gui

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Dubicattos

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MessageSujet: Le Gui   Ven 1 Déc 2006 - 17:39

« Celui qui guérit tout »

Les druides accordaient aux plantes des vertus médicinales incontestables, et pour cette raison il fallait les ramasser d’une façon très particulière. Chacune d’entre-elles avaient son rituel propre.
D’après Pline, la selago, par exemple, devait être récoltée à jeun, vêtu de blanc, la main droite passant dans l’emmanchure de la gauche, faute de perdre toute propriété … Autre exemple, selon un copiste médiéval de l’œuvre de Lucain, les glands que le chêne produit en grandes quantités auraient été eux aussi consommés par les druides afin d’entrer en contact avec les puissances divines.

Tout cela semble à priori plus proche de la superstition que d’une science véritable. Pline, comme d’autres, aurait-il fait preuve de crédulité, colportant les histoires les plus invraisemblables à propos des Gaulois ?

Qu’en est-il alors du gui et de sa célèbre cueillette par les druides ?

Le gui qui se développait sur le chêne rouvre sacré des druides était des plus rares : en effet, seules quelques espèces d’oiseaux (fauvette, grive, geai) assurent la reproduction du gui dont elles consomment les baies. De plus, l’épaisseur de l’écorce du chêne, ainsi qu’une production de toxines tentent d’empêcher la fixation de cet hôte envahissant et mortel déposé avec les déjections des volatiles. Cette rareté naturelle, renforcée par une croissance lente, explique que le gui sacré n’était cueilli qu’une fois l’an, vraisemblablement vers les mois Décembre-Janvier.
A propos des vertus du gui, le naturaliste latin précise par ailleurs, sans que l’on sache s’il fait précisément référence aux croyances des druides, que la plante parasite « … guérit l’épilepsie, fait concevoir les femmes qui en portent sur elles ; que mâché et appliqué sur les ulcères, il les guérit très efficacement … ». Aujourd’hui, de nombreux travaux ont montré que le gui, outre une certaine toxicité, possède d’indéniables propriétés médicinales : c’est un hypotenseur, un tonicardiaque et un vasodilatateur, capable également de combattre certaines tumeurs, qualités sensiblement proches de celles de la revitalisante décoction mentionnée par Pline.
Ainsi, l’intérêt porté au gui par les druides reposait sur de réelles qualités médicinales. En fait, au-delà des vertus de la plante, c’est évidemment une croyance d’ordre magico-religieuse qui donnait toute son importance à « Celui qui guérit tout ». Alors que les fruits du gui verdoyant étaient proches de leur maturité, le chêne porteur et la végétation qui l’environnait donnaient l’apparence de mourir. Symbole de vitalité, la plante arborescente coupée prenait une teinte dorée ; sans doute les druides voyaient-ils en elle la garantie du retour du printemps. De ce point de vue, le texte de Pline apparaît comme un jeu d’analogies parfaitement cohérent ; blancs, les baies du gui, la robe des jeunes taureaux et le vêtement du druide ; or, la lune, en forme de croissant large ou de quartier au sixième jour, la serpe, et plus tard le gui séché. Quand au sang des animaux qui coule au pied de l’arbre sacré et l’alimente, il est la contrepartie du liquide obtenu à partir de la plante.
La cueillette permet au chêne rouvre de croître et d’affirmer la bienveillance de Taranis, ce dieu majeur, représenté par l’arbre lui-même.


Dernière édition par le Dim 3 Fév 2008 - 7:42, édité 1 fois
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Auetos
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MessageSujet: Re: Le Gui   Mer 6 Déc 2006 - 17:47

« On ne doit pas non plus oublier à ce propos l’admiration qu’ont les Gaulois [pour le gui]. Les druides – c’est ainsi qu’ils appellent leurs mages – n’ont rien de plus sacré que le gui et l’arbre dans lequel il croît, à condition que celui-ci soit un rouvre … Mais celui-ci est extrêmement rare à trouver, et, en a-t-on découvert, on le cueille en grande pompe religieuse, surtout le sixième jour de la lune qui marque pour eux les débuts des mois et des années et du siècles au bout de trente ans, parce qu’elle aurait déjà assez de force, sans être en son milieu. Ils appellent [le gui] dans leur langue « celui qui guérit tout ». Après avoir préparé au pied de l’arbre et selon les rites le sacrifice et le repas religieux, ils amènent deux taureaux de couleur blanche dont les cornes sont attachées pour la première fois. Un prêtre paré d’un vêtement blanc monte dans l’arbre, avec une serpe d’or il coupe le gui : celui-ci est recueilli dans un sayon blanc. Ensuite ils immolent les victimes en priant le dieu de faire ce présent propice à ceux à qui il l’a donné … » (Hist. Nat. XVI, 250)

Ce rituel gaulois, décrit par Pline l’Ancien, dans le milieu du I° s. ap. è.v. a peut-être son prolongement dans cette ancienne tradition écossaise des Basse-Terre conservée par le progéniteur du clan des Hays vers 1178 et rapportée par Fraser (Hays d’Errol, in Golden ough), en 1880 … l’insigne des Hays était le gui. Il y avait autrefois dans le voisinage d’Errol, et non loin de la pierre du Faucon, un énorme chêne dont on ne connaissait pas l’âge et sur lequel cette plante poussait à profusion ; on associait à cet arbre de nombreux charmes et légendes, et on disait que la durée de la famille Hay était liée à son existence. Un rameau de gui, coupé par un Hay la veille de la Toussaint, avec un poignard neuf, après qu’on avait fait trois fois le tour de l’arbre dans le sens du soleil, et qu’on avait prononcé une certaine incantation, passait pour être un charme très sûr contre toute magie ou sorcellerie, et une protection infaillible un jour de bataille.

Que signifient ces rites ?
Bien simple comme disent nos conteurs.

La première cueillette du gui de l’année celtique s’effectue, selon le calendrier de Coligny le 4ème jour du mid riuros, soit en décembre – janvier. Le gui fleurit de mars à mai, fructifie d’août à novembre (maturité en septembre, fruits restant en place jusqu’en mars suivant), et renouvelle son feuillage peu après. Au solstice d’hiver, précise même Virgile qui y voit l’une des raisons du choix de cette plante comme symbole.
L’hiver, les sombres mois du déclin solaire, la saison du règne des puissances ténébreuses et de la mort approche ; déjà les bois subissent son atteinte, la nuit hivernale s’étend, la végétation ligneuse semble morte à jamais …mais le gui demeure, brillant et bien vivant, témoignage d’espoir, symbole de la confiance en la pérennité de la Vie, du cycle perpétuel des renouvellements, donc de l’éternité. Quand tous les arbres paraissent morts, le gui montre que la vie est toujours latente et prête à éclore, qu’à toute mort succède inévitablement une renaissance.

La végétation du gui suit les péripéties du cycle du Soleil ; il se renouvelle en même temps que ce dernier. Le gui est aussi cueilli pour le solstice de printemps, au maximum de la puissance solaire, époque qui coïncide avec sa floraison.

D’un point de vue religieux, on peut considérer que ce fut Taranis, le Dieu de la Foudre, qui, de son météore, manifestation éclatante de la Vie cosmique éternelle, avait naguère engendré ce gui du rouvre.

Ainsi c’est le gui qui y pousse qui désigne le chêne sacré, l’Arbre de Vie.

Son fruit, globulaire, d’une transparence ambrée – comme la lumière lunaire – représente la lune. Il évoque la permanence nocturne (la saison sombre, l’hiver, et la nuit) du Soleil fertilisateur en son aspect lunaire, régularisateur, notamment des humeurs féminines. Sa baie écrasée peut être comparée à la semence masculine. Sa tige et ses feuilles sont la terre réceptrice (courbe des feuilles), source de toute Fécondité. Et l’on retrouve, associées dans le gui, les deux notons inséparables d’éternité et de fécondité.

En outre, par la forme de sa touffe et celle de ses baies, il est un monde en soi, clos, force concentrée, perfection, puissance. Si on examine la baie, on y voit quatre segments semi-circulaires noirs autour d’un point central. Ce schéma représente les quatre cités mystiques : Goriassos au nord, Moriassos au sud, Uindiassos à l’est et Ualliassos à l’ouest.

Le gui sacré, luni-solaire, doit être coupé avec un métal digne de lui, intact ; d’où les faucilles d’or, le métal de cristallisation solaire, et le poignard neuf. Il est reçu sur un voile blanc immaculé, signe de pureté et couleur virile.

Se nourrissant de la sève de l’arbre qui le porte, le gui, se situe sur un autre plan, le modèle de la solidarité inébranlable, le symbole de l’union indissoluble ; mais son mode de multiplication et de propagation enseigne encore que tous les êtres, quel que soit leur genre (animal, végétal ou minéral) dépendent étroitement les uns des autres : la Nature est un équilibre à ne pas rompre ; tous ceux qui existent, possédant une parcelle de l’ « anima » cosmique, sont fraternellement solidaires. En effet, la fécondation des fleurs des touffes femelles du gui par le pollen des touffes mâles est assuré par plusieurs agents vecteurs : le vent, les abeilles, mais surtout les fourmis qui, circulant d’une touffe à l’autre, recueillent et transportent les gouttes de nectar se trouvant sur les fleurs.

Une fois la fécondation réalisée, la « boule » mûre – telle la rondeur blanchâtre pleine de promesse, et indice de la stérilité conjurée, du ventre de la femme enceinte – est prête à la propagation multiplicative : mais il est rare que les grains puissent tomber sur une branche et y rester ; il semble que, même dans ce cas, la germination est difficile. C’est un oiseau qui va assurer la dissémination de l’espèce ; lorsque la nourriture devient rare, tous les fruits d’automne ayant disparu, la grive draine est heureuse de se nourrir avec la baie du gui qui, elle, résiste aux rigueurs de l’hiver. Elle avale les baies entières sans les déchirer, et la digestion respecte seulement les graines qui remontent intactes de l’oiseau avec les déjections. Ces dernières sont souvent déposées sur les branches ; ainsi les graines vont pouvoir germer. De plus, il a été établi que l’intervention de la grive draine était une circonstance sinon indispensable tout au moins favorable à une bonne germination des graines de gui.

L’escalade du chêne où se fait la cueillette est une montée au ciel de l’officiant par le moyen de l’arbre de Vie.

Mais le gui est aussi le Rameau d’or. Ramassé en fin d’automne, son feuillage étant vert et ses baies blanches, il va acquérir progressivement cette jolie teinte dorée de soleil hivernal qu’il aura pleinement lors du solstice d’hiver, lors de la re-naissance de l’Astre invaincu.

Cueillir et conserver le gui, c’est s’approprier – au moins symboliquement – une parcelle de la Vie-Force cosmico-divine, c’est vouloir se protéger contre les excès de cette dernière ; d’où une quantité de coutumes et même de superstitions populaires : le gui abritant de l’incendie, de la foudre, des maléfices ; sa branche suspendue au-dessus de la porte des écuries et des étables protégeant les animaux, etc.

Les Celtes antiques considéraient le gui comme une panacée et leurs descendants des campagnes l’emploient encore pour le traitement de diverses maladies ; même la docte médecine officielle l’utilise comme antispasmodique, cardiotonique hypotensive, et reconnaît aux guis d’aubépine, d’allouchier et de peuplier des vertus anti et précancéreuses, ainsi que l’homéopathie.

Pour tous les Aryens, le gui fut, et demeure très souvent, la plante divine par excellence ; leurs mythologies en témoignent. C’est, pour les Germains, l’épisode hautement symbolique de la branche de gui acérée qui, lancée par l’aveugle Hod, va frapper mortellement le beau et lumineux Balder. Chez les latins, c’est l’Enée de Virgile descendant aux Enfers, éclairé et aidé par le Rameau d’Or ; chez les Hellènes, c’est le rameau doré (prototype du caducée) que Hermès, reçut d’Apollon en échange d’une harpe, et qui lui servit à dompter les puissances chtonio-infernales.

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Le Forgeron



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MessageSujet: Re: Le Gui   Lun 9 Juil 2012 - 19:24

Pourrait-on dire que le millepertuis est au solstice d'été et au soleil ce que le gui est au solstice d'hiver et à la lune ?

Cette plante était connue des druides ? étais-ce bien le "Saelago" gaulois ? Avait-il une importance moindre ? Avons nous des textes attestant de son utilisation ?

Merci
Le Forgeron
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Eber
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MessageSujet: Re: Le Gui   Mar 10 Juil 2012 - 18:00

Si la signature du millepertuis est plutôt solaire il n'est pas certain qu'elle soit le pendant du gui. Qui est quand même une plante à part en particulier par sa physiologie

Le millepertuis est très généralement et en particulier dans le folklore (tradition populaire au bon sens du terme) une plante liée au solstice d'été.
Très universellement utilsée en particulier dans une démarche prophylactique

On attribue généralement selago = lycopodium selago même si certains pensent que Selago = millepertuis

ici http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_2004_num_92_343_5674 une étude assez documentée sur la pharmacopée gauloise

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