forum consacré à l'étude du druidisme antique et contemporain.
 
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 Thirona

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tasgos

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MessageSujet: Thirona   Dim 15 Avr 2018 - 10:19

Sirona, Thirona, Dirona, est une déesse des sources et de la médecine. Nous la connaissons sous l'images d'une femme tenant un serpent et un ou des œufs. Hygie, déesse grecque de la guérison, porte aussi le serpent. Mais l’œuf et la médecine semble correspondre spécifiquement à la culture celtique.
Je m'étais demandé pourquoi l’œuf était ainsi représenté, et pourquoi le serpent était lié à la guérison si ce n'est son rapport avec le monde souterrain et avec la vie.
Je viens de trouver un élément de réponse dans un texte de Pline l'ancien (livre XXIX texte XII) traitant des remèdes fournis par les animaux sauvages.

"il est une espèce d’œuf très renommé dans les Gaules, et dont les Grecs n'ont pas parlé : en été il se rassemble une multitude innombrable de serpents qui s'enlacent, et sont collés les uns aux autres, tant par la bave qu'ils jettent que par l'écume qui transpire de leur corps; il en résulte une boule appelée œuf de serpent. Les druides disent que cet œuf est lancé en l'air par les sifflements de ces reptiles; qu'il faut alors le recevoir dans une sale sans lui laisser toucher la terre".

"ils prétendent qu'il faut choisir une certaine lune pour se procurer cet œuf comme s'il dépendait de la volonté humaine de faire cadrer l'opération des serpents avec l'époque indiquée. J'ai vu, pour mon compte, un de ces œufs fameux chez les druides; il était de la grosseur d'une moyenne pomme ronde; la coque en était cartilagineuse, avec de nombreuses cupules semblables à celles des bras des poulpes".

Peut être, s'agirait-il tout bonnement d'un vrai œuf de serpent que les druides tenaient en estime ? et lesquels se seraient plus à raconter des histoires de sueur de serpent aux romains ? Cela peut être un serpent enroulé sur lui même et pondant ses oeufs.
Le texte XI du livre XXIX de Pline l'ancien évoque les nombreux usages de l’œuf dans la médecine antique.
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AnamCara
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MessageSujet: Re: Thirona   Dim 15 Avr 2018 - 14:25

Bonjour Tasgos.

Il semblerait que ce que l'on appelle "Oeuf de Druide" soit en réalité des coques d'oursins fossilisés.
Voici une série de photos de ces fossiles, ici.
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tasgos

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MessageSujet: Re: Thirona   Dim 15 Avr 2018 - 18:21

Je vous remercie AnamCara pour cet autre voie,
Il semble que je puisse trouver des preuves archéologiques de cela ici  https://www.persee.fr/doc/bspf_0249-7638_2001_num_98_4_12570
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Brigonerta

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MessageSujet: Re: Thirona   Lun 16 Avr 2018 - 14:44

Je connais Sirona de non. Mais j'en sais bien peu de chose.
Tasgos, où peut-on la voir représentait avec oeuf et serpent ?
Déesse des sources et de la médecine dis-tu ?
J'avais lu qu'elle était plutôt associé à la lumière stellaire et qu'elle était parfois vu comme la parèdre de Lugh en Gaules gallo-romaine

Je n'y comprends plus rien.

Merci pour le texte trouvé sur Persée. Site que j'adore. Le sujet des oursins fossilisés m'intéresse grandement.
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tasgos

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MessageSujet: Re: Thirona   Lun 16 Avr 2018 - 18:25

Brigonerta a écrit:
Je connais Sirona de non. Mais j'en sais bien peu de chose.
Tasgos,  où peut-on la voir représentait avec oeuf et serpent ?
Déesse des sources et de la médecine dis-tu ?
J'avais lu qu'elle était plutôt associé à la lumière stellaire et qu'elle était parfois vu comme la parèdre de Lugh en Gaules gallo-romaine

Je n'y comprends plus rien.

Merci pour le texte trouvé sur Persée.  Site que j'adore.  Le sujet des oursins fossilisés m'intéresse grandement.

Chère Brigonerta, je vais éclaircir tout cela

Dans une description de Julius Caesar sur le panthéon celtique, livre VI texte XVII, celui ci remplace les nom celtes par des noms romains et écrit "Apollon guérit les maladies". Sur de nombreuses inscriptions, Sirona, aussi écrit Thirona ou Dirona, a souvent été associé à son parèdre Grannos, et ces deux divinités associés à Apollon. Ainsi nous pouvons en déduire que Sirona et Grannos guérissent les maladies. Ils ont été dédiés aux sources et fontaines Sacrées.
Sirona est dit Astre car son nom se rapproche du gallois dans lequel astre se dit Seren. Cependant, je pense que l'on peut aussi rapprocher ce mot au celte ancien Tiros, la terre, se disant également Thir et Tir en Gallois. Thirona, Dirona, peut aussi signifier "de la terre" ou "eau venant de la terre", interprétation personnelle.
Ici deux statues de Sirona, l'une en Bourgogne et l'autre à Hochscheid en Allemagne.





Les celtes n'étaient pas les seuls à dédier les fontaines aux dieux et aux déesses, cela se pratiquait dans de nombreuses régions de l'antiquité. Pline l'Ancien explique dans le livre XXXI l'usage des fontaines dans la guérison et indique "Sous des noms divers, elles augmentent le nombre des divinités et fondent des villes".
Apollon, n'étant pas un dieu de la guérison, en est toutefois lié car il est le père symbolique du dieu grec de la guérison Asclepios, que les romains priaient sous le nom de Esculape. Aussi la fille symbolique de Asclepios se nomme Hygie, soit Hygea en latin. C'est pourquoi les dieu celtiques de la médecine et des fontaines sacrées, Sirona et Grannos, ont directement été associés à Apollon par les romains comme s'il s'agissait de Esculape et Higea.
Voici une statue de Hygie



Pour ce qui est de Lugh, je crois qu'il est équivalent à Cissonius ou Uisucius, noms que les celtes donnaient à notre Mercure. Sur l'Autel de Reims, romanisé certes, Cernunnos se tient en compagnie de Mercure et Apollon. Si l'on replace cela dans le contexte celte, alors Cernunnos est à la fois uni à Grannos et Sirona les dieux guérisseurs, ainsi que Cissonius qui est le protecteur des humains.
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Brigonerta

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MessageSujet: Re: Thirona   Lun 16 Avr 2018 - 19:28

Merci Tasgos pour toutes ces précisions.
C'est sûr que Sirona, parèdre de Grannos et non de Lug, ça change la donne. Et éclaircit tout ce que tu viens de dire.

A la source sacrée de Glanum (Saint-Rémy-de-Provence), nous y trouvons le dieu Glanis, les Mères Glaniques et un temple dédié à Hygie. Point de référence à Appollon. Mais à Hercule .
Si un jour, tu devais passer dans le coin, je te recommande vivement de t'y rendre. C'est un peu mon pèlerinage annuel, même si je n'y vais jamais à la même date.
Néanmoins, évite les jours de grosses chaleurs. C'est un petit vallon encaissé et la chaleur y est infernale. Un vrai four !
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tasgos

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MessageSujet: Re: Thirona   Lun 16 Avr 2018 - 20:53

Merci pour cet ajout, j'aime assez la ville de Montpellier et il se peut que je revienne un jour.
J'ai pu visiter deux fois l'oppidum de Vailhauques dite du roc de Pampelune, qui est à ciel ouvert, à une heure à pied du village.
Je ne connaissais pas la source sacrée de Glanum qui semble avoir été importante au vue de son architecture imposante. Cette région est chargée d'histoire.
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Brigonerta

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MessageSujet: Re: Thirona   Mar 17 Avr 2018 - 13:58

Bah mince ! Je sais qu'il y a un oppidum à Fabrègues, mais je ne saurais le situer. Ils ont trouvé des tombes à char à Cournonterral, recouvert depuis par des logements. Ils ont également trouvé qq chose aussi à Clermont l'herault. Sous les constructions.
Il y a l'oppidum de Lodève que je veux aller voir
Mais alors pour Vailhauques, je n'en savais rien.

Par contre Glanum, ce n'est pas dans l'Hérault mais dans les Bouches du Rhône.
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Andera

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MessageSujet: Re: Thirona   Mer 18 Avr 2018 - 13:29

Comarcos Wink

Je vous laisse aller jeter un œil sur ce petit article wiki consacré au "Tau gallicum".

Pour ma part, j'ai adopté l'orthographe "Đirona " que je prononce "Tsirona" (ou "Stirona"  lorsque ma langue fourche car cette prononciation est plus naturelle pour moi et revient d'elle-même si je n'y prends garde).

J'ai lu par ailleurs que cette lettre avait une valeur magique.

Đirona est loin d'être une déesse mineure. Sa présence semble attestée 36 fois (33 fois pour Grannos qui lui est associé (Grannos + Đirona : 6 fois dont une à Bordeaux)). Seuls Epona et Belenos semblent rivaliser en ce domaine.

- ster : étoile (en proto-celtique)
- on : déifiant
- a : marque du féminin
Đirona serait donc la Grande Étoile, ou la Stellaire comme certains la nomment.

Dans les régions où Đirona est absente, Damona semble, elle, être bien présente et est aussi représentée avec un serpent, du blé et parfois une patère. Certains on pu ainsi faire un rapprochement entre la Voie Lactée, cette trainée de lait laissée par la Déesse Mère (la "Vache céleste") et la "Grande Étoile". De surcroit, cet amas d'étoiles, qu'est la Voie Lactée, semble se mouvoir comme un serpent volant.
D'autres émettent l'hypothèse que l'étoile de Đirona aurait pu se nommer "Vache" et font un rapprochement avec les étoiles du Cancer qui correspondent à la Nakshatra du Pushya (la vache en astrologie indienne), ou encore avec les Pléiades dans la constellation du Taureau.
Il y a aussi des théories qui font un rapprochement entre le serpent de Đirona et la constellation du dragon ou encore avec le "porteur du serpent" (Ophiuchus).

Elle semble avoir été associée à Diane ou Séléna (sélas : "éclat") , tandis que son opposé masculin l'était à Apollon. Comme pour la plupart de nos divinités, nous savons sur eux principalement ce que les témoignages gallo-romains nous ont laissé. Donc en la matière et comme toujours prudence pour appréhender cette déesse dans ses aspects purement celtiques.

Elle semble néanmoins être la déesse de la "lumière lunaire" qui préside aux fontaines, ce qui peut expliquer son association à Grannos (Belenos/Borvo) dans les deux domaines suivants :
- lumière : solaire vs lunaire
- eau : l'un chauffe les eaux ou est associé aux eaux ferrugineuses, tandis que l'autre exerce son attraction lunaire sur les eaux souterraines (nous lui devons le phénomène des marées).

Pour ma part, je les conçois ainsi :
- le masculin guérit : il est un principe actif, celui qui soigne par les eaux bouillonnantes et ferrugineuses/minérales (cures thermales),
- le féminin régénère : c'est un principe plus passif par nature (fontaines et sources claires).
L'un est curatif (santé retrouvée ou médecine) alors que Đirona a un rôle préventif (santé conservée) : c'est la croissance, la bonne santé, le bien-être, l'instinct de la vie. D'ailleurs Hygée en grec = santé (+ la propreté et l'hygiène) alors que sa sœur Panacée (= remède) représente la médecine et Iaso la guérison.

Attributs : corne d'abondance, serpent, œufs, mais aussi blé, fruits, diadème (c'est rare) et croissant de lune (dans les cheveux à Saint-Avold).

Les symboles d'abondance et de fertilité sont évidents.

Les œufs : Đirona nourrit le serpent de ces œufs qu'elle lui tend dans une patère. C'est un symbole de renouveau et renaissance, ils sont d'ailleurs très présents lors des fêtes de Pâques qui célèbrent la renaissance du Christ, au moment même où la nature renait au printemps.

Le serpent : peut être lié à la guérison et à la médecine de par son venin qui donne certes la mort mais qui maîtrisé devient bénéfique. Mais, j'y vois aussi et surtout, de par sa mue, le symbole de la régénération, de l'éternité, du cycle éternel (voir l'Ouroboros). C'est un symbole chtonien féminin, c'est l'eau de la terre qui y serpente et en jaillit.
Nantosvuelta en est l’emblème parfait puisqu'elle est à la fois cette Vallée chauffée par le soleil (actif masculin) et l'eau qui y serpente.

Nous pouvons aussi penser à la Vouivre qui pourrait être une persistance d'une de nos déesses de la terre et de la fécondité : Onuava, celle que je considère comme la gardienne des trésors/secrets : "Sa figure portait une tête de femme avec deux ailes déployées au-dessus, et deux écailles pour oreilles; cette tête de femme était environnée de deux serpents, dont les queues alloient se perdre dans les deux ailes."
- Vaivre : gaulois "vobero ou vabero"  petit ruisseau plus ou moins caché, l'endroit où l'eau sourd de terre (lieu-dit pour désigner une source, un ruisseau, mais aussi un bois, une prairie ou une terre humide). La Déesse-Terre est bien la Déesse-Terre-humide, l'Eau-Serpent de la Terre (en tout cas c'est ainsi que je la conçois).
- Vouivre : latin vipera.
--> Serpent avec deux ailes de chauve-souris et une escarboucle (rubis comme une trainée de feu dans la nuit, elle brille d'un vif éclat).

Dans un texte de Plutarque, il fait mention (citant son informateur) que les celtes antiques aurait pu croire, comme les grecs de certains cultes à mystères et les pythagoriciens, en une constitution triple de l'être humain où, lors de la réincarnation, la terre rend le corps, la lune l'âme et le soleil l'intelligence.
En Allemagne à Baumberg, la Déesse est représentée dans une longue tunique drapée, elle tient un épis de blé et une grappe de raisins (attribut de Dionysos/Bacchus/Liber Pater) : cette église est consacrée à St Denis. Pour rappel, le culte de Dionysos et ses mystères sont liés à la réincarnation puisque cet ancien Feu Divin est né deux fois.
Certains font aussi un lien avec le sanctuaire de Grand (Vosges), où la source sacrée fut recouverte d'une église... qui semble d'ailleurs vouloir retourner à la terre. ^^ Cette église a pour sainte patronne Libaire, martyre chrétienne dont le père se nommait Baccius.

Selon ce site, on peut aussi mentionner la fontaine de Saint Uriac (pays de Dinan) où un autel votif est consacré à la déesse des sources et compagne de Grannos et Cernnunos (St Korneli). Selon la légende, cette déesse de la fécondité et de l'immortalité viendrait se baigner dans les ruisseaux et fontaines à la rencontre du Grand Cerf Blanc. J'ai toujours l'image d'un reflet de lune sur l'eau.
Viviane, la dame du lac : pourrait-elle être une persistance de la déesse après la christianisation?

Espérant que ces quelques notes partagées vous permettront de mieux appréhender cette déesse que j'affectionne particulièrement et vous donneront l'envie d'aller à sa rencontre. Wink
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Brigonerta

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MessageSujet: Re: Thirona   Jeu 19 Avr 2018 - 12:13

Merci pour toutes ses précisions Andera.
Je vais les relire avec grand intérêt.
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Andera

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MessageSujet: Re: Thirona   Ven 20 Avr 2018 - 7:58

Avec plaisir, Brigonerta.
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tasgos

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MessageSujet: Re: Thirona   Ven 20 Avr 2018 - 11:54

Andera a écrit:
Comarcos Wink
(...)
Đirona est loin d'être une déesse mineure. Sa présence semble attestée 36 fois (33 fois pour Grannos qui lui est associé (Grannos + Đirona : 6 fois dont une à Bordeaux)). Seuls Epona et Belenos semblent rivaliser en ce domaine.
(...)
Elle semble néanmoins être la déesse de la "lumière lunaire" qui préside aux fontaines, ce qui peut expliquer son association à Grannos (Belenos/Borvo) dans les deux domaines suivants :
- lumière : solaire vs lunaire
- eau : l'un chauffe les eaux ou est associé aux eaux ferrugineuses, tandis que l'autre exerce son attraction lunaire sur les eaux souterraines (nous lui devons le phénomène des marées).
(...)
Le serpent : peut être lié à la guérison et à la médecine de par son venin qui donne certes la mort mais qui maîtrisé devient bénéfique. Mais, j'y vois aussi et surtout, de par sa mue, le symbole de la régénération, de l'éternité, du cycle éternel (voir l'Ouroboros). C'est un symbole chtonien féminin, c'est l'eau de la terre qui y serpente et en jaillit.
Nantosvuelta en est l’emblème parfait puisqu'elle est à la fois cette Vallée chauffée par le soleil (actif masculin) et l'eau qui y serpente.
(...)
Dans un texte de Plutarque, il fait mention (citant son informateur) que les celtes antiques aurait pu croire, comme les grecs de certains cultes à mystères et les pythagoriciens, en une constitution triple de l'être humain où, lors de la réincarnation, la terre rend le corps, la lune l'âme et le soleil l'intelligence.

Le wikipedia anglophone note effectivement 56 épigraphes nommant le dieu Belenus principalement dans les régions alpines. Je ne connais rien ou presque à son sujet, mais je pense comme vous qu'il pourrait être proche de Grannos dont le nom signifie soleil (du gaelique et de l'irlandais ghrian). Bien que l'on associe d'avantage Belenus à Belisama qui est notre Minerve. Ce qui rejoint votre appellation de déesse de la lumière et de l'association de Grannos à Belenos/Borvo.
Wikipedia :"There are 51 known inscriptions dedicated to Belenus, mainly concentrated in Cisalpine Gaul (Aquileia/Carni), Noricum and Gallia Narbonensis, but also extend far beyond into Celtic Britain and Iberia.[2][4][5] Images of Belenus sometimes show him to be accompanied by a female, thought to be the Gaulish deity Belisama".

L'idée du serpent chtonien me semble aussi essentiel, car nous vénérons le monde céleste dont les oiseaux sont les messagers, autant que nous vénérons le monde souterrain (dumnos) incarnés dans le vivant par le serpent et le cerf.

J'aimerais beaucoup tomber sur le texte de plutarque dont il est question. Des sources anglophones semblent vous donner raison, à travers De Genio Socratis, In Facie et Vindicta. Ce sont des œuvres longues et très mystiques, mais avec la patience il serait possible d'appréhender le sujet.

Merci encore pour ce travail apportant des informations supplémentaires sur ces recherches.



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Andera

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MessageSujet: Re: Thirona   Ven 20 Avr 2018 - 13:46

Il s'agit plus de notes, compilées et issues de mes errances sur la toile, que d'un travail à proprement parler. Même si tout semble se recouper, cela demande néanmoins à être travaillé, vérifié et sourcé... Concernant le texte de Plutarque, peut-être qu'un autre contributeur pourra vous éclairer.

Effectivement, de ce que j'ai pu lire, Belenos est plus souvent associé à Belisama. L'idée n'était pas tant de former des couples mais plutôt des pôles opposés et complémentaires. De plus, nos ancêtres ne semblaient pas fonctionner sur le modèle des parèdres qui, il faut bien le dire, servent assez souvent de faire-valoir aux divinités masculines. Chez les celtes, les déesses semblaient jouer à jeu égal, tout au moins jusqu'à la romanisation. Quant aux association Belenos/Grannos/Borvo ou Apollon et même Dionysos, je voulais mettre en avant leur rôle solaire en sachant que les premiers sont peut-être même des variantes géographiques ou temporelles. Il en va de même pour les déesses.

Vous associez Minerve et Belisama. J'aurais plus dit Brigantia, mais pourquoi pas.
Sur le wiki consacré à Minerve au paragraphe étymologie, on peut lire ceci :
wiki a écrit:
Étymologie : Notée Menerva ou Minerva, son nom se rattache probablement à la racine indo-européenne *men-, « pensée »1. Menrva, déesse de la mythologie étrusque, elle-même dérivée d'une déesse de la lune italique *Meneswā (« celle qui mesure »).
Le lien avec Belisama ou Đirona n'est peut-être pas dénué de sens.

Mais prenons garde, nos dieux ont leurs personnalités propres et dès qu'on souhaite les faire entrer dans des cases... ils nous échappent.

N'oublions pas non plus que nous avons tous un socle commun Indo-Européen, qui explique aisément qu'on puisse trouver certaines similitudes d'un panthéon à l'autre. Il convient peut-être d'aller fouiller de ce coté là pour mieux appréhender, à la source, qui ils étaient et qu'elles étaient leurs fonctions.
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bregwenn
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MessageSujet: Re: Thirona   Ven 20 Avr 2018 - 15:37

Plutarque, dans son traité De la Face qu'on voit sur la Lune, un texte curieusement oublié des spécialistes de la question celtique, à commencer par Guyonvarc’h :

Au cours d’un dialogue entre Sylla et un habitant de l’île de Bretagne :

« .Il appelle les confins de la terre l'endroit où son ombre finit. C'est là que nul homme méchant et souillé ne peut parvenir. Les gens vertueux seuls y sont transportés après leur trépas, et y mènent, jusqu'à leur seconde mort, une vie tranquille, mais non entièrement heureuse et divine.

Ne me demandez point, Sylla, quel est ce genre de vie, je vous l'apprendrai bientôt. Le vulgaire croit avec raison que l'homme est un être composé; mais il se trompe en ce qu'il le croit composé seulement de deux parties, parce qu'il s'imagine que l'intellect n'est qu'une portion de l'âme; mais cette faculté est aussi supérieure à l'âme que celle-ci est plus parfaite et plus divine que le corps. Cette union de l'âme avec l'intellect fait la raison; son union avec le corps fait la passion, dont l'une est le principe du plaisir et de la douleur, l'autre, de la vertu et du vice. De ces trois parties jointes ensemble dans la génération de l'homme, la terre a produit le corps, la lune a formé l'âme, et le soleil l'intellect. Celui-ci est la lumière de l'âme comme le soleil est la lumière de la lune. Des deux morts que nous éprouvons, l'une réduit ces trois substances à deux, et l'autre à une seule. La première a lieu dans la région de Démeter, et c'est pour cela que nous lui faisons des sacrifices. Aussi les Athéniens donnaient-ils anciennement aux morts le nom de Démétrioi. La seconde mort arrive dans la lune, région de Persephoné. Hermès terrestre habite avec la première de ces déesses, et Hermès céleste avec la seconde. Démeter sépare promptement et avec violence l'âme d'avec le corps. Persephoné ne divise l'intellect d'avec l'âme que lentement et par des moyens doux. On lui donne le nom de Monogène, parce que après la division qu'elle a faite dans l'homme, ce qu'il y a de meilleurs en lui se trouve seul et unique, et l'un et l'autre est conforme à la nature. Toute âme qui sort du corps avec ou sans intellect est obligée, par une loi du destin, d'errer un certain temps dans la région qui est située entre la terre et la lune; mais ce temps n'est pas le même pour toutes. Celles qui ont été injustes et débauchées y subissent la peine de leurs crimes. Les âmes vertueuses y sont détenues jusqu'à ce qu'elles aient été purifiées des taches que leur a fait contracter leur commerce avec le corps, ce principe fécond de mal; mais elles sont dans un lieu où elles respirent l'air le plus pur; on l'appelle le verger d'Hadès, et elles y passent un temps déterminé. Ensuite, rappelées comme d'un long exil dans une terre étrangère, elles rentrent dans leur patrie et y goûtent une joie semblable à celle que ressentent ceux qui sont initiés aux mystères, joie mêlée de trouble et d'étonnement, et chacune avec ses espérances particulières.
Plusieurs sont poussées avec force hors de ce séjour, et brûlent d'être réunies à la lune. Quelques unes sont encore dans le bas, et ont leurs regards tournés comme vers un gouffre profond. Pour celles qui sont parvenues à la région supérieure, elles y jouissent d'une parfaite sécurité. Premièrement elles reçoivent, comme les vainqueurs des jeux solennels, des couronnes, qu'on appelle les ailes de la constance, parce qu'elles l'ont tenue dans une entière dépendance. Secondement, elles ressemblent à un rayon de soleil. Troisièmement, l'âme élevée dans cette région y est affermie et fortifiée par l'air qui environne la lune, et elle y prend de la vigueur, comme le fer en reçoit de la trempe qu'on lui donne. Ce qui est rare et lâche se resserre et se condense, devient ferme et transparent; en sorte que la moindre exhalaison de la terre suffit à sa nourriture. Et Héraclite a eu raison de dire que dans la région d'Hadès les âmes respiraient une odeur agréable.



Les démons ne demeurent pas toujours dans la lune; ils descendent quelquefois sur la terre pour y avoir soin des oracles; ils assistent aux plus saints de nos mystères, et en célèbrent les cérémonies; ils veillent sur les méchants et les punissent, et ils préservent les bons des dangers de la guerre et de la mer. Si dans l'exercice de ces fonctions ils commettent eux-mêmes quelques fautes par colère, par envie, ou par une faveur injuste, ils en sont punis; on les exile sur la terre, où ils sont précipités dans des corps humains. Au nombre des meilleurs génies étaient, à ce qu'ils disaient eux-mêmes, ceux qui accompagnaient Cronos, et plus anciennement en Crète les dactyles idéens , en Phrygie les corybantes , les trophoniades à Udora , et une infinité d'autres répandus en divers lieux sur la terre, et dont les noms, les temples et le culte, subsistent encore. Mais le pouvoir de quelques-uns d'entre eux a cessé, parce qu'ils ont été, par un heureux changement, transportés ailleurs. Ces translations arrivent aux uns plus tôt, aux autres plus tard, après que leur intellect a été séparé de leur âme; séparation qui est l'effet du désir qu'ils ont de jouir de l'image du soleil, dans laquelle brille cette beauté divine, source de tout bonheur, et que toute nature désire, quoique d'une manière différente. La lune elle-même tourne continuellement, par le désir qu'elle a de s'unir au soleil pour recevoir de cet astre sa fécondité. Mais la substance de l'âme reste dans la lune, où elle conserve quelques traces et quelques songes de la vie; et je crois qu'on a eu raison de dire : Comme un songe léger l'âme s'est envolée ce qu'elle ne fait pas aussitôt qu'elle a été séparée du corps, mais dans la suite, quand elle se trouve seule et privée de l'intellect. Aussi de tous les passages d'Homère, nul ne me paraît plus divin que celui-ci : D'Héraclès à mes regards l'ombre s'est présentée; Car son âme divine habite l'Empyrée.

En effet, chacun de nous n'est ni le courage, ni la crainte, ni la cupidité, comme il n'est ni la chair ni les humeurs; mais il est la pensée et l'intelligence. L'âme formée par l'intellect, et formant elle-même le corps qu'elle embrasse de tous côtés, reçoit en même temps de lui son impression et sa forme; en sorte que, même après sa séparation d'avec l'un et l'autre, elle en conserve longtemps la ressemblance et la figure; ce qui fait qu'on l'appelle à bon droit leur image.
La lune, comme je l'ai déjà dit, est l'élément de ces âmes, puisqu'elles se résolvent dans cette planète, comme après la mort les corps se résolvent en terre. Les âmes vertueuses qui, éloignées des affaires, ont mené dans la pratique de la philosophie une vie douce et tranquille, éprouvent plus promptement cette résolution, parce que, abandonnées par l'intellect, et renonçant aux affections du corps, elles se dissipent à l'instant. Mais les âmes des ambitieux et des gens plongés dans les affaires, celles des voluptueux, esclaves de leurs sens, celles des hommes coléreux, conservent, comme dans le sommeil, le souvenir de ce qu'elles ont fait pendant leur vie, errent au milieu des songes, comme l'âme d'Endymion, parce que leur inconstance et leur assujettissement aux passions les entraînent hors de la lune, pour commencer une nouvelle génération, et, sans leur laisser goûter de repos, les attirent sans cesse par leur appât séducteur; car on ne voit plus rien en elles de modéré, de paisible et de constant, lorsque, séparées de l'intellect, elles sont saisies par les passions corporelles. Ce sont des âmes de ce caractère qui donnèrent naissance aux géants Tityus, Typhon, et à Python, qui jadis s'empara de Delphes et détruisit avec tant de violence le sanctuaire de l'oracle; âmes privées de raison, et qui se laissent emporter à la fougue de leurs passions insensées. Cependant, au bout d'un certain temps, la lune les reçoit dans son sein et leur donne une nouvelle forme; le soleil, semant une seconde fois l'intellect dans ce principe de leur vie, en fait des âmes toutes nouvelles; et la terre, pour la troisième fois, les revêt d'un corps; car elle ne donne rien après la mort de ce qu'elle prend pour la génération, et le soleil ne reçoit rien, mais il reprend l'intellect qu'il a donné.


Toute substance qui n'a point d'âme ne jouit d'aucun droit, et est exposée à souffrir de tout ce qui l'environne. L'intellect, qui n'est soumis lui-même à aucun pouvoir étranger, exerce sur tout le reste un empire souverain. L'âme est un composé des deux, comme Dieu a formé la lune du mélange des substances supérieures avec les inférieures, et lui a donné avec le soleil la même proportion que la terre a avec la lune. «
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tasgos

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MessageSujet: Re: Thirona   Ven 20 Avr 2018 - 20:19

Il s'agissait donc de ce texte, je vous en remercie Bregwenn. La lecture ne m'est pas pas aisée.

bregwenn a écrit:

De ces trois parties jointes ensemble dans la génération de l'homme, la terre a produit le corps, la lune a formé l'âme, et le soleil l'intellect.

La lune, comme je l'ai déjà dit, est l'élément de ces âmes, puisqu'elles se résolvent dans cette planète, comme après la mort les corps se résolvent en terre. Les âmes vertueuses qui, éloignées des affaires, ont mené dans la pratique de la philosophie une vie douce et tranquille, éprouvent plus promptement cette résolution, parce que, abandonnées par l'intellect, et renonçant aux affections du corps, elles se dissipent à l'instant. Mais les âmes des ambitieux et des gens plongés dans les affaires, celles des voluptueux, esclaves de leurs sens, celles des hommes coléreux, conservent, comme dans le sommeil, le souvenir de ce qu'elles ont fait pendant leur vie, errent au milieu des songes, comme l'âme d'Endymion, parce que leur inconstance et leur assujettissement aux passions les entraînent hors de la lune, pour commencer une nouvelle génération, et, sans leur laisser goûter de repos, les attirent sans cesse par leur appât séducteur; car on ne voit plus rien en elles de modéré, de paisible et de constant, lorsque, séparées de l'intellect, elles sont saisies par les passions corporelles.

Cependant, au bout d'un certain temps, la lune les reçoit dans son sein et leur donne une nouvelle forme; le soleil, semant une seconde fois l'intellect dans ce principe de leur vie, en fait des âmes toutes nouvelles; et la terre, pour la troisième fois, les revêt d'un corps; car elle ne donne rien après la mort de ce qu'elle prend pour la génération, et le soleil ne reçoit rien, mais il reprend l'intellect qu'il a donné.


Le troisième passage mentionné ci-dessus semble parler de la renaissance.
Le second passage mentionné ci-dessus évoque la difficulté des âmes absorbées par les désirs terrestres à se détacher de la terre lorsqu'ils sont dans l'autre monde.
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Brigonerta

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MessageSujet: Re: Thirona   Ven 20 Avr 2018 - 22:57

Merci Bregwenn !
Je ne connaissais pas ce texte de Plutarque, qui est vraiment intéressant. Il va falloir que je le relise pour en prendre toutes les informations.
Serait il possible que vous en fassiez une copie pour le mettre dans la rubrique de "La littérature antique" pour qu'il soit possible de le retrouver plus facilement ?
Merci.

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Andera

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MessageSujet: Re: Thirona   Sam 21 Avr 2018 - 10:21

Merci, Bregwenn.  Wink

Du coup, il m'a été facile de retrouver le texte "intégral" sur le net, avec sa version en grec pour ceux qui le lise, et des annotations intéressantes. Ainsi, on y apprend qu'il fait suite à une précédente question dont le texte a été perdu.

J'ai pu par ailleurs me rendre compte qu'il ne m'est pas totalement inconnu, puisque c'est de lui, aussi, qu'est tiré une citation dont nous avions discuté au sujet du calendrier de Coligny :
Plutarque a écrit:
Quand l'étoile de Saturne, que nous appelons Phénon, et qui, dans cette île, porte le nom de Nycture entre dans le signe du Taureau, ce qui arrive après une révolution de trente années, ils se préparent longtemps d'avance à un sacrifice solennel...

Ce texte mérite donc doublement qu'on s'y attarde. Et d'accord avec vous Tasgos, sa lecture demande un certain travail pour ne pas dire un travail certain.
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MessageSujet: Re: Thirona   

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Thirona
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