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 Représentation des Déités

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Auetos
Druide C.C.C.
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MessageSujet: Représentation des Déités   Jeu 1 Fév 2007 - 19:22

Prisonnier de la matière et de la forme, l’humain doit nécessairement utiliser des symboles pour atteindre, concevoir et se fixer sur l’informel.

La forme et le nom sont, pour l’homme, les deux principaux aspects de la manifestation, et c’est seulement quand ils se superposent que les choses existent réellement. Pour être approchés, les dieux sont donc représentés en termes de mots et en termes de formes.
« Tout Nom est un Attribut et tout Attribut est un Propulsant. Qu’est-ce qu’un Nom ? C’est l’Evocateur de l’Image. Toute Image est un Attribut et par conséquent un Propulsant. Alors : choisissez vos Noms et choisissez vos images. » (Le Manuscrit des Paroles du druide…)

Par conséquent, un dieu peut-être représenté par la description de ses caractéristiques, c’est-à-dire en faisant son portrait en mots, ou en employant des formules-verbales, Garios, qui correspondent à sa nature. De même nous pouvons représenter un dieu par des diagrammes-symboliques, Dresti, ou encore et dans la mesure ou celle est toujours perçue comme un symbole et non pas comme une chose vivante ayant des pouvoirs magiques directs, nous pouvons utiliser une image anthropomorphique, Delua.

Les formules-verbales et les diagrammes-symboliques étant les plus abstraits, sont les plus proches représentations de la nature des dieux et par conséquent les plus efficaces rituellement.


Les Formules-verbales :

En tant que conceptions abstraites des aspects dont la manifestation est issue, les gariii sont indissociables des dieux auxquels ils s’identifient. Le pouvoir d’un être divin réside dans son nom, dans sa formule, qui est le moyen par lequel l’adorateur peut établir des contacts avec le dieu.
Chaque dieu est représenté par un cantalon, et c’est à l’aide de ces sons que leur présence devient réelle.
« En vérité, le corps du dieu provient de sa formule-mentale, de sa semence verbale. » (Yâmala Tantra)

Dans les temps anciens, on utilisait couramment la technique du elicio, qui consistait à rechercher les noms secrets des dieux ennemis afin de détruire leurs peuples à coups de rites magiques.
« Voici les englyns qui furent chantés au Cad Goddeu… Or, à cette bataille prit part un homme qui ne pouvait être vaincu tant que son nom resterait inconnu cependant que, dans le camps adverse, se trouvait une femme appelée Achren dont les partisans ne pouvaient être vaincus tant que son nom resterait également inconnu. Mais Gwydion ap Don devina le nom de l’homme et se mit à clamer :
« De l’éperon j’excite un coursier bien ferré, les frondaisons de l’aulne heurtent mon bouclier. C’est Bran que l’on t’appelle aux branches de lumière !
« Bien ferré mon coursier en ce jour de bataille, dans ta main j’aperçois les hauts rameaux de l’aulne. C’est Bran ton nom ! Par cette branche, ta bannière. Amathaon-le-Grand l’a emporté ! » (Myvyrian Archaiology)


Les différentes sortes de gariii :

Les formules-verbales peuvent se présenter sous la forme monosyllabiques ou sous la forme de phrase, mais toujours régie par le symbolisme des nombres. C’est pourquoi, par exemple, les gariii de Dagodeuos ont cinq syllabes, ceux de Lugus huit, ceux du Soleil douze, etc.

Les gariii sont classés, selon leur effet, en quatre groupes.
« Les hommes prudents savent que les formules-verbales sont de quatre sortes : Eprouvés, Secourables, Réalisés et Ennemis. » (Vishva-sâra)
« Les formules-verbales Eprouvées donnent des résultats assurés en un temps donné. Les Secourables donnent de bons résultats si on les répète dans le rosaire, ou si on les emploie pour accompagner les oblations. Les Réalisés donnent des résultats immédiats. Les Ennemis détruisent ceux qui veulent les employer. » (Mantra-Mahodahi)

Le même garios peut appartenir à ces quatre catégories. Cela dépend de la façon dont il a été transmis et la qualification de celui qui l’emploie.

Les usages des gariii sont nombreux, tels que :
« Atteindre la libération. Vénérer les formes manifestées du divin. Honorer les dieux mineurs et les génies. Communiquer avec les dieux. Acquérir des pouvoirs surhumains. Nourrir les ancêtres et les dieux. Communiquer avec les fantômes et les esprits des morts. Ecarter les influences néfastes. Exorciser les démons. Guérir les malades. Préparer de l’eau curative. Détruire les plantes, les animaux et les hommes. Eliminer les poisons du corps. Influencer les pensées et les actions des autres. Avoir sous son contrôle les hommes, les bêtes, les génies et les fantômes. Purifier le corps. » (Principles of Tantra-s)

Les gariii sont aussi un moyen pour l’homme d’accroître sa propre puissance.
« Les pouvoirs exceptionnels de la pensée peuvent être le résultat de la naissance, de drogues, de formules-verbales, de l’ascèse et de la contemplation divine. » (Yoga-sûtra-s)

Mais les gariii, pour être effectifs, doivent être transmis directement et avoir une tradition orale ininterrompue depuis le Voyant qui en eu la perception directe. Autrement ils ne sont pas « vivants ». On ne peut pas apprendre un garios dans un livre, ni le faire revivre, une fois que la tradition en a été interrompue. Voilà pourquoi dans le présent paragraphe nous ne trouverons aucune formule-verbale.


Les Diagrammes-symboliques :

Les dresti sont des figures géométriques faites d’éléments linéaires qui représentent les dieux. Ces diagrammes-symboliques sont les équivalents visuels des cantala.
« Le diagramme-symbolique a comme âme la formule-verbale. Le dieu est l’âme de la formule-verbale. La différence entre le diagramme-symbolique et le dieu qu’il représente, est similaire à la différence entre un corps et l’âme qui l’habite. » (Shadba-kalpa-druma)
Les diagrammes-symboliques, construits avec des éléments géométriques simples permettent de représenter analytiquement les dieux.
Les dresti sont la base inévitable de toute tentative de représentation symbolique, de toute forme sacrée, de toute image d’un dieu, de toute architecture religieuse, des autels, des temples et des gestes rituels. Ils sont utilisés dans toutes les formes de culte, la divinité étant invoquée en traçant son diagramme et en prononçant sa formule-mentale.

Une fois que nous connaissons le sens des éléments géométriques qui les composent, nous pouvons lire le sens apparent de tous les dresti. Leur sens secret, qui est la nature même d’un dieu, ne peut être saisi qu’après un très long enseignement.



Les éléments constitutifs des diagrammes-symboliques :

1) Le point :

Cet élément représente la localisation du point de départ de toute manifestation. L’instant premier, dans lequel une chose n’existe pas et pourtant va exister.

2) La ligne droite :

Lorsqu’un point se met en mouvement, il trace une ligne droite. Celle-ci représente le mouvement sans obstacle, c’est-à-dire le principe du développement.

3) Le triangle igné, la pointe de flèche et la flamme :

Ces trois formes sont des symboles du feu, identifié au principe mâle et au phallus, image de Dagodeuos, le Procréateur. Tout mouvement ascendant, représenté par la pointe de flèche, la flamme ou le triangle avec son sommet vers le haut, est caractéristique de l’élément igné dont l’activité est la forme.
Son symbole numérique est le nombre 3.

4) Le triangle aqueux, l’arc de cercle, le croissant et l’onde :

Le triangle dont le sommet pointe vers le bas est associé avec l’élément aqueux qui cherche toujours à descendre, à s’aplanir, à égaliser son niveau. Aspect passif de la création, on l’identifie à l’organe femelle symbole de l’énergie de la Déesse. Les autres symboles de l’élément aqueux sont l’onde, l’arc de cercle et le croissant.
Son symbole numérique est le nombre 2.

5) L’hexagone :

L’hexagone est la représentation de l’élément air dont le mouvement versatile et désordonné est la caractéristique.
Son symbole numérique correspond aux multiples de 2 et de 3 qui sont les nombres de la nature animée.

6) Le carré :

La terre est appelée l’étendue et son symbole est le carré. Le nombre 4, le plus simple des nombres représentant une surface est son symbole numérique.

7) Le cercle :

Naît des révolutions des astres, le cercle est le symbole de tout ce qui revient à son point de départ, de tous les cycles, de tous les rythmes qui rendent possible l’existence.

8 ) Le pentagone :

Le pentagone symbolise le produit, l’apparition de la vie, dût à l’union du nombre femelle 2 et du nombre mâle 3. C’est pourquoi son nombre représentatif est le 5, soit 2 + 3. Il est le nombre de Dagodeuos la source de la vie et de la mort.

9) La croix :

La croix est le symbole de l’extension ainsi que de la réduction. Elle sert également à montrer la domination du 1 sur le multiple.

10) Le svastika :

Le svastika indique par ses branches tordues que la divinités transcendante, qui ne peut-être ramenée à l’unité, bien qu’elle soit aussi relié au centre, n’y ramène pas et se perd dans l’immensité indéterminée de l’espace.
Il nous indique que la connaissance des aspects transcendant du divin ne peut être atteint que par des voies détournées.
Symbole d’heureux augure, le svastika nous rappelle que la réalité suprême reste incontrôlable et inaccessible à l’esprit humain.

11) L’hexagone étoilé :

Formé d’un triangle igné pénétrant dans un triangle aqueux, le dodécagone est l’un des éléments les plus employés dans les diagrammes-symboliques. Il représente l’union, la coïtion, l’équilibre du principe mâle, le phallus, et du principe femelle, la vulve, qui manifeste l’univers.

12) Les fleurs :

Tous les nombres symboliques correspondant à des entités particulières sont représentés sous la forme de fleurs au nombre de pétales variable.


A partir des éléments linéaires que l’on vient d’analyser, il est possible de confectionner des modèles énergétiques, des diagrammes de forces que sont les drectate.
Qu’il soit dessiné ou gravé, le diagramme-symbolique a pour but d’aider le méditant, de lui offrir un support visible, tangible pour intégrer un aspect particulier du divin.


Les Images :

Quand à la troisième façon de représenter les dieux c’est-à-dire sous l’aspect iconographique ou statutaire nous nous heurtons, de nos jours, à deux écoles.

Pour les uns, la représentation des dieux sous cette forme est dûment attestée par les auteurs anciens.
« … les sinistres simulacres des dieux manquent d’art et se dressent informes sur des troncs coupés… » (Lucain, Pharsalia)

« Le dieu qu’ils honorent le plus est Mercure : ses statues sont les plus nombreuses… » (César, Bellum Gallicum)

Et, d’autre part, permets par une association de formes, d’attributs et de proportions, de saisir un aspect fondamental de l’univers et de la conscience qui préside à son mouvement.

L’idole n’est pas une chose vivante ayant des pouvoirs magiques directs, mais un instrument basé sur un code de symboles qui expriment les affinités réelles qui existent entre les formes et les idées.
« L’idée du culte des images est de vénérer l’invisible à travers le visible. Nulle part les hommes n’adorent du bois, de la pierre ou du métal. C’est l’essence divine, immanente, donc toujours proche, qui est invoqué par le pouvoir des paroles et des rites et qui devient objet d’adoration dans une image. » (Kârapâtri, Lingopâsanâ rahasya)

L’icône ne relève pas de l’art du portrait ; si ressemblance il y a, elle est seulement de nature idéale, dans la mesure où l’image participe à la Réalité divine qu’elle est destinée à exprimer. Car l’icône est d’abord représentation, dans les limites inhérentes à l’incapacité fondamentale de traduire adéquatement le divin, de la réalité transcendante et support de méditation ; elle tend à fixer l’esprit sur l’image qui elle-même le reporte et le concentre sur la Réalité qu’elle symbolise.

Cette vision peut-être louable, mais n’est pas coutumière des us celtes. De plus les deux auteurs de référence insistent bien sur l’état fruste et informe de ses « statues » et emploient, d’ailleurs, le mot simulacra et non pas statuae ou signa. Or, le sens premier de simulacrum est : représentation, imitation, image, apparence, simulacre, image de consistance. Ce mot désigne donc toutes représentations symboliques fixées dans la pierre ou le bois, mais n’a aucune connotation artistique.


Quant aux autres, les druides orthodoxes, conformément à la tradition proscrivent comme idolâtre la représentation, la vénération et le culte des images des dieux, car les Celtes répugnaient de croire que les dieux, infiniment supérieurs aux hommes, pussent avoir les mêmes traits qu’eux.
« Brennus, le roi des Galates, quand il entra dans le temple ne vit aucune offrande d’or ou d’argent, mais se saisissant des statues de bois et de pierres, il se prit à rire de ce que les dieux soient montrés avec une forme humaine et soient dressés là en bois ou en pierre. » (Diodore de Sicile)

« … enfermer les dieux entre des murs ou les représenter sous quelque apparence humaine semble peu convenable à la grandeur des habitants du ciel. » (Tacite)

« Ne faites pas de statues, ne laissez pas de traces ; mais voyez tout comme Traces et statues de nos Dieux. Alors, en tous territoires et tribus traversés, vous saurez les re-trouver, vos Dieux, partout et toujours.
« Honorez les Dieux ! Ne point adorer les Simulacres, les Imageries ! Adorez les Dieux comme Ils l’entendent ! Adorez les Dieux comme tu l’entends : c’est adorer tes Images des Dieux, adorer les Images de Semblance.
« Ainsi va l’Errant sans s’accrocher à des Images et libre ainsi d’honorer les Dieux comme Ils l’entendent. » (Le Manuscrit des Paroles du druide…)

L’absence de figuration humaine avant la conquête romaine ne signifie pas, il est vrai, l’absence complète de toute représentation. Les images sacrées, même si elles ne représentaient pas forcément des divinités mais des grands principes, comme le masculin et le féminin, sont apparues dès le Paléolithique. Mais ce furent surtout des symboles, des objets considérés comme attributs du dieu qui semblent avoir mieux convenu que l’image ; roue, char, barque et cygne solaire, tête de taureau, cornes, etc.
Même les célèbres Vénus aurignaciennes semblent être plus la symbolisation sous forme féminine de la fécondité que l’image de véritables déesses.

Quoi qu’il en soit, chez les Celtes, la figuration divine a été retardée par les collèges sacerdotaux, car ils craignaient l’idolâtrie qui détourne le fidèle de la véritable nature des dieux.
« Ne laissez pas de traces qui, en divulguant, diminuent, localisent et faussent ainsi le Véridique des Dieux ! » (Le Manuscrit des Paroles du druide…)


Nous pouvons donc dire que si l’iconoclasme apparaît dans l’enseignement druidique, c’est à l’encontre des images humaines qui ne sauraient être qu’objet d’idolâtrie et de superstition, et non contre les véhicules d’influence spirituelle.

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MessageSujet: Re: Représentation des Déités   Sam 20 Nov 2010 - 14:05

Ce développement est particulièrement intéressant cher Auetos... et représente bien la symbolique sur trois plans. Il est intéressant de faire d'ailleurs un parallèle avec les trois "étages" de l'humain lui-même (corps, âme et esprit). Par ailleurs vous expliquez que les garii doivent être transmis par voie orale, ce qui est bien compréhensible. Mais la question du coup est : "en connaîssez vous?". Si c'est le cas, je serai heureux d'être un de ceux à qui vous les transmettrez, si vous m'en jugez apte.
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Auetos
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MessageSujet: Re: Représentation des Déités   Sam 20 Nov 2010 - 14:35

Je vais vous répondre très simplement… oui, j’en connais et je me ferais un devoir de vous les communiquer le jour ou nous nous rencontrerons.

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MessageSujet: Re: Représentation des Déités   Sam 20 Nov 2010 - 14:36

Votre générosité me va droit au coeur... Merci cher Frère
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