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 Le recrutement des druides

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Auetos
Druide C.C.C.
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Localisation : P.A.C.A. (83)
Date d'inscription : 02/01/2006

MessageSujet: Le recrutement des druides   Mar 10 Jan 2006 - 9:52

Des maîtres aussi remarquables n’avaient nulle peine à attirer des auditeurs assidus, aussi bien en Gaule que dans les autres pays celtes.
« Un grand nombre de jeunes gens viennent s’instruire chez eux, et ils bénéficient d’une grande considération… Poussés par de si grands avantages, beaucoup viennent de leur propre chef se confier à leur enseignement et beaucoup sont envoyés par leurs parents et leurs proches. » (César)

Ces dires nous laissent supposer qu’en Gaule le recrutement n’était pas héréditaires, qu’il n’y avait apparemment pas de « familles druidiques » (bien qu’en général un fils suit la voie du père), et que quiconque en avait le désir et les compétences pouvait accéder au druidicat ou, au moins, dans un premier temps, suivre les leçons d’un druide maître.
Dés lors se pose une question. Entre leurs élèves, nombreux, et les candidats retenus à la prêtrise, où se situait la limite, comment s’opérait la sélection, et qu’elle était la part de la sélection et celle de la vocation ? Si l’accès à l’enseignement n’était pas réservé à la caste druidique, il peut ne s’être agi que d’une partie du savoir « profane » ou, au plus, de formes auxiliaires de sacerdoce ne requérant qu’un cursus moins long, tandis qu’on a pu réserver aux fils de druides les formes supérieures de la science théologique, les arcanes, « des textes les plus anciens … aux derniers siècles des populations claniques d’Irlande et d’Ecosse, l’hérédité des fonctions est générale » (Cl. Sterckx)

Quand aux élèves, le druide Cathbad en avait bon nombre.
« Cathbad le druide était avec son fils, Conchabar, fils de Ness. Cent hommes se trouvaient chez lui, apprenant le druidisme. Tel était le nombre de ceux que Cathbad instruisait. »

Le file Dallan Forgoll dirigeait lui aussi, chaque jour, les études de cent cinquante élèves mais il est peu probable que ces cent cinquante enfants ou jeunes gens soient devenus autant de druides, car la sélection était sévère.
« Cathbad le druide dispensait l’enseignement à ses élèves, au nord-est d’Emain, et huit de ceux-ci étaient capables de science druidique… »

Pour ce qui est de la réussite aux examens ou aux concours, huit sur cent ou cent cinquante, la sélection était drastique.
Néanmoins la qualité d’étudiant ou d’élève était à elle seule déjà une précieuse promotion sociale. En même temps qu’ils inculquaient à leur auditeurs les notions essentielles, les druides s’assuraient un recrutement qualitatif important, et la perpétuation de leur tradition.

Que conclure de tout ceci ? Assurément, le recrutement des élèves n’était pas réservé exclusivement à l’aristocratie et, du moins pour les premiers degrés, non nécessairement à la seule classe druidique. Or, comme nous l’avons vu, celle-ci comportait une série de grades, de fonctions d’inégale dignité. Il est donc à présumer que des études plus courtes, limitées au savoir « laïque » conduisaient à certains grades, tandis que les plus élevés, où entrait une part indéterminable de vocation personnelle, de sélection intellectuelle et de tradition familiale, auront été réservés à une élite. Ici s’impose, encore, la comparaison avec l’Inde ancienne où, après l’enseignement élémentaire des lettres et du calcul, le très jeune adolescent entrait dans le brahmacarya. Le savoir « laïque » y était abordé dans ses rapports avec le Veda au sens large. En vérité, il s’agit à l’évidence, dans la Celtie comme en Inde, d’une conception archaïque de la société où le savoir n’est pas dégagé encore de la spéculation et de l’expérience magico-religieuse.

Comment pouvait se présenter cet enseignement ? Sous le signe de l’oralité, cela va de soit ; mais l’oralité ne va pas sans une mnémotechnie élaborée : formules religieuses du style triades, aphorismes de droit, strophes laudatives destinées aux rois ou aux héros, tout cela devait, pour être mémorisé échapper à la banalité de la langue commune. Et, à l’école druidique, il fallait l’exégèse du maître, et le dialogue qui s’engageait entre maître et disciple, non seulement pour comprendre, mais encore pour actualiser, faire vivre en quelque sorte ces condensés traditionnels et immuables.
Les relations du druide et de son étudiant, strictement personnelles, facilitent, comme dans l’Inde, un type d’enseignement intensif et profond, par imprégnation lente. Parfois même les élèves retournent chez leur professeur parce qu’ils estiment ne pas en savoir assez. C’est l’un des aspects de l’enseignement des druides.

Les druides et les brahmanes ont entretenu de même la croyance en l’efficacité magique de la déclaration ou du récit védique. Identique en Inde et dans le monde celtique a été aussi l’attitude des corps savants devant l’écriture. Cette dernière, on le sait, était pourtant connue dans la Gaule dès le VI° siècle avant l’ère vulgaire et fut utilisée en Gaule comme en Inde à des fins administratives ou mercantiles. Quoi qu’il en soit, même les grammairiens sanscrits ne font aucune allusion à l’écriture. Et il est curieux de constater que l’épigraphie indigène apparaît au III° siècle en Inde comme en Gaule. Quant à l’emploi de l’ogam maintes fois évoqué dans la littérature irlandaise, il ne s’agit pas encore du système alphabétique qui se constituera sous ce nom dans l’Irlande chrétienne et latinisée du IV° siècle, mais de signes magiques, sortes de sortilèges gravés, dont seuls, d’ailleurs, les druides ou les filid avaient la maîtrise. On est donc en présence d’un attachement bilatéral, et délibéré, au principe de l’oralité.

A la lumière de ce qui précède, on comprend mieux le refus de l’écriture, maintenu par le conservatisme inhérent à toute religion. Mais cette attitude a pris un autre sens lorsque les circonstances historiques eurent introduit la connaissance de l’écriture dans les pays celtiques. Aux deux raisons, un peu courtes alléguées par César : souci d’ésotérisme corporatif et danger d’affaiblissement de la mémoire chez les élèves, une troisième raison, plus profonde et d’où d’écoulent les deux autres : sans la parole vivifiante du maître, ce savoir est voué à la sclérose, il devient seulement formulaire, et donc, comme dit Plutarque apsukhon.

Un enseignement aussi dru fondé sur des critères qualitatifs ne doit être entendu que par les plus méritant, c’est pourquoi le druide, de la même manière que son homologue indien, se doit de dispenser son savoir à l’ écart de la foule.
« Ils enseignent beaucoup de choses aux plus nobles de la nation, en cachette, pendant vingt ans, soit dans des cavernes, soit dans des forêts retirées. » (Pomponius Mela)

Tel est l’état du druidisme au plus haut de sa puissance et de son efficacité : les études druidiques couvrent tout le champ des connaissances convenables. Vingt ans d’étude sont encore la durée des études à notre époque, si l’on additionne les temps de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur.
Il est loisible de penser qu’une telle durée occasionnait de gros frais… Mais, le savoir véritable, traditionnel, pas plus que l’amour véritable, ne peut être vénal. Aussi l’enseignement est-il nécessairement gratuit.

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٨٧٤٦٥۶


Dernière édition par le Ven 13 Jan 2006 - 15:33, édité 2 fois
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Castelodumnos
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MessageSujet: Re: Le recrutement des druides   Sam 19 Nov 2011 - 23:28

Ce que vous dites du recrutement des druides ressemble bigrement à celui des professeurs de faculté : ils reconnaissent leurs élèves comme leurs pairs une fois qu'ils ont reçu un enseignement oral de très longue durée. De nos jours, l'étudiant prolonge cet enseignement magistral par une étude livresque assez poussée. On pourrait remplacer cela par des voyages auprès d'autres maîtres pour en recueillir l'enseignement pendant un séjour une fois encore plus ou moins long. On peut dès lors comprendre qu'il fallait une quinzaine ou une vingtaine d'années pour acquérir ce statut de druide. Somme toute, ce n'est rien d'autre qu'un apprentissage de longue durée en tout point comparable au compagnonage toutes proportions gardées.

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Matolitus
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Date d'inscription : 27/07/2011

MessageSujet: Re: Le recrutement des druides   Lun 17 Juin 2013 - 13:36

Dans le livre II des lois de Manos, il est écrit : "Au moment d'étudier, le jeune novice ayant fait une ablution conformément à la loi, le visage tourné vers le nord, doit adresser au Livre saint l'hommage respectueux, et recevoir sa leçon étant couvert d'un vêtement pur, et maître de ses sens."
Et plus loin : "Qu'il prononce toujours le monosyllabe sacré au commencement et à la fin de l'étude de la Sainte Ecriture ; toute lecture qui n'est pas précédée de AOUm s'efface peu à peu, et celle qui n'en est pas suivie, ne laisse pas de trace dans l'esprit."

Cela me fait penser à ce que disait un druide de la KGH, Dagosentos, à propos des tailles ogamiques (études personnelles restituées à l'assemblée des druides) :

- choisir un sujet pas trop ambitieux (délaisser les "textes fondateurs") au thème unique, simple et précis
- ne pas se fier uniquement, ou recopier, un seul ouvrage, une recherche, mais en consulter plusieurs sur ce thème et mener une analyse de cette façon : thèse / antithèse / synthèse
- ne pas hésiter à contacter, pour les sources comme pour les avis, son tuteur ou tout autre Frère ou Soeur
- citer toujours ses sources, établir une bibliographie (même sommaire) et au besoin porter sur elles un jugement circonstancié, pondéré, argumenté, mais personnel
- savoir "sortir" d'une source, d'un ouvrage, de la pensée d'un auteur, aussi bon soit-il. Pour cela confronter, demander différents avis, se permettre un temps pour lire, et les mettre en parallèle avec ses propres réflexions.

Il importe toujours de savoir doser ses efforts, de connaître ses capacités intellectuelles, de s'avouer ses limites, mais également ses passions et thèmes favoris. A cette condition seule la taille ogamique sera réussie.

L'important au final est de progresser toujours à partir du point où l'on est dans l'unique souci de participer à l'effort constant de recherche fraternelle de la tradition sapientale celtique. Et ce, naturellement, sans aucune tricherie d'aucune sorte qui, outre un manquement à la Fraternité en général; à ses Frères et Soeurs en particulier, au Druidisme et à ses buts spirituels enfin, donc à son serment d'initiation, constituerait un mensonge à soi-même."
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