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 Le Druide et la guerre

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Auetos
Druide C.C.C.
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Date d'inscription : 02/01/2006

MessageSujet: Le Druide et la guerre   Mar 10 Jan 2006 - 10:00

Le druide n’a rien du doux écolo. illuminé, pacifiste qu’on imagine, à la suite de Pline, déambulant à travers de profondes forêts, vêtu de la toge blanche, pour aller, faucille d’or à la main, cueillir à quelque chêne le gui sacré. Cette description sur laquelle la quasi-totalité des néo-druides fondent leur propre image est totalement erronée.

En tant que membre imminent de la société et bien que, selon César, il « ne participe pas habituellement à la guerre » et « qu’il jouisse de l’exemption du service militaire », le druide à malgré tout le droit voire, peut-être, l’obligation de porter les armes. Les Gaulois, nous dit Nicolas de Damas, « traitaient des affaires publiques en armes ». L’Eduen Diuiciacos – seul druide historique attesté – refuse de se séparer de ses armes. Les raisons en sont bien évidemment doctrinales, religieuses, sociales et politiques.

« …Il n’y a pas souvent, parmi les hommes du monde, quelqu’un qui soit plus beau que lui. Il a une chevelure blonde. Il a une épée brillante à la main droite, au pommeau d’ivoire, avec des entrelacs de fil d’or. Il lance l’épée par le pommeau en l’air… Il la reprend alors qu’elle est encore en l’air…L’homme blanc aux nombreux jeux que tu as vu est l’ollamh des Ulates, Ferchertne. » (Tain Bo Cualnge)

« Un homme royal gris-blanc, à l’œil large, marche devant la troupe. Il a une chevelure hirsute blanche et grise… Il a une grande épée d’aspect étranger à son épaule. Il a à ses côtés deux jeunes gens aux visages blancs et aux cheveux crépus… Ils ont à la main des boucliers bruns avec des attaches. Ils ont des épées à pommeau blanc avec des ornements de bronze blanc… C’est Cathbad le druide aimable avec les druides d’Ulster autour de lui. » (ibid.)

Cela n’est pas sans nous rappeler l’apparition du druide Diuiciacos devant le sénat romain.
« Le chef des Eduens vint au Sénat, exposa la chose, et comme on l’invitait à s’asseoir, il refusa l’offre qu’on lui faisait et il parla appuyé sur son bouclier. » (Panégyrique de Constantin)

Autrement dit les druides qui siégeaient aux assemblées se présentaient en armes. C’est une nouvelle confirmation du caractère guerrier du druide mais aussi l’indication que l’activité politico-religieuse n’a jamais pu se déparer d’un aspect symbolique très fort où le décorum et la hiérarchie jouaient le plus grand rôle. Le meilleur exemple se trouve dans un texte de Posidonios reproduit par Strabon.
« Il y avait une particularité à leurs assemblées. Si quelqu’un perturbait l’orateur, quelqu’un qui tenait lieu d’appariteur s’approchait de lui, l’épée retirée [de son fourreau] et lui demandait de se taire en le menaçant. S’il ne cessait pas, l’appariteur répétait sa menace une deuxième puis une troisième fois. A la fin, il enlevait du sayon du perturbateur suffisamment de tissu pour que ce qu’il en reste ne soit plus utilisable. »

Déchirer ainsi le vêtement revenait à déposséder la personne de sa charge, ou, tout au moins, à le rejeter hors de l’assemblée.

Ces citations expliquent aussi le comportement des druides gaulois, lors de l’élection du nouveau Ollamos, tel que le dépeint succinctement César.
« A sa mort, si l’un des druides surpasse les autres par son mérite, il lui succède ; si plusieurs paraissent avoir des compétences égales, ils s’affrontent [par joutes verbales] pour obtenir ce pouvoir par le suffrage des druides quand ce n’est pas par l’emploi des armes. »

Si l’on apporte crédit au témoignage de César, nous pouvons, dans une moindre mesure, comparer le comportement des druides, lors de l’élection de leur chef, à celui des guerriers lors d’un banquet.
« Les banquets gaulois [sont] soumis à une stricte hiérarchie, dans lesquels les gens se défiaient en duels à mort sur de délicats points d’honneur… » (A. Momogliano)

« Ils ont aussi l’habitude, au cours de leur repas, à propos de n’importe quel sujet, d’en venir à des disputes verbales, puis, s’étend lancé mutuellement des défis, d’en venir à se battre en des duels, sans crainte de perdre la vie » (Diodore de Sicile)

Ces joutes verbales et armées dont le but est de reformuler un nouvel ordre (Ollamos pour les uns, Héros pour les autres), sont le fruit d’un mécanisme rodé, qui ne doit rien au hasard et qui a pour mission d’illustrer la hiérarchie de l’honneur druidico-guerrier.
En plus de toutes ces obligations sociales, tout druide quel qu’il soit, sans exception aucune, est aussi un guerrier. A la vérité le druide peut, s’il le désire et suivant les circonstances, prendre part physiquement au combat au même titre que n’importe quel chevalier.

Voici comment les textes irlandais conçoivent et voient l’armement d’un druide allant au combat. L’équipement est classique, avec une couleur d’invincibilité et de magie propre à frapper de stupeur.
« … Et c’est ainsi que Mog Ruith vint, comme il allait lui-même au combat, et mieux qu’il n’était jamais venu, avec son bouclier aux nombreuses couleurs et étoilé, au cercle d’argent blanc, avec une épée de héros à grande prise à son côté, avec deux lances ennemies et empoisonnées dans les mains. Il vint aussi à cette expédition avec les armes de sa valeur et de guerre à Raithin in Imairic, au gué du sud-ouest. » (Forbuis Droma Damhghaire)

En Gaule, Diuiciacos, tout en étant druide et homme politique influent commande un corps de cavalerie.
« Lui-même, d’autre part, s’adresse à Diviciacus l’Eduen pour l’exhorter et lui expose quel grand intérêt il y a, pour le salut commun, à empêcher la jonction des troupes ennemies, afin de ne pas avoir à combattre en même temps une si grande multitude. Cela pouvait se faire si les Eduens faisaient entrer leurs troupes en territoire bellovaque et commençaient à ravager leurs champs. L’ayant chargé de cette mission, il le renvoie » (César)


Le druide peut aussi, s’il le désire, ne pas prendre part physiquement au combat mais aider les troupes en décidant du moment opportun de la bataille…
« … Vous n’avez bien examiné ni le signe, ni la prospérité, ni l’augure de ces jours-là aujourd’hui et vous perdrez la bataille si vous la livrez. Pour cette raison vous attendrez votre signe et votre prospérité jusqu’à ce que je vous précise quand la rencontre sera convenable. » (Cath Maige Turedh)

Ou en protégeant les guerriers par magie, en lançant des exhortations censées donner la victoire à ses compatriotes et les pires souffrances aux ennemis.
« … Leurs voyants et leurs sages se placèrent sur des piliers et des éminences, faisant usage de leur magie. » (Cath Muige Tuired Cunga)

« Les chefs des Tùatha Dè Dànann furent rassemblés autour de Lug. Il demanda… « Et vous, ô druides ? Quel sera votre pouvoir dans la bataille ? ». « Ce n’est pas difficile », dirent les druides. « Nous jetterons des nuages de feu sur la face des Fomoire si bien qu’ils ne pourront pas regarder en l’air et que les guerriers qui sont en lutte contre eux les frapperont par leur pouvoir ». Et toi, ô Cairpre, fils d’Etain ? », dit Lug à son filid, « de quel pouvoir disposeras-tu dans la bataille ? ». « Ce n’est pas difficile », dit Cairpre, « je ferai la malédiction suprême contre eux. Je les satiriserai et leur ferai honte, si bien qu’ils ne résisteront pas aux guerriers à cause des incantations de mon art ». » (Cath Maige Turedh)

« L’ennemi bordait le rivage… Et les druides, rangés à l’entour, levaient les mains vers le ciel avec d’horribles prières. » (Tacite)

Comme nous venons de le voir, sans être sa principale occupation, la guerre est une activité possible du druide, et lui seul est maître de son destin ; pacifique ou belliqueux.

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Dernière édition par le Sam 21 Jan 2006 - 20:48, édité 2 fois
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Durnacos



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MessageSujet: Re: Le Druide et la guerre   Mer 11 Jan 2006 - 17:07

Je tenais juste à signaler que Cathbad, le nom du druide irlandais, équivalent du gaulois Catuboduos, signifie justement "la corneille du combat", nom hautement symbolique s'il en est.
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Fergus



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MessageSujet: Re: Le Druide et la guerre   Mer 11 Jan 2006 - 20:19

Excellente et juste remarque, Durnacos. Et bienvenue ici.
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MessageSujet: Re: Le Druide et la guerre   

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