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 Le Blanc

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Auetos
Druide C.C.C.
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MessageSujet: Le Blanc   Dim 24 Juin 2007 - 10:36

Le blanc peut se situer aux deux extrémités de la gamme chromatique. Absolu, il signifie tantôt l’absence, tantôt la somme de toute les couleurs. Il se place ainsi tantôt au départ tantôt à l’aboutissement de la vie diurne et du monde manifesté.

Dans la coloration des points cardinaux, il est donc normal qu’on en ait fait la couleur de l’Est et de l’Ouest, c’est-à-dire de ces deux points extrêmes et mystérieux où le Soleil naît et meurt chaque jour. Dans les deux cas, le blanc est une valeur limite. Le blanc de l’Ouest est le blanc mat de la mort, qui absorbe l’être et l’introduit dans le monde des ancêtres, le monde lunaire. Il conduit au vide nocturne. Le blanc de l’Est est celui du retour, c’est le blanc de l’aube, où la voûte céleste réapparaît, vide encore de couleur, mais riche du potentiel de manifestation. L’un descend de la brillance à la matité, l’autre monte de la matité à la brillance. En eux-mêmes ces deux instants, ces deux blancheurs, sont vides, suspendus entre absence et présence, entre lune et soleil, entre les deux faces du sacré, entre ses deux côtés. Tout le symbolisme de la couleur blanche et de ses emplois rituels découle de cette observation de la nature.

Dans la pensée druidique, la mort précède la vie, toute naissance étant une renaissance. De ce fait le blanc est primitivement la couleur de la mort et du deuil. C’est la couleur du linceul, de tous les spectres, de toutes les apparitions. C’est la couleur des mânes.
D’après Hérodote, les Egyptiens ensevelissaient les morts dans des linceuls blancs. Cet usage se retrouve en Grèce dès la plus haute antiquité ; Homère le mentionne à la mort de Patrocle. Pythagore en ordonne l’observation à ses disciples comme un heureux présage d’immortalité. Plutarque rappelle la doctrine de ce philosophe et explique ce symbole : « Pourquoi est-ce que les femmes en deuil portent des robes blanches et la coiffure blanche aussi ? Est-ce pour s’opposer à l’enfer et aux ténèbres qu’elles se conforment ainsi à la couleur claire et reluisante ? Ou bien parce que comme ils revêtent et ensevelissent le corps du mort de draps blancs, ils estiment que ses proches parents doivent aussi porter sa livrée, et parent le corps ainsi, parce qu’ils ne peuvent accoutrer l’âme, laquelle ils veulent accompagner luisante et nette, comme celle désormais est à déliure, et qui a parachevé le grand et fâcheux combat … Par quoi il n’y a que le blanc qui soit tout pur, non mixtionné, ni souillé d’aucune teinture, sans qu’on le puisse imiter, et pourtant plus propre et convenable à ceux que l’on enterre, attendu que la mort est devenu simple, pure, exempt de toute mixtion, et du corps, qui n’est autre chose qu’une tache et souillure que l’on ne peut effacer. En la ville d’Argos semblablement, quand ils portent le deuil, ils revêtent des robes blanches, comme dit Socrate, lavées en eau claire . » (Plutarque, les demandes des choses romaines)

Mais l’aboutissement de la vie est aussi un moment transitoire, à la charnière du visible et de l’invisible, et donc un autre départ. Le blanc est couleur de passage.

C’est la couleur de la pureté, qui n’est pas, à l’origine, une couleur positive, manifestant que quelque chose vient d’être assumé, mais une couleur neutre, passive, montrant seulement que rien, encore, n’a été accompli ; tel est le sens initial de la couleur virginale, et la raison pour laquelle l’animal sacrifié, pour démontrer qu’il n’était déjà plus de ce monde, et pas encore de l’autre, était de couleur blanche, orné de fleurs blanches. Il était uindo-s, blanc, beau et pur.

De cette blancheur neutre, lunaire, féminine, matricielle, maternelle, source d’où coulera le premier liquide nourricier, le lait, riche d’un potentiel vital non encore exprimé, tout plein de songe, le lait que le nourrisson boit avant même qu’il ait entrouvert les yeux au monde diurne, le lait dont la blancheur est celle du lys, image aussi de devenir, d’éveil, riche de promesses, de virtualités ; le lait lumière de l’argent et de la Lune, laquelle, dans sa ronde plénitude, est l’archétype de la femme féconde, prometteuse de richesse et d’aurores. C’est ce qui fait la valeurs des libations de lait, liée au renouveau printanier, telle la vache que les indiens aspergent de lait, en mai, pour la fête du renouveau.

Ainsi progressivement se produit un changement, le jour succède à la nuit, l’esprit s’éveille, et va proclamer la splendeur d’une blancheur qui est celle de la lumière diurne, solaire, positive et mâle. Au blanc cheval du songe, porteur de mort, succèdent les blancs chevaux de Belenos que l’homme ne peut fixer sans éblouissement.

Solaire, le blanc devient symbole de la conscience diurne épanouie, intense, violent, aigu, ou bien ample et aveuglant comme une coulée de métal en fusion. Il se rapproche donc de l’or, couleur mâle, de vie et de lumière, ne pouvant tendre à l’obscurcissement. Il est le véhicule de la jeunesse, de la force, de l’éternité divine. Il est la couleur des dieux.
Ainsi, en Inde, lors du grand sacrifice du cheval, un couteau d’or était employé « parce que l’or est lumière et parce que c’est au moyen de la lumière dorée que le sacrifié gagne le royaume des dieux . ». Ce qui n’est pas sans nous rappeler la grande cérémonie de la cueillette de gui décrite par Pline l’Ancien : « … Après avoir préparé un sacrifice au pied de l’arbre, on amène deux taureaux blancs dont les cornes sont liées pour la première fois. Vêtu de blanc, le prêtre monte à l’arbre, coupe avec une faucille d’or le gui qui est recueilli dans un linge blanc … » (Hist. Nat. 16, 249)

Le blanc est, dans son acceptation diurne, la couleur de la révélation, de la grâce, de la transfiguration qui éblouit, éveillant l’entendement en même temps qu’il le dépasse : c’est la couleur de la théophanie. Cette blancheur triomphale, somme de toutes les couleurs, resplendit autour de la tête de tous ceux qui ont approché les dieux, sous la forme d’une auréole de lumière.

La valorisation positive du blanc qui s’ensuit est également liée au phénomène initiatique. Elle n’est pas l’attribut du postulant, du candidat ou du mapiniacos qui marche vers la mort, mais celle de celui qui se relève, qui renaît, victorieux de l’épreuve. Elle est la saie virile, symbole d’affirmation, de responsabilité assumées, de pouvoir pris et reconnus, de renaissance accomplie, de consécration. Dans les temps anciens, c’était après vingt ans d’enseignement que le nouveau druide, né à la vie véritable, endossait l’habit d’une éclatante blancheur, car, « échappant par une ferme et divine constance aux attaques des passions et aspirant avec ardeur à l’unité, ce qu’il avait de déréglé entre dans l’ordre, ce qu’il avait de défectueux s’embellit, et il resplendit de toute la lumière d’une pure et saine vie ».

Après cet aperçu, on comprend mieux pourquoi, dans le monde Celte, cette couleur est réservée à la caste sacerdotale : les druides sont vêtus d’une saie blanche, car ces dru-uid, ces très savants, ces illuminés sont le trait d’union entre les hommes et les dieux, les médiateurs entre le ciel et la terre.
Eux qui se sont relevés du tombeau, qui ont reçu la grâce divine, ne sont plus de ce monde et pas encore dans l’autre ; ou plutôt ils appartiennent aux deux mondes, et comme tel ils sont « pontifex » à la fois constructeurs et ponts aux-mêmes.

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