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 Spiritualité celtique : la vision de Fergus

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Fergus



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MessageSujet: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 17:18

Chers amis druidisants,

Je voudrais m'adresser à vous pour préciser ma pensée, dans une démarche de dialogue respectueux des convictions et des valeurs de chacun. J'attends de vous le même respect, quelles que soient nos différences.
Merci de ne pas répondre à ce fil avant que j’aie fini de tout poster (8 messages prévus).

Lorsque Auetos créa ce forum, c'était avec ma participation, parce que, sur un autre forum consacré à la civilisation celtique, il n'était pas possible d'échanger sur la spiritualité celtique sans se faire écharper par les extrémistes de l'archéologie matérialiste.


I. PRESENTATION

Quelques mots sur moi, à titre d'introduction (on peut aussi lire ma présentation sur ce forum, à cette adresse : http://druuidiacto.forumculture.net/t6-de-fergus )

Je ne suis pas un druidisant. Je n'appartiens, et n'ai jamais appartenu, à aucun groupe, collège ni clairière (néo-)druidique. J'ai assez longtemps milité contre le (néo-)druidisme, considérant que l'absence de filiation, et notre ignorance générale des doctrines druidiques de l'Antiquité, ruinait d'avance toute revendication au titre de druide, qui pourtant me fascinait depuis mon enfance.

J'ai découvert la beauté de la civilisation celtique vers l'âge de 11-12 ans, après qu'on m'eût offert à Noël les Contes et légendes de la Bretagne mystérieuse, préfacées par Gwenc'hlan Le Scouezec. J'ai lu tout ce qu'on trouvait sur le sujet, le pire dominant numériquement le meilleur. J'ai pris contact avec un groupe druidique, à la fin des années 70, dont je tairai le nom par pure charité. L'indigence intellectuelle et spirituelle de ce groupe me sauta aux yeux (origine extraterrestre de l'homme et autres balivernes...) malgré mon jeune âge (j'avais moins de 18 ans à l'époque). Je n'ai pas changé d'avis sur ce sujet.

Mes lectures m'ont amené à explorer d'autres religions du monde, notamment l'hindouisme et le bouddhisme. J'avais encore à l'époque les religions monothéistes en horreur, comme la plupart d'entre vous. La découverte de deux auteurs m'a fait franchir une frontière, celle qui sépare le charlatanisme de l'authenticité. Il s'agit, dans le domaine celtique, de Christian-J. Guyonvarc'h. Et dans celui des études traditionnelles en général, de René Guénon.

Grâce au premier, j'ai su faire la différence entre les élucubrations des celtomanes et les sources authentiques de notre connaissance de la civilisation celtique : archéologie, textes gréco-romains, littérature gaélique et britonnique, littérature arthurienne, folklore et traditions populaires, chacune de ces sources étant bien entendu à replacer dans son contexte et à interpréter. J'ai pu aussi commencer à réfléchir sur le sens de cette civilisation qui, jusqu'alors, me fascinait sans que je sache pourquoi. Qu'est-ce qui différencie la civilisation celtique antique et médiévale, de notre civilisation classique, romano-chrétienne ?

René Guénon, lui, est un auteur incontournable pour celui qui veut s'intéresser aux notions de Tradition, d'ésotérisme et d'initiation. Son œuvre, pas toujours facile et d'un ton souvent désagréable, pose en termes modernes les fondements de la mentalité traditionnelle dite « orientale » (opposée à la mentalité moderne dite « occidentale »), les règles de la réalisation spirituelle initiatique et du langage symbolique qui lui est propre, et établit des parallèles et des correspondances entre différentes traditions, qu'elles soient polythéistes, monothéistes, asiatiques, européennes ou même amérindiennes. Pour Guénon, les druides étaient manifestement les représentants authentiques de la « Tradition primordiale » dans l'extrême Occident.

Mais Guénon met également en garde contre les parodies de traditions typiques de notre époque de décadence spirituelle. A l'initiation « régulière » et « orthodoxe », qui existe sous de nombreuses formes, répond également une « pseudo-initiation » qui imite la vraie initiation, et qui est un instrument de la « contre-initiation », tendance qui veut empêcher l'initiation d'atteindre son but, et détourner ainsi les vrais « cherchants » de la Voie spirituelle. Se basant principalement sur les exemples de l'hindouisme védantique, de l'islam ésotérique et de la tradition occidentale souterraine, Guénon définit les règles d'une authentique tradition, et insiste notamment sur la nécessité d'une filiation authentique, qui protège des contrefaçons.

La lecture de Guyonvarc'h et de Guénon, en me donnant des bases solides, m'a évidemment poussé à me méfier du (néo-)druidisme, et ce ne sont pas les différents livres et revues (néo-)druidiques qui me parvenaient, qui risquaient de me faire changer d'avis. Le Barddas et l'œuvre de Iolo Morganwg, bien que provenant du Pays-de-Galles, n'ont pas grand chose à voir avec le druidisme antique. Les Druides de Paul et René Bouchet me semblait n'offrir aucun intérêt au point de vue spirituel. L'immense diversité du paysage (néo-)druidique n'incite pas non plus à y voir l'expression d'une véritable tradition, puisqu'il est extrêmement difficile d'y trouver le moindre principe commun qui fasse l'unanimité, sinon la référence à un druidisme idéalisé qui varie selon les époques et les découvertes scientifiques sur le sujet. Au XIX° siècle, le (néo-)druidisme est très différent de celui du XX°, qui lui-même ne ressemble pas à celui de ce début de XXI° siècle – et cela sans qu'on puisse y voir une évolution interne naturelle, mais plutôt l'influence extérieure de la mentalité générale (féminisme, écologie...) et des découvertes scientifiques.

Bref, je suis devenu farouchement anti-(néo-)druidique, et je l'ai clamé, notamment sur un autre forum.

Mais ces dernières années, j'ai beaucoup infléchi mon jugement. Non que mon opinion sur les différents groupes (néo-)druidiques ait beaucoup changé. Je constate très souvent la même indigence spirituelle, la même absence de filiation, la même diversité anarchique, la même soumission à l'esprit du temps. Mais mon approfondissement à la fois intellectuel et spirituel, consécutif à mon engagement personnel dans une voie, la franc-maçonnerie « spiritualiste » (pour la distinguer de ses dérives politico-affairistes, hélas), m'ont amené à considérer que l'ancienne tradition celtique, si elle a disparu en tant qu'organisme constitué, a cependant continué de vivre de façon diffuse à l'intérieur même de notre civilisation occidentale romano-chrétienne, qu'elle a bien plus influencée qu'on ne le croit généralement. Et surtout, j'en suis venu à considérer que cette tradition celtique est susceptible aujourd'hui encore de constituer la base d'une authentique voie spirituelle. A condition, toutefois, d'en définir la nature et les règles, pour ne pas tomber dans la parodie de tradition, dans la pseudo-tradition, ou la contre-tradition. A condition, aussi, de ne pas prendre nos vessies pour des lanternes, nos rêves pour des réalités, et nos idées reçues pour des vérités historiques.

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Fergus



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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 17:20

Je vais donc, dans cette deuxième partie, vous exposer ma position, en particulier sur les sujets qui me différencient de la plupart des courants (néo-)druidiques. Personne n'est obligé d'y adhérer, et je ne prétends pas détenir la Vérité absolue. Je vous demande simplement de bien vouloir considérer mes arguments avec le plus d'objectivité possible, afin que nous engagions un dialogue tolérant et respectueux..

II. APERÇU HISTORIQUE

Le druidisme antique n'existait que par et pour une société celtique traditionnelle, fondée sur la tripartition fonctionnelle. Il y avait des druides parce qu'il y avait des rois, des guerriers, des artisans et des paysans libres, dans le cadre d'une société organique globale où la pensée celtique imprégnait toutes les mentalités. Cette société a disparu à différentes époques selon les endroits : très tôt aux abords de la Méditerranée puis en Gaule, puis en Grande-Bretagne, sous les coups de l'influence gréco-romaine. A l'arrivée du christianisme dans ces régions, la société traditionnelle celtique n'existait déjà plus depuis plusieurs décennies ou siècles en tant que telle, mais des résidus de la tradition celtique avaient survécu notamment dans les campagnes. Comme la religion gallo-romaine officielle, le christianisme officiel « récupèrera » ou « assumera » nombre de ces résidus de tradition celtique, soit en l'incorporant dans son corpus doctrinal, soit en « annexant » des lieux sacrés, des rites locaux, des fêtes calendaires... Ces résidus seront très souvent conservés en recevant une nouvelle interprétation, ce qui est toujours le cas lorsqu'une nouvelle forme religieuse en supplante une ancienne. Ce faisant, la tradition celtique s'est christianisée, et le christianisme s'est « celtisé ». Je n'emploie pas le mot « druidisé », car la classe des druides n'existait alors plus en tant qu'Ordre initiatique authentique, par suite de l'interdiction politique de la part de l'Empire romain, et par suite de la disparition de la société traditionnelle celtique, comme je l'ai dit plus haut.

En Irlande en revanche, pas de romanisation, pas de destruction de la société traditionnelle celtique avant l'arrivée du christianisme. Or, il est patent que dans ce contexte, la conversion générale de l'Irlande gaélique a été rapide et sans martyrs, et s'est faite par le haut, c'est-à-dire par la classe aristocratique et celle des anciens druides. La réforme imposée par saint Patrick a permis la conservation d'une classe sociale héritière des anciens druides, les filid, qui ont continué à transmettre le patrimoine national en le « souchant » sur la nouvelle religion, ce qu'ils appelèrent « synchronisme d'Irlande ». En inventant des origines hébraïques ou égyptiennes à leurs ancêtres Gaels, ils ne faisaient pas du révisionnisme historique, mais adaptaient leur symbolisme à la nouvelle situation.

Il est donc doublement faux, à mon avis, d'accuser le christianisme de tous les maux, et notamment d'avoir « détruit » le druidisme. D'une part, c'est l'Empire romain encore païen qui a interdit l'Ordre druidique. D'autre part, le christianisme a délibérément assumé le patrimoine traditionnel celtique quand il l'a rencontré, conservant même une classe druidique (bien que sous un autre nom) au sein de la société chrétienne, quand cette classe druidique n'avait pas été détruite par les Romains païens... Remarquons aussi que si l'écriture, apportée par le christianisme, ne nous avait pas transmis un énorme corpus littéraire – donc mythique – celtique, nous n'en saurions pas plus sur la tradition celtique que sur le « peuple des mégalithes » de l'Europe occidentale, dont on ignore tout. Remarquons enfin que si les druides d'Irlande se sont massivement convertis au christianisme, tout en conservant leur tradition, c'est que l'incompatibilité n'était sans doute pas si grande entre les deux traditions, à condition de ne pas confondre la spiritualité chrétienne avec sa forme romaine exotérique (voir plus loin).

Par contre, il est exact de dire que plus tard, à partir du XII° siècle, l'Église romaine a lutté contre les spécificités de l'Église chrétienne celtique, et contre les survivances celtiques à l'intérieur même de la société occidentale : coutumes populaires, thèmes littéraires (ainsi la forte christianisation de la littérature arthurienne par les Cisterciens, au XIII° s.).

Pour toutes ces raisons, je ne souhaite pas dans l'état actuel de ma réflexion, malgré mon attachement à la tradition celtique, revendiquer pour moi-même le titre de « druide », qui ne devrait à mon avis être réservé aux druides de l'Antiquité. Mais cela n'engage que moi.


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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 17:23

III. ROME vs TRADITION CELTIQUE

Ce n'est donc pas le christianisme en tant que doctrine spirituelle qui est l'ennemi de la tradition celtique, mais Rome, qu'elle soit païenne ou chrétienne. On verra plus loin que la distinction artificielle entre monothéisme et polythéisme relève de la même myopie intellectuelle.
Il nous faut donc examiner en quoi notre tradition celtique s'oppose à la civilisation romaine. Or l'examen historique, à la lumière du comparatisme religieux (Dumézil) et des doctrines traditionnelles (Guénon), laisse apparaître une opposition radicale sur trois plans :

- Plan politico-juridique : A Rome, la classe guerrière (les Patriciens) détentrice du pouvoir temporel, a très tôt confisqué l'Autorité spirituelle à la classe sacerdotale, réduisant celle-ci à quelques charges honorifiques très vite monopolisées par ses propres membres. Il y a là une première déviation par rapport à l'organisation traditionnelle indo-européenne, parfaitement conservée chez les Celtes, comme le prouvent les textes médiévaux irlandais, et même les fameux Commentaires de César sur la Guerre des Gaules. Dans une société indo-européenne authentiquement traditionnelle, la Souveraineté résulte de l'harmonie entre l'Autorité spirituelle (1ère fonction) et le pouvoir temporel (2ème fonction). Il est donc évident que l'existence de la classe druidique était une menace pour l'État romain, dominé par la deuxième fonction guerrière (Guénon dit : « la révolte des kshatriyas » – nom de la 2ème fonction en Inde). Le droit et l'organisation étatique et administrative modernes sont dans une très large mesure hérités de l'Empire romain, de ses règles, de son fonctionnement. La primauté d'une classe dominante, les patriciens, sur la plèbe mais aussi sur la fonction sacerdotale, réduite à Rome au rang d'accessoire à la carrière politique et d'exécutante des rites publics, se retrouve tout à fait dans notre organisation politique d'aujourd'hui, via l'empire carolingien, mais surtout via la Renaissance (redécouverte du droit romain, notion d'État souverain administratif et centralisé, Jean Bodin, Montaigne) et la Révolution française, qui finira par accoucher d'un Empire français très inspiré de l'Empire romain, et dont les règles administratives et juridiques sont encore en vigueur aujourd'hui. Le pouvoir a seulement changé de mains, passant de l'aristocratie guerrière à la bourgeoisie commerçante et financière. Il y a une réflexion à faire sur cette (re-)romanisation de la France et de l'Europe à partir de la Renaissance jusqu'à nos jours, et sur l'attrait que provoque, en réaction, le Moyen Âge sur un certain nombre de personnes – tout comme le romantisme littéraire et artistique fut une réaction au positivisme et au classicisme du début du XIX° siècle.

- Plan philosophique : Il est largement acquis aujourd'hui que notre système de pensée occidental est issu du prétendu « miracle grec », c'est-à-dire de la philosophie d'Aristote, en rupture totale avec la tradition indo-européenne – encore incarnée par Pythagore et Platon. Le point de départ de cette rupture est l'adoption de la logique aristotélicienne fondée sur le principe du tiers exclu, qui impose un point de vue binaire, dualiste, sur la réalité (le dilemme), obligeant à classer les phénomènes dans des catégories étanches et non conciliables. Or, la pensée pré-aristotélicienne, qui a survécu depuis lors de façon marginale et quasi clandestine dans la pensée néo-platonicienne et les courants qu'elle a inspirés ensuite, se retrouve également à l'autre extrémité du monde indo-européen, l'Inde, où elle est à la base de la pensée indienne – hindoue ou bouddhique. Elle est fondée sur une logique différente, appelée le tétralemme, qui inclut la possibilité simultanée de plusieurs hypothèses en apparence contradictoires, dans un mouvement ascendant vers la Vérité qui se trouve être, au final, la synthèse des opposés (coincidentia oppositorum). Ainsi, là où la pensée Aristote fonde la dualité, la pensée non-aristotélicienne ouvre sur l'Unité. Là où la dualité réduit l'homme à un composé binaire et culpabilisant « âme-corps », et mène au mépris de la nature, à son exploitation sans scrupule et à la technocratie destructrice, via le rationalisme et le matérialisme, l'Unité non-aristotélicienne reconnait la coexistence des différences, et englobe l'homme tri-composé « corps-âme-esprit » dans une nature dont il fait partie, et qu'il respecte comme sa Mère. La prise de conscience actuelle de l'urgence environnementale et de l'aberration du système technocratique à la fois déshumanisant et « dénaturisant », aboutit en toute logique à la remise en cause des racines philosophiques de notre civilisation, fondée sur l'idéologie aristotélicienne.

- Plan religieux : Il faut distinguer la religion de la spiritualité. La romanité religieuse n'est pas seulement une forme de spiritualité, mais elle est une religion, avec ses rites, sa morale, son organisation politico-sacerdotale, etc. Rome a fini par imposer au monde celtique sa propre forme de christianisme, fondée sur l'alliance politique avec l'Empire romain (Constantin, IV° s.). Il s'agit d'un christianisme dogmatique, intolérant aux différences, soucieux de la forme extérieure plus que de l'accomplissement intérieur, en bref : de l'exotérisme chrétien issu des différents Conciles œcuméniques (Nicée, Ephèse, Chalcédoine, etc.). Le monde celtique n'a pas été la seule victime de la romanité totalitaire : toute spiritualité chrétienne différente, notamment ésotérique, a fait l'objet de l'oppression romaine à travers les siècles et jusqu'aujourd'hui encore, puisque J. Ratzinger a récemment rappelé que les francs-maçons, même chrétiens, ne peuvent pas être catholiques romains.

Je pense que, depuis plus de deux mille ans, s'opposent en Occident deux façons de penser l'homme, de penser le monde, de penser le sacré, de penser le politique. L'une est traditionnelle (au sens de Guénon) et s'apparente aux traditions orientales, notamment indo-européennes. Elle a pour fondements l'initiation, le langage symbolique, la réalisation spirituelle dans l'Un par la multiplicité, la Souveraineté-harmonie entre Autorité spirituelle et pouvoir temporel, le Ternaire sacré dans l'Homme et le Cosmos... L'autre, issue principalement de l'alliance entre l'idéologie aristotélicienne et la déviance politique romaine, tend vers le dualisme excluant, et impose son ordre totalitaire par la force et l'oppression, rejetant dans les ténèbres toute différence et toute élévation.
Cette ligne de fracture traverse toute la civilisation issue de l'Empire romain, Islam compris. A l'intérieur même du christianisme comme de l'islam existe depuis des siècles une tradition non-romaine/non aristotélicienne, ésotérique et spirituelle, aux origines et aux influences multiples. Cette tradition n'est pas l'ennemie de la tradition celtique.

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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 17:25

IV. A QUOI SERT UNE TRADITION ?

Mais quel est le but d'une Tradition ? A quoi peuvent servir ces doctrines, ces mythes, ces rites, ces pratiques de prières, de méditation, ces sciences sacrées ? Pour certains, cela peut servir à passer le temps, à compenser un relatif échec dans la vie ordinaire, à retrouver des amis avec qui ont a un point commun. Pour d'autres, la Tradition est l'occasion d'acquérir du pouvoir, de la gloire ou de l'argent.

Toutes ces motivations individuelles existent, elles sont hélas dans la nature humaine. Nous ne sommes pas tous des Sages, ni même forcément des aspirants à la Sagesse.

Et pourtant, le but ultime de toute vie humaine, dans le cadre d'une Tradition authentique, c'est la Réalisation spirituelle. Celle-ci a porté de nombreux noms selon les Traditions : Éveil, Libération, Salut, Nirvana, Gnose, etc. Peu importe le nom qu'on lui donne : cette Réalisation a pour caractéristique de permettre à l'adepte d'atteindre un état spirituel ultime, de connaissance du divin ou de fusion en lui, qui n'est pas un anéantissement mais au contraire l'accès à la vraie Vie.

Car toutes les Traditions l'affirment : l'état ordinaire de l'homme n'est pas satisfaisant. L'homme ordinaire n'est pas vraiment lui-même. L'homme n'est pas accompli, il n'est pas un Homme complet, un Homme vrai. Il a un chemin de sagesse à parcourir, qui l'amènera de l'état où il se trouve, ici et maintenant, vers l'état ultime. Le psychanalyste suisse C.G. Jung a pu identifier ce processus comme inhérent à l'homme, même s'il n'en a pas conscience. Sa vie psychique intérieure exprime parfois symboliquement la recherche d'un état de Totalité que Jung appelle le « Soi ». Pour ce faire, les Traditions proposent des rites et des pratiques, que Guénon regroupe sous le nom générique de « Initiation ».

La Tradition, c'est à la fois l'organisation traditionnelle (« l'Ordre »), le chemin à parcourir exprimé dans un discours, et le but.
Toute Tradition authentique possède ces trois aspects, même si parfois le but n'est pas explicitement décrit : c'est que le But est indicible, indescriptible à ceux qui ne l'ont pas atteint.

La Tradition celtique comme toute Tradition est, devrait être un ensemble de composantes, à la fois conforme à ce schéma universel et spécifique à elle-même en raison du contexte géographique, ethnique, culturel, historique, etc...

Mais la Tradition n'est pas une invention humaine. Elle provient de « l'Autre Monde », quel que soit le moyen par lequel elle nous est parvenue. Il peut s'agir de messages divins – comme celui de Trefuilngid Tre-Eochair, dans le texte irlandais de « La Fondation du Domaine de Tara ». Cela peut être aussi l'expérience spirituelle profonde de « prophètes » ou « voyants » (comme les sept Rishis de l'hindouisme) voire, comme dans le cas du christianisme, par l'Incarnation dans un homme d'un Principe divin éternel. Ce ne peut pas être, en tout les cas, par une réflexion spéculative de la raison humaine.
Ce Message est constitutif de l'Initiation. Il est transmis de proche en proche, à travers le temps, par une chaîne ininterrompue, qui véhicule ce que Guénon appelle « l'influence spirituelle ». Sans cette transmission ininterrompue, tout rite n'est que parodie.

C'est pourquoi je suis très dubitatif sur l'initiation (néo-)druidique qui ne s'appuie sur aucune filiation ininterrompue depuis l'Antiquité. La seule chaîne d'héritage antérieure au XVIII° siècle est celle, citée par Auetos, des bardes gallois. S'agit-il cependant d'une filiation initiatique ?

Ceci dit, je veux bien mettre de l'eau dans mon vin sur ce sujet, en acceptant qu'à titre exceptionnel, une nouvelle tradition puisse être valablement régulière, si elle plonge ses racines dans une véritable expérience spirituelle, un accès à l'Autre Monde, ou encore si elle se souche formellement sur une Tradition déjà existante et susceptible de la recueillir provisoirement, en attendant d'acquérir son autonomie spirituelle.

Le discours par lequel s'exprime la Tradition se présente sous forme symbolique, c'est-à-dire sous l'aspect du mythe. Je renvoie sur ce sujet à l'œuvre de Mircea Eliade (voir Bibliographie). Le mythe exprime sous forme de récit symbolique une doctrine métaphysique, c'est-à-dire un discours sur l'origine, la nature et la destination du cosmos (une cosmogonie et une cosmologie), et sur l'origine, la nature et la destination de l'homme (une anthropologie). L'homme étant, par essence, la réplique du cosmos, il y a analogie et correspondance entre les divers constituants de l'un et de l'autre. Mais le discours mythique et symbolique est antérieur à tout discours raisonné, à toute explication rationnelle ; il lui est donc supérieur. Toute explication discursive sur un mythe est nécessairement inférieure au mythe lui-même, en raison notamment de la nature du langage symbolique, qui parle à l'être tout entier, et recèle donc une pluralité de sens possibles dont aucun n'exclut les autres, et qui ne sont compréhensibles qu'à la mesure de son avancement spirituel, c'est-à-dire de l'état de l'être auquel chacun est parvenu.

La Tradition celtique réside donc d'abord, et avant tout, dans ses mythes. Ceux-ci sont à la fois universels dans leur essence, et particuliers à la Tradition celtique dans leur forme. Il y a analogie structurelle entre eux et les mythes d'autres Traditions, et il est légitime de tenter de comprendre les mythes celtiques par comparaison avec les mythes d'autres aires culturelles, notamment indo-européennes. Mais les mythes romains, scandinaves, grecs, iraniens ou indiens ne sont pas des mythes celtiques, et ne peuvent donc remplacer ceux-ci quand ils font défaut.

Il est donc clair, pour moi, que la source de toute Tradition celtique, ce sont les mythes, et rien que les mythes. Si nous cherchons le « dénominateur commun » de toute organisation se réclamant de la Tradition celtique, c'est là que nous le trouverons.

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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 17:28

V. LE TERNAIRE

Le principe ternaire est un des fondements de toutes les traditions indo-européennes. La tradition celtique y insiste beaucoup, ne serait-ce que par le motif artistique du triskell – présent dès l'époque de Halstatt. Ce n'est pas un caprice, ou une particularité aléatoire, héritée sans raison de nos lointains ancêtres. Le monde, le cosmos, tout comme l'homme qui en est l'image, sont triples par nature. La triplicité est constitutive de tout ce qui existe. Ce sont les trois « fils (du mot fil) du monde » (guna) de la tradition indienne : tamas rajas sattva, c'est-à-dire : ce qui pèse vers le bas – ce qui anime – ce qui élève.

Dans l'Homme, ce ternaire est bien connu ; il s'agit du corps, de l'âme et de l'esprit. Il est important d'avoir une idée claire de ces trois termes et de ce qu'ils recouvrent. Si le corps ne fait pas question, les mots « âme » et « esprit » sont devenu flous et quasiment interchangeables dans la mentalité moderne, polluée par le dualisme cartésien et matérialiste.

· Le corps (en grec : soma) comprend tout ce qui est matériel, c'est-à-dire perceptible par les cinq sens. Il est créé et grossier – ce qui n’implique aucun mépris.
· L’âme (en grec : psyché) regroupe l’ensemble des fonctions psychiques conscientes et inconscientes, depuis les instincts et réflexes de bases, jusqu’à l’intuition intellectuelle la plus élevée, en passant par les émotions, les sentiments, la pensée discursive, etc. L’âme est créé et subtile (c’est-à-dire non matérielle).
· L’esprit (en grec : pneuma, c’est-à-dire « souffle », ou noûs, souvent traduit par « intellect ») est non créé. Il est l’élément immortel de l’être. Il est l’être en lui-même, la « fine pointe de l’âme ». C’est le Soi universel, d’origine et d’essence divine, le principe grâce auquel la création ou la naissance peut avoir lieu – c’est pourquoi on le considère symboliquement comme masculin, bien qu’il soit au-delà de toute dualité.

On voit que le ternaire corps-âme-esprit correspond (« symbolise avec », dit Corbin) le ternaire indien tamas-rajas-sattva.

De la même façon, la totalité se présente à nos yeux nous forme ternaire :
· Le monde sensible, manifesté et soumis au temps et à l’espace, symbolise avec le corps humain. Ce monde existe, bien entendu.
· Le monde céleste, où se déroulent les récits mythiques fondamentaux, relève de la psyché ; il est manifesté mais non soumis au temps et à l’espace. c’est le Síd, que Henry Corbin appelle « monde imaginal » (qui n’est pas celui de l’imaginaire, d’origine individuelle). Ce monde existe aussi, même si nos sens ne peuvent le percevoir directement.
· Le monde « surcéleste », enfin, comme l’esprit, est indescriptible, indicible. Principe unique de toutes choses, Réalité ultime et sans nom, il ne peut que s’expérimenter au terme d’une longue ascèse, type même de la spiritualité. Ce monde-là n’existe pas : il EST.

Les civilisations traditionnelles ont appliqué, ou tenté d’appliquer, ce schéma fondamental à l’organisation sociale, et c’est ce que Georges Dumézil a appelé la trifonctionnalité.
· Au corps, correspond la troisième fonction nourricière et artisanale, celle qui agit sur la matière ;
· à l’âme, siège de la volonté et de l’énergie, correspond la deuxième fonction guerrière et royale, détentrice du pouvoir temporel ;
· à l’esprit, siège de la pensée, enfin, répond la première fonction dite sacerdotale, détentrice de l’Autorité spirituelle. Comme pour l’Homme intégral, une société n’est réellement traditionnelle que si la volonté psychique (2ème fonction), inspirée par l’esprit (1ère fonction) avec qui elle forme la Souveraineté, gouverne le corps social (3ème fonction) qui nourrit les deux premières.

On voit que le principe ternaire, absolument primordial dans toutes les traditions indo-européennes, se décline à différents niveaux, et permet d’expliquer toute déviance individuelle ou collective.

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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 17:30

VI. MONOTHEISME ET POLYTHEISME

Il est d’usage, dans les milieux néo-païens, d’opposer radicalement la pensée polythéiste à la pensée monothéiste. La première aurait été opprimée puis supplantée par la seconde, qui marquerait au contraire, selon les modernes, un stade plus « évolué » de la pensée religieuse.

D’après la plupart des polythéistes, le monothéisme est une forme de totalitarisme intellectuel qui ignore le corps et la Nature (corps du cosmos) et impose ses catégories mentales par l’aliénation et la destruction des traditions polythéistes.
D’après la plupart des monothéistes, les polythéismes ne sont que des idolâtries qui ne peuvent élever vers l’esprit mais attirent au contraire vers le bas, vers les instincts animaux et la bestialité.

Bien entendu, tout ceci est vrai… et faux à la fois.

Considérons les choses dans la perspective du principe ternaire. Les monothéistes se focalisent sur le niveau 1 (« surcéleste », sattva, esprit…) en niant le niveau 2 des mythes et des dieux. Ce faisant, ils ravalent le Principe unique au rang d’un dieu, et l’indice le plus flagrant en est la traduction erronée et lourde de conséquences du Tétragramme imprononçable de la Tradition judaïque (YHVH) par le mot « theos » dans la traduction grecque de la Bible appelée « Septante » (III° siècle avant J.-C.). Le mot theos, comme tous ses équivalents issus de l’indo-européen *deiwos, désigne une des puissances célestes, c’est-à-dire du monde intermédiaire, le monde des dieux. Appliquer ce nom à l’essence suprême indicible est un non-sens, et nous en payons encore les conséquences. Je conseille vivement, à ce sujet, la lecture du livre de Henry Corbin, Le Paradoxe du Monothéisme (voir Bibliographie). En appliquant à un « Dieu » ce qui revient au Principe suprême, on nie du même coup tout autre dieu. Ceci constitue l’erreur fondamentale des Eglises monothéistes.

Cependant, les polythéistes ne sont pas exempts d’erreur non plus… Dans la perspective du principe ternaire, la plupart des polythéistes « païens » d’aujourd’hui nient tout simplement le niveau 1, et confondent spirituel et psychique. Pour eux, pas de Principe suprême, pas de Soi, pas d’Unité fondamentale. Ainsi, la multiplicité entraîne à la relativité où tout se vaut, et ramène au monde sensible (niveau 3) qui est finalement érigé au rang de divinité. Voilà l’idolâtrie : regarder le doigt du Sage (les mythes et les dieux) et ignorer la lune qu’il nous montre.

Le rôle de toute Tradition authentique est de nous ramener à notre origine. Les mythes et les dieux sont les intermédiaires obligés vers l’Unité du Principe, mais ils ne sont pas le Principe lui-même.

C’est pourquoi la Voie authentique est une Voie du Milieu, elle évite les deux extrêmes que sont le monothéisme exclusif et le polythéisme exclusif.

…/…
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Fergus



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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 17:32

VII. VERS UNE SPIRITUALITE CELTIQUE

Voilà pourquoi je pense qu’une vraie spiritualité celtique est possible. Les conditions existent, d’une authentique spiritualité fondée sur l’âme celtique. Si l’Esprit sans nom, sans étiquette, sans couleur ni forme, est commun à toutes les spiritualités, l’Âme, elle, possède forme et couleur, langue et images. Elle est donc spécifique à une communauté de peuples et à des terroirs. La Tradition celtique est le chemin spécifique aux peuples celtiques, vers l’Unité du Principe sans nom et sans forme.

A l’heure où vous, (néo-)druides, vous interrogez sur ce qui constitue le dénominateur commun du (néo-)druidisme, et tentez de rassembler les différentes conceptions ayant cours deci-delà, peut-être seriez-vous bien inspirés de revenir à ce qui fait l’âme celtique : ses mythes.

Même si leur forme change à travers les siècles, leur essence reste la même, qu’ils aient été christianisés ou non. C'est pourquoi la source primordiale de toute spiritualité celtique d’aujourd’hui, c’est le corpus mythique qui reste encore à rassembler. Il doit être fondé sur tous les documents disponibles : art et archéologie, récits de voyageurs et de témoins gréco-latins, textes irlandais, gallois, littérature arthurienne, folklore et traditions populaires des aires anciennement celtiques... Rien ne doit être négligé, rien ne doit être écarté au nom de tel ou tel exclusivisme anti-grec ou anti-chrétien. Le rassemblement de ce corpus-âme, et la méditation sur son contenu, avec l’aide de l’Esprit, pourront alors, peut-être, aboutir à la constitution d’un corps, assemblée de tous ceux qui le souhaitent, qu’ils soient païens, druidisants ou chrétiens de toutes obédiences. Cette assemblée celtique pourrait alors peut-être pratiquer les rites que les mythes inspirent, et non quelque servile et artificielle imitation de traditions « cousines ».

Concernant les chrétiens, il est bien entendu que les plus extrémistes d’entre eux ne sauraient comprendre le principe ternaire et accepter l’existence des dieux. De même, les plus obtus des néo-païens ne sauraient accepter que seul le Principe EST, et la présence de chrétiens ouverts ne pourrait que les gêner. Que les extrémistes de tous bords restent dans leurs illusions ! En Irlande, la tradition celtique a perduré pendant sept siècles en symbiose avec un christianisme fervent. Cette vérité dérange les néo-païens intolérants, comme elle a dérangé l’Eglise romaine intolérante.

Aujourd’hui, il est à nouveau possible d’être à la fois celtisant et chrétien, tout comme au Japon, par exemple, on peut être shintoïste et pratiquer le bouddhisme zen. Les Japonais n’ont jamais été victimes de la logique aliénante du tiers-exclu d’Aristote ni de l’oppression de l’Etat romain. L’Irlande médiévale est un modèle à suivre, tout comme la spiritualité symbolique de la littérature arthurienne. Partons à la recherche du Graal unifiant, combattons l’ennemi intérieur, vivons réellement notre Tradition.

Chacun de nous, membre d’un collège/clairière ou non, membre d’une organisation chrétienne ou non, membre d’une loge maçonnique ou non, peut participer à cette aventure spirituelle et chevaleresque : le rassemblement, la défense et la transmission de l’âme celtique.

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Fergus



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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 17:50

BIBLIOGRAPHIE

Religions :

Toute l'œuvre de Mircea ELIADE, notamment :
· Traité d’Histoire des religions, éd. Payot, 1949
· Aspects du mythe, éd. Gallimard Folio, 1963
· Histoire des croyances et des idées religieuses, 3 volumes, éd. Payot, 1976-1983
· Images et symboles, éd. Gallimard Tel, 1952-1980
· Initiation, rites, sociétés secrètes, éd. Gallimard Folio, 1959
· La nostalgie des origines, éd. Gallimard Folio, 1971
· Le chamanisme. Les techniques archaïques de l’extase, éd. Payot, 1951-1983
· Le sacré et le profane, éd. Gallimard Folio, 1965
· Mythes, rêves et mystères, éd. Gallimard Folio, 1957

· collectif, Histoire des religions, éd. Gallimard Folio, 6 volumes, 1970, rééd. 1999

· Henry CORBIN, Le paradoxe du monothéisme, éd. de l’Herne, 1981-2003
· Jean-Marie PELT, Nature et spiritualité, éd. Livre de Poche, 2008


Ésotérisme et spiritualité :

Toute l'œuvre de René GUÉNON, notamment :
· La crise du monde moderne, éd. Gallimard
· Aperçus sur l’initiation, Editions Traditionnelles, 1996
· Initiation et réalisation spirituelle, Editions Traditionnelles, 1998
· Autorité spirituelle et pouvoir temporel, éd. Trédaniel – Véga, 1984
· Introduction générale à l’étude des Doctrines hindoues, éd. Véga, 1976
· L’homme et son devenir selon le Vedanta, Editions Traditionnelles, 2001
· La Grande Triade, éd. Gallimard, 1957
· Le Règne de la Quantité et les signes des temps, éd. Gallimard, 1945-1972
· Le Roi du Monde, éd. Gallimard, 1958
· L’ésotérisme de Dante, éd. Gallimard, 1957
· Le symbolisme de la croix, éd. Trédaniel, 1996
· Les états multiples de l’être, éd. Trédaniel – Véga, 1984
· Orient et Occident, éd. Véga, 2006
· Symboles fondamentaux de la Science sacrée, éd. Gallimard, 1962

· René ALLEAU, La Science des symboles, éd. Payot, 1976-1996
· Marie-Madeleine DAVY, L’homme intérieur et ses métamorphoses, éd. Albin Michel, 2005
· Idem, Initiation à la symbolique romane, éd. Flammarion, Champs, 1977
· Antoine FAIVRE, L’ésotérisme, PUF, Que Sais-Je ?, 1992, 2002
· Idem, Accès de l’ésotérisme occidental, 2 tomes, éd. Gallimard, 1986-1996
· Jean-Yves LELOUP, Les profondeurs oubliées du christianisme, éd. du Relié, 2007
· Idem, Comment Jésus est devenu Dieu, éd. Fayard, 2010 (le processus qui a fixé les dogmes du christianisme officiel)
· Pierre RIFFARD, L’ésotérisme, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1990 (généralités ; Grèce, Rome, « Barbares », Christianisme, Moyen-Âge, Renaissance, Epoque moderne et contemporaine)
· idem, Esotérismes d’ailleurs, éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1997 (ésotérismes primitifs, antiquité mésopotamienne, égyptienne, iranienne, anatolienne ; Inde, bouddhisme, Chine, Japon, Tibet ; judaïsme, christianisme oriental, Islam).

Indo-Européens :

Toute l'œuvre de Georges DUMEZIL, notamment :
·Entretiens avec Didier Eribon, éd. Gallimard Folio, 1987
·Heur et malheur du guerrier, éd. Champs-Flammarion, 1985
·Les dieux souverains des Indo-Européens, éd. Gallimard, 1986
·Mythes et dieux des Indo-Européens, éd. Champs-Flammarion, 1992
·Mythes et Epopée I, II et III, éd. Gallimard, 1995

·Marco GARCIA QUINTELA, Dumézil, une introduction, éd. Armeline, 2001
·Jean-Claude RIVIERE, Georges Dumézil à la découverte des Indo-Européens, éd. Copernic, 1979
·Bernard SERGENT, Les Indo-Européens. Histoire, langues, mythes, éd. Payot, 1995


Civilisation celtique :

Toute l'œuvre de Christian-J. GUYONVARC'H (parfois avec son épouse Françoise LE ROUX), notamment :
· La civilisation celtique, éd. Payot, 1995
· La société celtique, éd. Ouest-France Universités, 1991
· Les Druides, éd. Ouest-France Universités, 1986
· Les fêtes celtiques, éd. Ouest-France Universités, 1995
· Magie, médecine et divination chez les Celtes, éd. Payot, 1997
· Textes mythologiques irlandais, éd. Ogam-Celticum, 1980
· Morrigan-Bodb-Macha. La Souveraineté guerrière de l’Irlande, éd. Ogam-Celticum, 1983
· La Razzia des Vaches de Cooley, Gallimard, 1994
· Le Dialogue des Deux Sages, éd. Payot, 1999
· Les royaumes celtiques, éd. Armeline, 2001
· « L’Initiation celtique », in Connaissance des Religions, 1993
· « Langue profane et langue sacrée », in Connaissance des Religions, 1995
· « La Souveraineté celtique », in Connaissance des Religions, 1989

· Henry D'ARBOIS de JUBAINVILLE, La civilisation des Celtes et celle de l'épopée homérique, Cours de Littérature celtique, éd. Albert Fontemoing, 1899
· idem, Le cycle mythologique irlandais et la mythologie celtique, éd. E. Thorin, 1884
· idem, Introduction à l’étude de la littérature celtique, éd. E. Thorin, 1883
· idem, Principaux auteurs de l'Antiquité à consulter sur l'Histoire des Celtes, Cours de Littérature celtique, éd. Albert Fontemoing, 1902
· Ananda K. COOMARASWAMY, La Doctrine du sacrifice, éd. Dervy, 1997
· Daniel DUBUISSON, “L'Irlande et la théorie médiévale des ‘Trois Ordres’”, in Revue d’Histoire des Religions, année 1975, vol. 188
· Véronique GUIBERT de la VAISSIERE, Les quatre fêtes d'ouverture de saison dans l'Irlande ancienne, éd. Armeline, 2003
· Thierry JOLIF, B.A.-BA de la Mythologie celtique, éd. Pardès, 2000
· idem ,B.A.-BA de la Tradition celtique, éd. Pardès, 2001
· idem, B.A.-BA des Symboles celtiques, éd. Pardès, 2004
· idem, B.A.-BA des Druides, éd. Pardès, 2006
· Venceslas KRUTA, Les Celtes, histoire et dictionnaire, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 2000
· Alwyn et Brinley REES, Celtic Heritage, éd. Thames and Hudson, 1961
· Claude STERCKX, Mythologie du monde celte, éd. Marabout, 2009

Littérature irlandaise :
· Christian-J. GUYONVARC'H, Textes mythologiques irlandais, éd. Ogam-Celticum, 1980
· Geoffrey KEATING, The History of Ireland – Foras Feasa ar Eirinn, translated from gaelic and annotated by John O’Mahony, New York, 1857
· Dermot O’CONNOR, The General History of Ireland, collected by the learned Jeoffry Keating, two volumes in one, Dublin, 1841
· John O’DONOVAN, Annals of the Kingdom of Ireland by the Four Masters, from the earliest period to the year 1616, Annala Rioghachta Erireann, vol. I (jusqu’en 901), Dublin, 1856
· James H. TODD, The Irish Version of the Historia Britnum of Nennius, Leabhar breathnach annso sis, Dublin, 1848
· Tales of the Elders of Ireland, A new translation of Acallam na Senórach, Oxford University Press, 1999

Nombreux textes accessibles sur Internet, en traduction anglaise.

Littérature arthurienne et galloise :
· anonyme, La Quête du Graal, éd. du Seuil, 1965
· ANEIRIN, Gododdin (angl.)
· BEROUL, Tristan et Yseut, éd. Gallimard Folio, 1995-2000
· Robert de BORON, Merlin, éd. Garnier-Flammarion, 1998
· Wolfram von ESCHENBACH, Parzival, éditions anthroposophiques romandes, 2004
· Marie de FRANCE, Lais, éd. Gallimard Folio, 2000
· Pierre-Yves LAMBERT, Les Quatre branches du Mabinogi et autres contes gallois, trad., prés. et annotés par Pierre-Yves LAMBERT, éd. Gallimard, 1993
· Joseph LOTH, Les Quatre branches du Mabinogi, trad. par Joseph LOTH, éd. Coop Breizh, 1992
· René LOUIS, Tristan et Iseult, Livre de Poche, 1972
· Thomas MALLORY, Le Morte d'Arthur, 1471
· Danielle REGNIER-BOHLER éd., La légende arthurienne, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1989
· Michel STANESCO (dir.), La légende du Graal dans les littératures européennes, éd. Livre de Poche, 2006
· Trioedd Ynys Prydein (extraits), trad. ang. de Rachel Bromwich
· Chrétien de TROYES, Le chevalier au lion, éd. Gallimard, 2001
· idem, Perceval ou le Roman du Graal, éd. Gallimard Folio, 1974
· idem, Perceval ou le Roman du Graal, éd. bilingue, Garnier Flammarion, 1997
· idem, Romans de la Table Ronde (Erec et Enide, Cligès ou la fausse morte, Lancelot le Chevalier à la charrette, Yvain le Chevalier au lion), éd. Gallimard Folio, 1970-1975

· Georges BERTIN, "La Quête du Saint Graal et l'imaginaire. Essai d'anthropologie de l'Imaginaire arthurien", 1995
· Thierry DELCOURT, La littérature arthurienne, PUF Que Sais-Je ?, 2000
· Julius EVOLA, Le mystère du Graal et l’idée impériale gibeline, Editions Traditionnelles, 1984
· Emma JUNG et Marie-Louise VON FRANZ, La légende du Graal, éd. Albin Michel, 1988
· Jean-François LECOMPTE, La symbolique du Graal, Géométrie du Conte du Graal de Chrétien de Troyes, éd. Edite, 2008
· Joseph LOTH, La métrique galloise, Cours de Littérature celtique, 3 vol., éd. Albert Fontemoing, Paris, 1900-1901-1902
· Pierre PONSOYE, L’Islam et le Graal. Etude sur l’ésotérisme du Parzival de Wolfram von Eschenbach, éd. Arché Milano, 1976
· Paul-Georges SANSONETTI, Chevalerie du Graal et Lumière de Gloire, éd. Exèdre, 2002
· idem, Graal et Alchimie, éd. L’Île Verte – Berg International, 1982
· Dominique VISEUX, L'initiation chevaleresque dans la Légende arthurienne, éd. Dervy, 1980


Christianisme celtique :
· Adomnán d'Iona, Life of Columba, CELT, UCC, 2003
· Bethu Brigte, CELT, UCC, 2001
· BYRNE Francis J., Irish Kings and High-Kings, éd. Four Courts, 1973-2001
· DE WAAL Esther, The Celtic Way of Prayer, The recovery of the religious imagination, éd. Hodder and Stoughton, 1996
· Louis GOUGAUD, Les chrétientés celtiques, éd. Armeline, 1995
· Job an IRIEN, Jalons pour une spiritualité bretonne et celtique chrétienne, éd. Minihi Levenez, 1997
· Óengus MAC ÓENGOBANN, Martyrology of Oengus the Culdee, CELT, UCC, 1996
· On the Life of St Brigit (Leabhar Breac), trad. angl. de Whitley Stokes, CELT, UCC, 2001
· On the Life of St Columba (Leabhar Breac), trad. angl. de Whitley Stokes, CELT, UCC, 2001
· On the Life of St Patrick (Leabhar Breac), trad. angl. de Whitley Stokes, CELT, UCC, 2000
· WALSH John R. and BRADLEY Thomas, A History of the Irish Church, 400-700 ad, The Columba Press, 2003

Traditions populaires :
· Hélène BENICHOU, Fêtes et calendriers, Les rythmes du temps, éd. Mercure de France, 1992
· Alain de BENOIST et Pierre VIAL, La Mort, Traditions populaires, Histoire et actualité, éd. du Labyrinthe, 1983
· Bruno BETTELHEIM, Psychanalyse des contes de fées, éd. Hachette Pluriel, 1976
· Henri DONTENVILLE, Mythologie française, éd. Payot, 1973
· Michèle SIMONSEN, Le conte populaire français, éd. PUF Que Sais-Je ?, 1981-1994
· Arnold VAN GENNEP, Le folklore français, 4 vol., éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1999
· Philippe WALTER, Mythologie chrétienne, Fêtes, rites et mythes du Moyen-Âge, éd. Imago, 2003


Psychologie jungienne :

· Charles BAUDOUIN, L’œuvre de Jung, éd. Payot, 1963-1993
· Gilbert DURAND, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, éd. Dunod, 1969-1984
· Carl Gustav JUNG et Charles KERENYI, Introduction à l’essence de la mythologie, éd. Payot, 1941-1993
· Carl Gustav JUNG, « Ma vie ». Souvenirs, rêves et pensées, éd. Gallimard Folio, 1973
· idem, L’âme et la vie, éd. Livre de Poche, 1963-1995
· idem, Commentaire sur le mystère de la Fleur d’Or, éd. Albin Michel, 1994
· idem, Métamorphoses de l’âme et ses symboles, éd. Livre de Poche, 1953-1993
· idem, Mysterium conjunctionis, 2 vol., éd. Albin Michel, 1980
· idem, Psychologie de l’inconscient, éd. Georg, 1952-1983
· idem, Psychologie et Alchimie, éd. Buchet-Chastel, 1970


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uindobrennos
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 18:59

Pour ces posts forts intérréssants, chapeau bas... voici ce que cela m'inspire, je parle en mon nom et vais tenter de le faire avec respect et tolérence.

- merci de citer Guénon, il est vrai que c'est fort intérréssant de s'approprier ses écrits.

Citation :
Comme la religion gallo-romaine officielle, le christianisme officiel « récupèrera » ou « assumera » nombre de ces résidus de tradition celtique, soit en l'incorporant dans son corpus doctrinal, soit en « annexant » des lieux sacrés, des rites locaux, des fêtes calendaires... Ces résidus seront très souvent conservés en recevant une nouvelle interprétation, ce qui est toujours le cas lorsqu'une nouvelle forme religieuse en supplante une ancienne. Ce faisant, la tradition celtique s'est christianisée, et le christianisme s'est « celtisé ».
- Si il est vrai que se ne sont pas les chrétiens (ou plutôt le christianisme naissant) qui ont, au départ du moins, annihilé les anciens druidisants mais bien l'appareil militaire à visée impérialiste et expensioniste romain, il reste cependant que l'alliance des deux a conduit à entreprendre une INVERSION DES VALEURS dans un but de domination clairement établi.
Je ne suis pas d'accord avec les propos visant à expliciter une "récupération" ou le fait "d'assumer" pour incorporer "les résidus" à son corpus.
Si en Irlande la christianisation ne c'est pas faite dans le sang (sauf pour les serpents...), il n'en reste pas moins que chez nous, jusqu'a Mona, les choses ont été "légèrement plus militarisé"... Lugos, notre porteur de lumière devenant Lux ferro puis Lucifer n'est pas, pour moi (et je m'en excuse), une incorporation des valeurs antérieures mais bel et bien une inversion propre à se différencier afin d'imposer une nouvelle version des choses...
Si la tradition celtique c'est christianisée, c'est peut être tout simplement une histoire de vainqueurs et de vaincus, et s'il reste quelques "résidus celtiques " dans le christianisme, je pense que c'est bien malgré ce dernier, qui a certainement du faire bon gré mal gré avec les paysans/paganus/païens qui formaient la "masse" de leur ouailles.


Citation :
Remarquons aussi que si l'écriture, apportée par le christianisme, ne nous avait pas transmis un énorme corpus littéraire – donc mythique – celtique, nous n'en saurions pas plus sur la tradition celtique que sur le « peuple des mégalithes » de l'Europe occidentale, dont on ignore tout.
- Certe, merci les copistes, sauf que la dénaturation des mythes, des légendes, des traditions jusque là orales pour la plupart à été si bien faite, qu'il est aujourd'hui complexe voir impossible pour ceux qui ne sont pas érudits de se dégager de cette gangue christianisante décrite plus haut dans mes commentaires et de saisir la subtilité et la sensibilité initiale de ceux qui l'avaient transmises jusqu'alors.


Citation :
Il est donc doublement faux, à mon avis, d'accuser le christianisme de tous les maux, et notamment d'avoir « détruit » le druidisme.
- C'est exactement exact ! Il ne faut pas dire cela, mais il a quand même ENORMEMENT CONTRIBUE.


Citation :
Le rassemblement de ce corpus-âme, et la méditation sur son contenu, avec l’aide de l’Esprit, pourront alors, peut-être, aboutir à la constitution d’un corps, assemblée de tous ceux qui le souhaitent, qu’ils soient païens, druidisants ou chrétiens de toutes obédiences. Cette assemblée celtique pourrait alors peut-être pratiquer les rites que les mythes inspirent, et non quelque servile et artificielle imitation de traditions « cousines ».
- Je ne parle qu'en mon nom et avec respect mais là, pour moi, personnellement se sera toujours NON. Mon énergie est mise à disposition dans un but d'union dans un projet global dont la finalité ultime est, et restera, toujours pour moi en tout cas, la reconnaissance officielle du druidisme en Gaules, revenant ainsi sur 1700 ans d'interdiction du culte druidique dans notre pays.
Jamais, par les dieux que jure ma tribu, je ne ferais partis d'une éventuelle assemblée celtique dont la constituante serait celle que tu décris. (désolé de m'etre emporté...) Rolling Eyes


Citation :
Aujourd’hui, il est à nouveau possible d’être à la fois celtisant et chrétien
- Bis repetita (aller, j'ose...)

J'espère ne pas avoir été trop intolérant, irrespectueux, prosélyte ou bien borné... si c'est le cas, que les dieux me pardonnent...

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Fergus



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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 19:16

Pas de souci, Uindobrennos, il y a place ici pour toutes les sensibilités. Merci pour ta réponse.
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Myrddin-ar-Du
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Ven 24 Déc 2010 - 19:30

Fergus, je viens de lire avec attention l'ensemble de tes posts, et je te livrerai des demain une réponse circonstanciée car ce soir la famille me réclame Smile ... Mais je t'annonces que tu as déjà droit à mon plus grand respect pour le travail fourni Smile
Que les Dieux t'inspirent toujours plus
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Syd
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Sam 25 Déc 2010 - 8:15

Joli !!!!

Dabord je suis admirative de l'esprit qui sait et dit avoir changé d'avis sur certains points. De passer de farouche "anti" à "sous certains points" est une attitude qui fait preuve d'intelligence mais de le dire est encore plus fort.

Pour rebondir je dirais deux choses en ce qui me concerne


Il ne sagit pas pour moi de contredire ou de confirmer ce que dit Fergus, juste d'ajouter deux petites choses qui sont - pour moi - très importantes quand on approche la Tradition Celtique Wink

La Tradition n'est pas pour moi un outil uniquement dédié à l'éveil ou la réalisation spirituelle. Cela en fait partie mais il y a autres choses. De fait si on enlève toutes les fioritures et les gadjets de l'Homme que nous reste t-il pour vivre ? Survivre tout simplement ? Ce que nous ont légué nos vieux, par habitudes, par us et coutumes ... Toutes ces "petites" choses de la vie que nous faisons par Tradition nous permettent de "survivre", la Tradition permet à une communauté de survivre. Et de survivre le mieux possible, dans les meilleures conditions, c'est à dire en sauvegardant notre environement en protegeant nos vivres et en nous donnant les outils de vie spirituelle les plus "justes". Elle offre un fond dont les manifestations peuvent et doivent s'adapter, sous peine de devenir des dogmes (necrose). C'est ce qui fait notre humanité (les animaux et les plantes ne génèrent pas de traditions).
Peut-être se diffeérencie t'elle de la "culture" qui ne concerne que le niveau intellectuel et mental, là ou elle touche aussi l'emotionnel, le spirituel et le matériel ? Pour moi la Tradition c'est recevoir ET donner en héritage le meilleur de nous même, de moi même, de façon personnelle ou communautaire, de ces choses qui ont fait leurs preuves de ce qu'elles peuvent apporter de mieux dans le but de préserver l'humanité dans le sens réel du terme ...
Et nos traditions ont permis à l'humanité de survivre durant des milliers d'années, là où des traditions "modernes" nous portent à notre perte en moins de temps qu'il faut pour le comprendre ... Sad
Il va de soi que pour moi les traditions necrosées, figées et immuables sont des dangers et non des sources de vie ... et nous en avons plusieurs sous les yeux en ce moment ....

L'autre point concerne le rapport au Divin. Il m'est difficile de parler du Divin en terme d'analyse intellectuelle. Il est un point que les "specialistes" en tout genre n'abordent pas et represente pour moi la plus juste version c'est l'experience du divin. Ce phenomène est indépendant des clochers et n'a pas grand chose à voir avec un "concept". Je reconnais valide ce possible, dans toutes les écoles. Si je doute beaucoup au sujet de l'histoire de leur Jésus et des prophètes en général, je ne doute pas sur l'expérience religieuse que peut faire l'humain en "SOI". Certaines approches thérapeuthiques, psychanalitiques tiennent compte de ce fait. Et l'école de psychosynthèse dont je suis issue en particulier.
Jung a parfaitement décrit des experiences possibles, de rencontre avec les Archétypes, y compris les plus primitifs et les plus archaïques*.
En psychosynthèse nous tenons compte de cette part spirituelle de l'humain et des expériences qu'il peut en faire ... Il est de fait qu'ici aucune étude, aucune analyse intellectuelle ne peut exprimer ce qu'est cette experience du divin, seul les mythes y parviennent "un peu"**. Il y a peu de mots pour la décrire. Ici je dirai que l'expérience polytheiste est à respecter autant que nimporte qu'elle autre. Ces choses en quelque sorte ne se "discutent" pas. La science et l'intelligence ne peuvent exprimer ce à quoi ces experiences correspondent. Chacun ayant fait ce type de rencontre, ne peut pas non plus en exprimer les détails et les angles car il sagit d'une expérience terriblement intime et abolument "reliante". En ce sens elle nous renvoie à la notion d'inconscient collectif dont elle traverse les "limbes" (sic hihihi) ... etc.

* la première rencontre avec la notion d'Archétype fut pour Jung enfant avec un Archétype primitif puis en tant que thérapeuthe avec un Dieu païen germanique
** preuve, "à mes yeux", que les Anciens en savaient plus que nous sur le sujet Wink

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Myrddin-ar-Du
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Sam 25 Déc 2010 - 11:34

Cher Fergus, après avoir lu ton passionnant essai, je dois reconnaître que je suis tout à fait d’accord sur certains points que du coup bien sur, je n’aborderai pas dans ma réponse Smile

Pour autant, si je suis tenant de l’universalité du symbole, il m’est par contre impossible de concevoir l’universalité d’une religion qui est liée dès l’abord aux contingences de « son sol » d’origine. Et du coup le christianisme n’est que le plaquage d’une religion orientale sur le sol européen. Et ce avec le système de références culturelles et de morale qui lui est propre, ce qui d’ailleurs constitue le principal écueil. La preuve en est que pour se faire accepter des populations, comme tu le remarques toi-même, les évangélisateurs ont du s’arc-bouter sur les fêtes, les us et les coutumes des ethnies « vaincues ». Si par ailleurs, j’emploie ce terme de « vaincues », c’est qu’il s’agissait bien, quoiqu’il en soit, d’une stratégie de conquête et si la conversion de l’Irlande s’est faîte par consentement de la classe aristocratique, c’est sans doute qu’ils pouvaient ainsi espérer se débarrasser d’un pouvoir « supérieur » encombrant car, rappelons-le, la société druidique antique, était théocratique. Du coup la population s’est trouvée privée de son système propre de références. Que dirais-tu si du jour au lendemain, on nous contraignait à nous convertir à telle ou telle religion, parce que simplement le gouvernement l’avait décidé. Cependant, je te suis quand tu dis que les Romains avaient déjà fait une bonne partie du travail. Comment ces « machines de guerre » pour qui la religion n’était qu’un outil d’hypnose des populations auraient-ils pu accepter l’idée d’un « Druide qui parlait avant le Roi ».
Je ne dis pas que pour les évangélisateur, ça n'était pas un acte de foi, mais combien d'évangélisateurs au cours de l'histoire, se sont-ils penchés sur la validité du système qu'ils s'apprétaient à supplanter et à détruire? A priori aucun, sinon, il n'y aurais jamais eu évangélisation.

Et si on peut considérer que le christianisme a fini par avoir raison du monde romain (en plus de l’expansion délirantes des frontières, et des divers problèmes politiques et dynastiques), c’est que christianisme-là était lui-même devenu une force politique et de pouvoir avec son lot d’intrigue et de trahisons, qui ne laissait nulle place à une quelconque doctrine ésotérique.

Par ailleurs, tu te dis dubitatif sur la possibilité d’une initiation néo druidique, quant à l’absence de filiation, que dire alors de la Franc-maçonnerie qui fait naître sa Tradition à l’époque d’Hiram, voire de Noé ou d’Adam, alors qu’historiquement on n’en retrouve la trace que dans l’Ecosse du XVIIème ?
Que dire de la Rose-Croix, ou bien encore du christianisme tels que l’ont défini les Pères de l’Eglise, par rapport à la doctrine (voire même aux doctrines) primitive(s). Qui plus est le christianisme devrait plutôt s’appeler le Paulinisme, tant il est du à la volonté de « l’illuminé de la route de Damas » qui pour fonder sa secte religieuse (sans connotation actuelle péjorative) s’est basé sur la vie de Jésus de Nazareth (ville qui rappelons-le n’existait pas à l’époque des faits, il faudrait plutôt parler de Jésus le Naziréen – l’ascète) mais l’a enjolivé de thèmes mystiques récurrents tels que la notion de vierge mère que l’on retrouve dans la tradition mithraïste, où même à peine transformé dans les légendes de la naissance de Merlin, et qui n’est qu’un symbole de la terre Mère enfantant des moissons grâce à l’aide du ciel, et qui redevient vierge ensuite. Où est donc la filiation ? A ma connaissance, le Christ n'a rien écrit...

Par ailleurs, en ce qui me concerne, je n’ai pas les religions monothéistes en horreur, comme tu le dis plus haut. Simplement, elles ne représentent pas ma voie… Comme le disais fort bien Syd, c’est une expérience très intime. Et mon expérience de la divinité ne s’est faite que dans le cadre païen. Pourtant j’ai fais « mes classes » dans le cadre chrétien (J’ai même été enfant de chœur), et je n’étais pas non plus imperméable aux expériences spirituelles (ayant eu mes premières visions, et voyances spontanées dès l’âge de 13a). Mais quand ma « marraine », la Druidesse Viviane, à mes 24a, fit sortir de sa gangue bien-pensante et non mécréante le paganisme qui chez moi n’était encore que latent, cela a été une véritable épiphanie voire même une théophanie, j’ai ressenti une telle exaltation noire (ne le prenez pas dans le sens manichéen, plutôt dans le sens chtonien) que dès lors, ma perception du monde n'a plus jamais été la même. Et depuis, et simplement depuis, j’ai vraiment la sensation d’exister dans l’univers. Si cela n’est pas une initiation…

Aussi pour conclure, pour moi, le Druidisme est vraiment d’essence païenne, sa christianisation n’est qu’un plaquage à usage politique. Non pas que cette doctrine ne soit pas valable pour certains, je n'aurais pas cette outrecuidance, ni cette intolérance, et de plus là n’est pas mon propos, mais simplement si on veut retrouver l’essence propre et la grandeur de notre Tradition, il s’agit de la voir dans sa nature réelle, et non pas revêtue d’habits qui ne sont pas les siens.
Crois-bien, Fergus, qu’il ne s’agit en aucun cas d’invalider ta vérité propre, loin de là. Mais en ce qui me concerne, je suis et je demeurerai païen, car j’ai eu le bonheur de ressentir au plus profond de mon âme ce que cela signifiait et pour moi, il n’ya rien de plus beau, de plus chatoyant, de plus puissant et de plus exaltant.
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Fergus



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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Sam 25 Déc 2010 - 13:09

Merci de vos réponses.

Je veux préciser, si nécessaire, que je ne cherche aucunement à "convertir" qui que ce soit à quoi que ce soit, et que je respecte évidemment toutes vos opinions et convictions. Ca va sans dire, mais ça va sans doute mieux en le disant.
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Myrddin-ar-Du
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Sam 25 Déc 2010 - 13:34

Je ne pense pas qu'aucun d'entre nous t'ait taxé de telles intentions... Et nos réponses sont de même empreintes de respect pour tes convictions
De toute façons, il est toujours bon d'avoir plusieurs éclairages a une réflexion, et de plus tous les chemins mènent au même carrefours... Nous n'aurons tous l'initiation ultime qu'au moment du grand passage.
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Auetos
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Sam 25 Déc 2010 - 18:30

Je souscris à l’entièreté de votre message, Fergus... ou presque.

De la même façon que mes camarades vous l’ont fait remarquer, c’est quand même bien la Très Sainte Eglise Apostolique et Romaine qui a donné le coup de grâce aux cultes païens d’Europe.

Un très bon livre de Ramsay MacMullen retrace cette page sanglante de notre histoire, je vous le conseille : « Christianisme et Paganisme du IVe au VIIIe siècle ». On y apprend comment les chrétiens ont utilisé la persécution pour venir à bout du paganisme, aussi bien par les lois impériales que par la terreur que faisaient régner les moines dans les campagnes.

Ainsi, bien qui ne faille peut-être pas accuser le christianisme de tous les maux, il ne faut pas pour autant l’absoudre de toutes ses exactions. Et donc, je ne pense pas qu’aujourd’hui nous puissions être à la fois celtisant et chrétien. Et je crois qu’il serait une erreur d’incorporer en notre sein des chrétiens, même celtes…

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Fergus



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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Sam 25 Déc 2010 - 20:24

J'ai tenté d'expliquer la différence entre les notions de christianisme, d'Eglise, d'Eglise romaine, etc. De souligner le fait que c'est l'Empire romain paien qui a aboli la classe druidique, et non "le christianisme". Que pendant 700 ans, l'Irlande a été a la fois authentiquement celtique et sincèrement chrétienne, avant d'être mise au pas par l'Église romaine. De montrer par des arguments philosophiques que c'est la pensée aristotélicienne qui est l'ennemie de la pensée traditionnelle. Je ne vois pas dans ton message, Auetos, de réponse sur le fond, mais un slogan ressassé.

Tu commences en parlant des méfaits réels de l'Église romaine, et tu finis en parlant du christianisme. C'est un amalgame réducteur. Le christianisme est une doctrine, et ne s'e pas à l'Église romaine. Inversement, l'Église romaine n'est pas seulement (prétendument) chrétienne, elle est aussi et surtout l'héritière de l'Empire romain.

He le répète : là où le christianisme est entré en contact avec le druidisme, il y a eu symbiose. Mais on peut aussi préférer un druidisme "reconstitué" à partir de traditions "cousines".

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Eber
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Sam 25 Déc 2010 - 22:24

Merci de tout ceci Fergus

Partage d'autant plus généreux que tu ne te situes pas dans nos mouvances et que comme tu dis tu ne cherches pas à convertir

Difficile d'apporter une pierre à un édifice tel que celui ci.

Je vais tenter un "rajout".. Peut être un peu maladroit mais "brut de fonderie".. Excusez moi tous et toutes des formulations maladroites

On y va Embarassed

L'histoire est un mythe, l'histoire historique , avec ses scientifiques , ses preuves matérielles, sa méthode

Elle est un mythe parce qu'elle n'a de manifestation qu'à travers ce que nous en faisons.
Il n'y a pas d'entité "absolue" au dessus de nous pour juger que l'histoire des Hommes telle que nous nous la racontons est juste ou fausse
D'ailleurs dés lors que nous sortons le nez de notre anthropocentrisme nous voyons que l'histoire de l'humanité n'est qu'un épiphénomène de l'histoire du Monde ..Nous en recauserons dans quelques centaines de milliers d'années lorsque nous aurons atteint la longévité des dinosaures..


L'histoire dans son actualité, n'a d'importance que lorsqu'elle est connue et constitutive. Peu importent les faits s'ils sont ignorés.
Est ce que l'histoire des îles du pacifique nous préoccupe ? Non
Alors , l'histoire n'a de sens que si elle mobilise quelque chose en nous ..
Quoi ?

Peut être une impression d'avoir des racines, une identité et un avenir à en déduire ?

Les peuples traditionnels n'ont pas d'histoire. Ils ont un mythe fondateur ..Souvent d'ailleurs ce mythe parle du passé et de l'avenir. Ce qui répond tout aussi bien à leurs besoins



Je change de plan


------

Une histoire des Hommes ? Rome et son organisation , contrôle...Contrôle des Terres, contrôle des Hommes, contrôle des esprits...Tout contrôle.. Et profit

La psychanalyse , justement évoquée nous éclaire sur le devenir du tout contrôle. Pour les individus, ou les sociétés.

Pour Rome..Elle succombera a ses barbares
Pour les Celtes ....à Rome
Pour les peuples antérieurs aux Celtes....aux Celtes

Question de modèle et question de force.

Le modèle celtique semble plus "faible" que le modèle romain.
Et ce n'est pas parce que cela semble "injuste" que ce n'est pas vrai


Rome est encore présente avec ses dogmes, sa tyrannie du plus grand nombre, sa nécessité de l'efficacité logistique au détriment du sens et de choses plus abstraites comme la justesse, le sens, la valeur

Rome ce n'est pas hier avec César ...C'est aujourd'hui et en chacun de nous


Aujourd'hui , face à cela , le druidisme est une toute petite religion, qui a bien du mal à être visible.


Selon les principes de Rome.. Le Druidisme n'existe pas ( ou peu : .... ne nous faisons pas de mal) puisque a peu près sans moyens d'action et sans visibilité

A l'opposé et selon notre vision, nous pensons que nous sommes des gardiens, plus ou moins habiles/ éclairés d'une Tradition. Nous nous référons à un mythe, à des sources.
Nous faisons au mieux , souvent sincèrement pour cultiver ce qui nous a été transmis, et le partager..Et nous pensons que notre pratique a du sens, de l'importance..De la visibilité par rapport aux Dieux

Cette bonne volonté est elle suffisante ?

Je n'en suis pas certain, mais je suis peut être excessivement cynique et pas assez confiant ??



Là où tu nous interpelle Fergus, c'est dans nos capacités à "assurer" . Etre en mesure de dire, de montrer, d'assumer, d'être à la hauteur. Dans l'absolu mais aussi dans le cadre tout relatif du monde tel qu'il se présente à nous.

C'est très différent de la pensée "chrétienne" qui nous laisse supposer qu'une foi "enfantine" suffit à régler tous les problèmes. Ce que tu nous renvoies ( me renvoies ) c'est la question de la Force, de la Beauté, de la Sagesse..Qui ne s'obtient pas que par la soumission , et la grâce divine, mais par le travail , la Qualité et la constance

D'une certaine manière , je pense qu'il y a là un "noeud"
S'il y a une différence entre la pensée païenne et la pensée "chrétienne" , à mon sens elle se situe là.



Le païen honore, la force, la sagesse, la vertu ..Bref toutes les capacités "positives" , ("humanistes",) que nous pouvons mobiliser

Le chrétien dit.. Honores ce Dieu .. Et remets toi en à lui ..à genoux si possible.. et tout ira bien..Même si tu as passé ta vie à faire n'importe quoi .

Rome est païenne dans sa toute maitrise, c'est une réponse à cela
Jusqu'à ce qu'elle se fasse déborder par le christianisme qui a (à mon sens toujours ) apporté une chose nouvelle. C'est l'idée que l'opinion du plus grand nombre puisse contrebalancer celle d'une élite.

Cela contient en germe les principes de nos sociétés modernes.... Principes qui ont bien du mal à se parer des atours de l'absolu lorsqu'ils se confrontent à d'autres modèles extra européens

Quelle position du Druidisme (tel que je le pense à cette heure ) dans tout cela ?

Le mythe nous dit que pour atteindre l'objet de notre désir ( au sens profond) il faut combattre , travailler ou se mettre en dette vis à vis des Dieux
Bref..Rien n'est donné
La seule position que nous pouvons assumer est celle de notre destin, par rapport à nos capacités
Dans le mythe celtique il n'y a pas de grâce, pas de soumission, pas de péché à racheter. Juste une position de l'Homme debout face à son destin qu'il assume ou non

Et après tout , dans la grande Roue de la Vie ?

Dans ce devenir .. Qu'allons nous assumer ? Pourquoi ? Avec quel bénéfice ?

Voilà

C'est un tout petit commentaire.. Mille choses dans ce que tu dis Fergus
J'y reviendrai

Avec plaisir

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Fergus



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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Dim 26 Déc 2010 - 1:25

Mille choses aussi dans ce que tu dis, Eber. J'espère bien que tu y reviendras, et que nous continuerons notre échange...

A la lecture de ton post, je me suis posé cette question : puisque je "ne me situe pas dans cette mouvance" (néo-druidique), pourquoi ai-je éprouvé le besoin de dire tout ça, d'exposer mon opinion, et d'être parfois désagréable et critique ? Après tout, qu'en ai-je à faire ? Je pourrais me contenter de suivre ma propre Voie, et de laisser les druidisants continuer le leur, sans aucune interférence entre nous.

Mais je crois connaître la réponse à cette question : c'est que j'ai, pour la "matière" celtique, un intérêt et une tendresse déjà ancienne, et profondément ancrée en moi. Je sens, je ressens, qu'il y a là quelque chose qui me parle, qui a du sens, qui n'est pas mort. Si je ne partage pas de nombreux points de vue néo-druidiques, il en est cependant beaucoup auxquels j'adhère, ou bien qui m'interpellent sérieusement.

Je souffre pourtant de voir la Tradition celtique, excusez-moi, souvent si mal défendue. Je rêverais volontiers d'un druidisme adulte, sérieux, sûr de lui et tolérant, jouant dans la "cour des grands" du discours religieux, capable d'affirmer son identité et sa différence, et de dialoguer sereinement avec les autres traditions religieuses et philosophiques du monde. Hélas, on en est bien loin.

Je dois aussi affiner encore mon discours, notamment sur le christianisme. Je suis évidemment d'accord avec vous (tous ?) pour déplorer et condamner l'attitude totalitaire et infantilisante, non seulement de l'Eglise, mais aussi de sa doctrine, que vous appelez "christianisme" - puisque c'est ainsi que cette Eglise se qualifie elle-même. Les conversions forcées, les compromissions hypocrites avec le pouvoir, les massacres de résistants ou de dissidents ("hérétiques"), sont des crimes contre l'humanité, commis au nom d'une idéologie souvent extrêmement fermée, dogmatique et aliénante. C'est pour moi un fait acquis, et je ne me reconnais certainement pas dans cette Histoire, et avec la vision du monde de l'Eglise. J'ai d'ailleurs l'occasion de le dire sur d'autres forums, face à des "chrétiens" de cet acabit.

Du point de vue doctrinal (théologique, éthique, spirituel, je ne suis pas du tout un fanatique de la doctrine du "Fils de Dieu mort sur la croix pour racheter les péchés du monde", doctrine dont l'inventeur est Paul de Tarse, "l'illuminé de Damas"...

Mais précisément, ma position (certes très minoritaire...) sur ce sujet est que ce "christianisme"-là n'est que le résultat du mariage contre-nature entre l'idéologie paulinienne, les structures politiques romaines, et la philosophie aristotélicienne (j'y tiens). C'est au cours des premiers siècles de l'ère chrétienne que s'est constituée cette idéologie, celle de la "Grande Eglise", qui opprimera et exclura tout ce qui n'est pas elle, au besoin par la force. Or, le "christianisme" ne peut pas se réduire à cette idéologie-là et à la pratique de l'Eglise à travers les siècles. Il y a eu, aux tous débuts, d'autres façons de recevoir la "Bonne Nouvelle", d'autres christianismes, qui ont été, eux aussi, les victimes du totalitarisme romain. C'est à certains courants de ce christianisme libre, non politiquemernt compromis, uniquement soucieux de vie spirituelle, que j'entends me référer. Et ce christianisme-là n'est pas l'ennemi de la Tradition celtique, comme je le disais plus haut.

Vous aurez sans doute beau jeu de me dire : "c'est bien gentil, mais le christianisme réel, c'est celui de l'Eglise". Vous aurez raison. C'est la vérité historique. Hélas. A cela, je n'ai rien à opposer, sinon ma propre quête, et l'exemple, quand même, de milliers (?) de chrétiens "différents".
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AnamCara
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Dim 26 Déc 2010 - 2:43

Fergus, je vous remercie de ce long enseignement, ainsi pour pour y avoir consacré du temps et de l'énergie.

Je suis en accord sur une très grande majorité de ce que vous nous avez dit.

Néanmoins, je le trouve un peu trop "idéaliste mystique", sans vouloir vous offenser.
Bien que vous vous référiez à René Guénon, avec raison car c'est un de mes "Maîtres à Penser", il me semble que vous ne teniez pas suffisamment compte de "l'origine" des dieux sur les plans anthropologiques et découvertes archéologiques.

Je vais me permettre une assez longue explication afin de préciser ma pensée.
Soyez bien assuré que je ne la met pas en opposition à vos conceptions, loin de là.
Je vais plutôt axer mes explications sur des terminologies "humaines" et moins mystique.


A un certain point dans le temps et l’espace, la conscience évolua à partir de l’Energie, et la création fut initialisée. Hors de cette conscience, la différentiation intervint, en conformité avec les lois cosmiques. A certains stades, différents types d’êtres apparurent, comme les dieux, les esprits de la nature, les humains, et probablement d’autres formes de vie inconnues de nous. Comment les dieux en général se développèrent-ils à partir de leur environnement ?

Toutes les religions organiques sont nées de la conscience populaire, et commencent avec deux principes : en général une Terre Mère, et un Ciel Père. Ces deux figures développèrent progressivement des personnalités subsidiaires qui finalement devinrent des entités plus ou moins indépendantes, et sont traitées en tant que telles. De cette manière, un panthéon est formé qui trouve son origine dans deux forces primordiales de la nature, et qui est crédité d’attributs personnels symbolisant les phénomènes naturels comme le tonnerre ou la pluie. Ces deux forces primordiales, qui initialement furent de l’énergie simple, développèrent progressivement des traits plus personnels et adoptèrent des caractères distincts.

Comment cela intervient-il ? Considérons pour le moment que ces énergies sont des forces cosmiques, sans autres attributs que ceux d’être et de s’étendre. Qui, ou qu’est-ce qui, donne forme à ces motifs énergétiques ? C’est la conscience humaine et l’esprit humain qui leur donnent forme et finalement leurs noms !

De grands groupes d’individus d’origine similaire, partageant le même environnement, développeront une même idée des dieux ou des démons, ou de tout ce qu’ils veulent personnifier. Toutes les formes de vie dans la création sont des extensions de ces énergies, différenciées à différents niveaux de conscience. Les dieux sont des formes supérieures de ces énergies, opérant à travers l’esprit humain. En retour, ils sont « humanisés », et on leur attribue des personnalités « humaines », des caprices et des défauts humains. On les imagine ressemblant à des humains et agissant comme eux.

Cette "genèse" est ce que nous appelons" les mythes fondateurs", qui sont propres à chaque peuples, suivant leurs conceptions à ces moments de "création" ...

Bien qu’ils soient plus puissants que les êtres humains, les dieux ne sont pas nécessairement plus parfaits qu’eux. Ils ont autant besoin de nous que nous nous avons besoin d’eux. Comme la croissance humaine croissait dans sa compréhension du monde l’entourant, ces images des dieux devinrent de plus en plus complexes à mesure que les différentes espèces humaines se développaient dans leurs contextes géographiques spécifiques et, en conformité, créaient différentes formes de dieux.

Des « formes », notez bien, pas une « essence ».
L’essence d’une énergie cosmique est universelle, mais son interprétation sera colorée par l’environnement, qui est seulement naturelle.

Donc ce qu’on appelle « les dieux » sont ces forces qui nous ont créées, et qu’en retour nous avons créées. Cela ne veut pas dire que les dieux ne sont pas réels ou qu’ils sont de simples créations de l’imagination humaine. En fait, l’inverse peut également être vrai. Alors qui imagina qui ? On peut probablement avancer l’hypothèse qu’ils sont plus ou moins les exécuteurs de la volonté de l’esprit humain collectif, opérant dans les limites de l’environnement particulier qui les a formé.

C’est un non sens qu’un individu prétende que seul son dieu existe. Les dieux nous créèrent et nous les avons créés, dans un processus d’échange d’énergie se perpétuant indéfiniment. Nous pouvons donc conclure qu’un dieu cesse d’exister quand il ne reste même plus un individu qui croit en lui. Quand cela arrive, l’énergie dont était formé ce dieu retourne à sa source, et à partir de celle-ci d’autres formes de dieux peuvent être reconstruites.
Comme la conscience d’un peuple se développe et progresse vers une plus grande compréhension du monde l’entourant, sa forme divine évolue donc simultanément. Ainsi les dieux se développent en symbiose avec leur peuple.

L’esprit humain n’est pas capable de se relier directement à l’intelligence cosmique. Donc il invente les images servant d’intermédiaires. Chaque personne trouve un dieu ou une déesse avec qui il ou elle pourra s’identifier, une divinité qui agira comme modèle, et sur lequel l’aspiration de l’individu et le soi supérieur pourront être projeté.

Chaque individu qui se met en contact avec un dieu invoque une certaine réponse. Mais la réponse ne manifestera que l’aspect du dieu invoqué. Ce que tout dieu fait est de projeter et de magnifier l’énergie initiale, à condition que ce qui est invoqué soit en conformité avec le caractère de ce dieu !

Comme dit plus haut, les récits racontant comment les peuples se sont créés s’appellent les mythes fondateurs. Les plus simples relatent comment leur peuple est apparu, et les plus ambitieux rapportent en plus comment l’univers tout entier, les dieux, et le monde, sont apparus. Bien qu’ils évoquent tous une certaine réalité sur le plan métaphorique, il est évident qu’ils ne sont pas à prendre à la lettre.

Les Druides affirment le peuplement nombreux de l’invisible, ou plutôt, de ce qui est habituellement invisible.
Alors que les autres cultures les ont détaillées, catégorisées, et hiérarchisées, les Druides ne se sont pas attachés à les nommer spécifiquement. Les formes pensées, les égrégores, les dévas, anges, génies, fées, élémentaux, démons ou autres, sont simplement désignés en fonction de leur rôle : esprit de ceci ou de cela. Rien n’est vide, rien n’est désert. Tout frémit d’entités qui vivent, échangent, évoluent.

Pour chaque groupe ethnique, le terme de « panthéon » désigne tous les dieux de cette lignée cultuelle. Chaque culture polythéiste a une famille de dieux et de déesses qui lui est propre. Chacune des divinités a une personnalité qui lui est caractéristique et est dite faire partie du « monde réel ». Pour beaucoup de chercheurs, tous les membres des panthéons auraient jadis été des êtres vivants ayant largement marqués leurs contemporains de leur vivant, et dont l’influence continuait à se faire sentir bien après leur décès.

On discute de savoir si ils étaient monothéistes ou polythéistes, mais ce n’est là qu’une question de mots, sans réel intérêt du point de vue métaphysique. La plupart d’entre eux étaient « bons à tout ». Beaucoup étaient connus sous plusieurs noms, tandis qu’un même nom pouvait désigner quatre ou cinq d’entre eux. De nombreux celtisants se demandent si les Druides présentaient toutes ces déités comme des personnes divines distinctes, ou n’y voyaient pas plutôt des aspects variés de la même réalité transcendante, comme aujourd’hui dans l’hindouisme les brahmanes déclarent volontiers que leurs innombrables dieux et déesses sont les différents aspects du dieu suprême que l’on ne peut connaître.

Un même dieu, une même déesse, ne recouvraient pas nécessairement, ici ou là, tout à fait les mêmes attributions, et réciproquement, des attributs semblables peuvent désigner des déités différentes. C’est question d’époques, de pays, de sensibilités. Il faut donc s’attendre à rencontrer parfois en même temps une chose et son contraire.

Cerner les divinités Celtes et Gauloises est une entreprise hasardeuse, par suite de la diversité des sources. En effet, on possède des œuvres d’art de la Gaule indépendante sans inscriptions, et des sculptures de la période postérieure à la conquête, où les dieux Gaulois ont été fortement romanisés. Par ailleurs, les textes de Césars et des autres auteurs latins et grecs ont tendance à discréditer la religion Celte, et tentent de ramener à des modèles romains des divinités assez différentes de celles qu’ils connaissent.

Les Celtes ne représentaient pas leurs dieux avant l’époque gallo-romaine, sinon de manière stylisée, à caractéristiques humaines et symboliques sommaires, souvent sur des monolithes ou pieux aux formes justes dégrossies. Et ces pierres et pieux ne sont pas plus les dieux que les statues catholiques dans les églises ne sont les saints eux-mêmes !

L’anthropomorphisme puéril des peuples grecs et romains était étranger aux Celtes anciens. Ils estimaient parfaitement ridicule de vouloir figurer représentativement en bois ou en pierre de purs esprits. Les quelques statues et bas-reliefs gaulois représentant des personnages divins ou des scènes mythologiques datent de la période gallo-romaine, où les vaincus croyaient se grandir en imitant servilement leurs vainqueurs.

Pourtant, le panthéon Celte diffère de celui des autres groupes indo-européens, même si certains traits se retrouvent partout. Les Gaulois adorent le tonnerre, les astres, l’océan, les fleuves, les lacs, les différents vents, etc.

Pour les Druides tout n’est pas Dieu, même pas les dieux. Mais tout est EN Dieu et en témoigne.

Les Druides actuels disent préférentiellement l’ « Incréé », dans son aspect transcendant et trans-personnel, pur potentiel préexistant à toutes formes comme à toute fonction.
Les Celtes n’appréhendent pas le monde des dieux de la même façon que les grecs et les romains. Ils n’ont pas de cadre structuré et définitif. Chaque tribu donne des noms particuliers aux forces supérieures, cosmiques et telluriques. (Ouraniennes et chtoniennes, si vous préférez).

Dans la mythologie celtique, les dieux correspondent à des fonctions, comme cela est habituel chez les indo-européens. Ou ils ont un destin céleste, en tant qu’émanation du soleil ou du cosmos. Quelques uns sont de simples rois, auxquels la déesse confère l’immortalité après un séjour dans l’autre monde. Dans la littérature irlandaise, écrite par des moines, ces dieux sont de simples héros, afin de ne pas porter ombrage au dieu des chrétiens.

La terre est sacrée, les étoiles sont sacrées, les pierres sont sacrées, vous et moi sommes sacrés. Une partie sacrée du tout sacré. Que vous marchiez avec conscience autour du cercle de l’octuple année, que vous vous teniez sous les étoiles dans votre jardin, vous commencez à répondre au chant de la terre et de la vie. Les Celtes ne divisent pas la vie en sacré et en profane. Toutes chose est à la fois sacrée ET profane, ce qui augmente les difficultés à cerner correctement les différentes divinités Celtes.

Malgré quelques apparences (en particulier le Soleil et la Lune), la religion des Celtes n’est pas astrolâtre, et également, on ne trouve pas de trace de dévotion à la Terre !
Certains Druides modernes évoquent une certaine Goea, provenant du grec Gaïa.

Pour les Druides, la Terre est un astre, qui à l’instar de toute forme, suppose la conscience, en ce sens que Nature, Conscience, et Vie, sont unes dans la réalité divine.
S’adresser à la Terre, la fêter, la respecter, l’aimer, fait partie intégrante de la sensibilité Celte. Toutefois, ce n’est pas la déesse mère ni même une déesse mère ! C’est une « nourrice », comme dans l’histoire du Lug irlandais. (Taïltiu, nourrice de Lug, n’est pas une déesse. Toutefois, Lug l’honorera particulièrement en instituant une grande fête annuelle commémorant sa mort, la fête de Lugnasad).
Notre planète Terre est EN Korridwen, mais n’est pas celle-ci !

Les déités portent les caractères du divin. Ce qu’elles ont d’universel relève de l’Universel. Quand à leurs particularités, elles ne sont que le produit des cultures. Ainsi, si tant est que dieu nous a « fait à son image », les dieux sont à la nôtre et parlent de nous.
Les Celtes n’étaient pas véritablement des polythéistes collectionneurs de dieux, mais pourraient sembler plutôt des monothéistes polymorphes.

Toutatis, père de la tribu, est le qualificatif générique que beaucoup de clans Gaulois donnaient, chacun, à leur dieu tutélaire, si bien qu’on le trouve associé à plusieurs noms de divinités.
Les Gaulois se considéraient tous comme fils d’un dieu primordial, tout à la fois démiurge et protecteur, et d’une grande déesse mère qu’ils nommaient de ce fait Matirona. On comprendra donc pourquoi ces mots Teutatès et Matirona furent trouvés accolés à divers noms de dieux et déesses, puissances mystérieuses spécialisées dans leurs fonctions.

Comme tous les autres peuples de l’époque, les Celtes possédaient leur propre mythologie. C’était une mythologie très riche, fantaisiste, échevelée, souvent émouvante. Comme leur art, faite d’entrelacs et de spirales, de figures humaines et animales, nées de l’imagination débridée d’une race portée aux rêves et à la fantaisie, se continuant en lignes sinueuses, s’entrecroisant, se ramifiant et s’entremêlant au point qu’on n’en discerne plus la fin, pour autant qu’il y en ait une. Elle n’avait rien de rationnel …

A l’origine, cette « religion » était avant tout un ensemble de pratiques et de rituels, donc des actes. Un culte et non des dogmes. Pas de prières ou longues litanies que des « fidèles » devaient apprendre par coeur, mais des gestes et des paroles qui portent une force magique. Pendant une très longue période, les divinités ne sont pas personnalisées, ce sont des énergies, des puissances collectives. Le panthéon Celte n’est apparu que tardivement. C’est donc d’abord une religion naturaliste, une adoration des éléments, qui devient par la suite un système organisé de dieux dotés de noms, de fonctions, d’attributs divers, et d’aventures précises.

La différence entre les mythes de nos ancêtres Celtes et ceux de leurs voisins, romains, grecs, germains, ou indous, c’est que chez eux, personnes n’était tenu d’y croire. Les Druides n’imposaient pas de dogmes. Les histoires qu’ils racontaient n’étaient pas des vérités de foi, mais seulement de plaisants récits sur lesquels rien n’empêchait de broder librement. C’est notamment ce qui crée les difficultés de compréhension lorsqu’on voit le nombre de versions différentes d’une même saga dans les mythes qui nous sont parvenus …

Les dieux sont également duels (positifs et négatifs). Les dieux et déesses créés par l’homme peuvent, tout comme lui, devenir mortel et disparaître quand les consciences et les besoins ne les requièrent plus. La vie des dieux et déesses est liée aux cycles d’évolution des peuples. Seules les divinités ayant des fonctions cosmiques sont plus ou moins éternelles, puisqu’elles font intégralement partie de ce monde et exercent des rôles fondamentaux dans l’univers.

D’autres entités, sujet de prières et offrandes, mais qui ne rentrent pas dans le cadre des divinités est ce qu’on appelle les « Esprits du Lieu ».
Le Druidisme a toujours attaché une grande importance à l’esprit du lieu. La terre est considérée comme sacrée (mais pas comme une divinité, ainsi que nous l’avons vu peu avant), et certains points comme particulièrement reliés à divers aspects de la puissance divine. Le paysage était perçu comme un temple vivant, et le culte était rendu, aussi bien dans des lieux construits par la main de l’homme pour certains types de rituels, qu’à ciel ouvert sur la terre sacrée pour d’autres types de rituels. Chaque lieu a son Esprit.

Chaque déité est identifiée à un aspect du monde naturel, ou au « principe » de son existence. Avec cela comme base de la compréhension de la nature, il est impossible de la considérer comme un « autre » impersonnel. Les dieux sont vitalement impliqués dans les vies de ceux qui les adorent, et leurs rites sont sacrés. Nous sommes amenés à la compréhension de ce que rien ne vit hors de la nature. Le monde vivant devient un être, plutôt qu’une chose, et nous réalisons que nous ne pouvons traiter cet être (qui est notre propre corps) avec irrespect.

En général, plus une divinité est archaïque, et mieux elle sera « typée ».
Plus elle sera récente et plus elle sera difficile à « positionner », puisque résultant de la « spécialisation » de cette force en fonction de l’évolution du peuple l’ayant « créée » par le seul fait de la nommer et définir …
On pourrait presque dire que chaque divinité à un « usage », une fonction, une raison d’être dans sa société cultuelle. Cette raison d’être fluctuant dans le temps, son « rayonnement » énergétique fluctuera également, faisant parfois changer son « positionnement » sur le Cercle des Eléments.

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AnamCara
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Dim 26 Déc 2010 - 2:44

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Et je pourrais encore discourir longtemps ainsi, mais à quoi bon ...

J'essaye d'aller à l'origine des conceptions des mythes fondateurs de toutes les lignées cultuelles, et je m'aide en cela des découvertes des archéologues, qui ne sont que des faits objectifs et non cultuels, j'en conviens, mais que nous ne pouvons rejeter du seul fait de ce manque de connaissances ésotériques.
Egalement, j'essaye d'être objectif lorsque j'étudie les théories des anthropologues et psychologues qui sondent les inconscients et "mémoires collectives" ...

Nous sommes au XXI ième siècle, nous avons des acquits de connaissances qui permettent de mieux comprendre nos origines et de ne pas béatement "croire" de façon "primaire" serais-je tenté de dire.

Donc, aussi bien du point de vue des ésotéristes que du point de vue des scientifiques, on constate que la conception des divinités Celtes semblerait être une triade « tricéphale – tri unique », découlant de la dyade « bicéphale – bi unique », c'est-à-dire que la « balance » entre l’Esprit et la matière a comme résultante centrale « l’esprit condensé » comme point d’équilibre à toutes choses.

Nous en revenons donc à une de ses manifestations les plus intéressantes qui est le système d’interprétation à trois niveaux des mythes, de tous concepts ou symboles, de toutes divinités :

a) Soit à un niveau commun, c'est-à-dire une forme définie, pour ne pas dire « figée », compréhensible par tous ;
b) Soit au niveau du symbolisme exotérique, accessible à ceux possédant un certain niveau d’ « ouverture » et de réflexion ;
c) Soit au niveau ésotérique (occulte), réservé à un groupe « minoritaire », au courant des arcanes de cette lignée cultuelle.

De ce fait, toutes les « religions » connaissent trois niveaux de croyances et de types de foi :
a) Celle des gens frustres ;
b) Celle des gens instruits ;
c) Celle des Sages et des Initiés.

Ceci implique trois niveaux de pratiques :
a) Par les choses extérieures ;
b) Par les systèmes de concepts et symboles ;
c) Par le vécu intime.


Donc chacun de ces trois niveaux de compréhension et de pratiques peuvent nous permettre d'accéder à l'expérience "mystique" de fusion avec le divin, quelque soit son type, car la "conception" du divin sera spécifique à chaque personne, en fonction de son "entourage cultuel", mais surtout de ce qu'il est déjà "lui-même" au moment de cette expérience ...

Etre un Cheminant dans la voie Druidique, c’est forcer les portes de son être intérieur, c’est briser ses propres murailles. Il nous faut assaillir nos propres démons intérieurs qui nous habitent. Seule cette démarche initiatique nous ouvrira les portes de la Connaissance qui siège au fond de notre être, nous fera prendre conscience de l’essence profonde de chaque divinité ! Ne frappons pas aux portes autours de nous, elles ne mènent qu’à des impasses. La bonne Porte est en Nous !

Au dessus de la porte de l’église de Tréhorenteuc, en Forêt de Brocéliande, on peut lire cet écriteau : « La Porte est en dedans ! ». C’est écrit à l’intérieur, lisible au moment de sortir … …

Le Druide ne doit pas se laisser aller à être tenté par les mirages des divinités, il ne doit se référer qu’à sa propre spiritualité, sinon comment pourrait-il être libre ?
Toutes les religions dirigeantes, avec dogmes, sont faites pour les faibles, ceux qui sont incapables de trouver leur voie par eux-mêmes, et pour ceux qui n’osent pas regarder la réalité de l’Univers en face, qui préfèrent se cacher derrière la douce illusion de leur croyance.

Le Druide ne saurait être de cette espèce. Le Druide sait que les dieux, quels qu’ils soient, ne sont que des pantins animés par les soubresauts des énergies originelles, des épouvantails servant à effrayer des enfants qui se croient des adultes.

Les divinités ne sont, pour les Druides, que des symboles, utiles certes, mais sans réelle importance. Des noms, des représentations des forces universelles qui les dépassent de loin.
Le vrai Druide, lui, se crée ses croyances au fil de son évolution et de ses pratiques !
En cela il s'aide de la compréhension et "application" de ses mythes ancestraux, en s'appuyant sur ses élans d'élévation vers sa Source Originelle, quel que soit le nom qu'il lui donne, car à ce niveau, les mots humains ne sont plus adaptés ...


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J'ose espérer n'avoir choqué personne avec cette conception des divinités en général, et Celtes plus particulièrement. Si tel était le cas, croyez bien que ce n'est nullement mon intention.

Je désirais juste apporter une vision plus "actuelle", c'est à dire plus en adéquation avec les découvertes et acquits actuels des différentes connaissances de "l'Homme" et de l'archéologie, sur le sujet de la conception des divinités par les Celtes, telle que je la conçois après de nombreuses années de Cheminement.
Cette conception est à mettre en parallèle à celle donnée brillamment par Fergus, et en aucun cas à la mettre en opposition avec la sienne.



Quand à vos dires concernant le christianisme, je ne peu qu'y souscrire à cent pour cent ! Raison pour laquelle je n'y ai fait aucune allusion ici.
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Auetos
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Dim 26 Déc 2010 - 11:38

Fergus a écrit:
He le répète : là où le christianisme est entré en contact avec le druidisme, il y a eu symbiose. Mais on peut aussi préférer un druidisme "reconstitué" à partir de traditions "cousines".

Ah…  Neutral

Bien que vous souteniez le contraire, nous pouvons lire à plusieurs reprises dans les écrits irlandais l’opposition entre les druides et saint Patrick l’évangélisateur.

« Une grande foule de druides s’était rassemblée autour du premier druide du nom de Recrad, qui voulait tuer saint Patrick. Et il vint vers eux… » (The Tripartite Life of Patrick)

Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres. Rappelez-vous le passage ou le bon saint Patrick, cassa les genoux et le nez des païens venus prier leurs dieux.

Mais peut-être, était-ce par charité chrétienne.

Dans un autre passage, ce bon saint, pour recruter des gens, feignit de vouloir couper les cheveux d’un druide pour que son apprenti, outré par le geste, demande à prendre sa place. Il le tonsura et l’ordonna évêque.

Ce n’était donc pas la « bonne nouvelle » qui convertissait les Celtes païens d’Irlande, mais la fourberie et la violence de son évangélisateur.

A l’inverse de vous, j'ai du mal à croire en cette symbiose entre le christianisme et le druidisme. Et donc oui, pour « reconstituer » le druidisme je préfère me tourner vers une tradition sœur plutôt qu’une tradition étrangère venue des fins fonds de la Judée.

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Ana Lama
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Dim 26 Déc 2010 - 12:17

Je suis d'accord avec toi Auetos la plupart des conversions ont été de force, avec des interdits et des récupérations, des massacres etc ; et il ne faut pas se tromper la plupart des dates et des fêtes sont d'origine païennes et pas l'inverse.
Là je parle au niveau histoire. Ce qui a été fait est fait, ceci dit, je n'ai rien contre les chrétiens chacun sa voie
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uindobrennos
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Dim 26 Déc 2010 - 12:19

Un peu... rapeux Auetos, mais je ne peux que souscrire à ce que disent mes camarades.
Il n'est pas possible et concevable de concilier l'inconciliable.

Ce n'est pas de l'anti christianisme primaire et futil, mais bien une incompatilbilité profonde entre deux systèmes de pensée complètement opposé quand à la vision philosophique, théologique, artistiques, culturelle et autres... je dis qu'il n'existe aucun point d'accord possible avec une église qui prêche depuis 2000 ans l'ensemble de ce qu'elle prêche à des ouailles laissés VOLONTAIREMENT dans l'obscurité de la méconnaissance dans un but de domination... pardon, je m'excuse, pour le coup, c'est encore plus "rapeux" qu'Auetos, mais cela ne se veut pas irréspectueux...

Je me rappelle avoir écrit pour "message" une série d'articles qui s'appellaient "vie et moeurs du chrétien", j'en ri encore...
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Myrddin-ar-Du
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MessageSujet: Re: Spiritualité celtique : la vision de Fergus   Dim 26 Déc 2010 - 12:34

Par ailleurs, cher Fergus et là encore sans offenses Smile (Ton topic a eu un grand mérite, celui de faire s'exprimer beaucoup de monde), dans ma vie druidique, j'ai rencontré beaucoup de gens qui s'affirmaient chrétiens et druides, ce qui représentait indiscutablement un certain confort (et je ne dis pas que c'est ton cas). Pas d'engagement véritable, pas de changement tout en se laissant bercer par un vernis séduisant de paganisme .
Par contre, il faut un véritable engagement pour sauter dans l'inconnu, demander l'annulation de son baptême catholique aupres de son archeveché de naissance et pratiquer le rite d'abjuration, délaissant une certaine sécurité spirtuelle douillette pour passer à autre chose de plus "dangereux" parce considéré par le catholicisme comme pratiquement "diabolique".
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