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 La religion des Celtes, par Guyonvarc'h

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Fergus



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MessageSujet: La religion des Celtes, par Guyonvarc'h   Mar 17 Jan 2006 - 23:16

CELTIQUE (RELIGION)


L’étude de la religion celtique a été longtemps paralysée par deux difficultés majeures : d’une part, l’abus des commentaires fondés sur l’iconographie à l’exclusion des textes, ce qui a eu pour conséquence la méconnaissance ou le refus des sources insulaires, irlandaises et galloises ; d’autre part, l’absence de toute méthode cohérente, la plupart des exégètes se bornant à l’évaluation de la religion celtique suivant des critères et des normes soit « classiques », soit "primitivistes". La matière oblige, au contraire, à comparer de façon continuelle les données insulaires et les données continentales et à constater que, la méthode historique pure étant inadéquate à cause de la nature des documents – tous mythiques –, il est beaucoup plus profitable d’étudier une idéologie religieuse et la structure sociale qui en est issue. Il est évident que, dans le cas des Celtes, cette idéologie et cette structure se définissent au niveau « indo-européen » par tous les critères classificatoires et fonctionnels de la « tripartition » dégagée par les travaux de Georges Dumézil.

Les témoignages continentaux sur la religion des anciens Celtes comprennent, d’une part, des sources contemporaines indirectes, grecques et romaines, d’autre part, l’épigraphie et l’iconographie gallo-romaines ; ils ne comportent aucune source littéraire indigène. En revanche, dans les îles Britanniques, on dispose du vaste répertoire des textes mythologiques et épiques rédigés dans les langues indigènes médiévales, l’irlandais et le gallois. Ces textes constituent des sources directes mais postérieures à la christianisation, et ne comportant pas d’iconographie.

Les sources continentales et les sources insulaires sont séparées chronologiquement par une bonne dizaine de siècles ; on en a souvent tiré argument pour contester les secondes. En réalité, l’archaïsme des textes insulaires est indubitable : l’Irlande n’a jamais été romanisée et elle s’est convertie directement de sa religion nationale au christianisme ; les moines et évêques de la chrétienté celtique ont transmis et transcrit les légendes et les vieilles annales à titre d’histoire nationale, s’efforçant de les concilier avec les écrits bibliques. C’est ainsi que le fonds mythologique irlandais a été paradoxalement sauvé par la christianisation de l’île.


LES DIEUX

Les dieux de la Gaule sont définis avec précision par César dans un court passage du De bello gallico (VI, 17). S’adressant à un public romain, César, en se servant de théonymes romains, indique les fonctions et les champs d’activité théologiques des divinités gauloises : « Ils honorent Mercure comme le plus grand dieu. Ce sont ses statues qui sont les plus nombreuses. Ils le considèrent comme l’inventeur de tous les arts, le guide sur les routes et dans les voyages. Ils pensent qu’il a le plus grand pouvoir pour tout ce qui concerne l’argent et le commerce. Après lui viennent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont à leur sujet à peu près la même idée que les autres nations : Apollon chasse les maladies ; Minerve enseigne les rudiments des arts et des métiers ; Jupiter a l’empire du ciel, Mars régit les guerres... »
Ce texte du Ier siècle avant J.-C. est recoupé par la description des dieux de l’Irlande ou chefs des Túatha Dé Dánann (« tribus de la déesse Dána ») qui figure dans le récit archaïque du Cath Maighe Tuireadh ou « Bataille de Mag Tured ». On peut ainsi établir un tableau des correspondances avec les théonymes gaulois connus .

Dans l'ordre César / Gaule / Irlande :
Mercure / Lugus / Lug
Jupiter / Taranis : Dagda
Mars / Ogmios / Ogme
Apollon / Belenos / Diancecht
Minerve / Brigantia / Brigit

Tous ces dieux sont « souverains », c’est-à-dire qu’ils se répartissent entre les fonctions sacerdotale (Jupiter) et guerrière (Mars), la troisième fonction, artisanale et productrice, étant placée sous leur surveillance commune. C’est pourquoi César, qui ne nomme aucun dieu artisan (en Irlande, Goibniu le forgeron, Luchta le charpentier, Credne le bronzier), attribue globalement l’apprentissage des techniques à Minerve, laquelle est à la fois la mère, la fille, l’épouse et la sœur de chacun des dieux souverains (l’archaïsme celtique ne différencie pas Minerve, Junon et Vénus), cependant qu’il réfère tout normalement à Apollon la médecine, qui ressortit à la troisième fonction.
Cela explique aussi pourquoi le Dagda, qui forme avec son « frère » Ogme, la grande divinité souveraine double (claire et sombre, comme dans l’Inde védique le duo Mitra-Varuna), a dans ses attributs le chaudron d’abondance et de résurrection, la massue qui donne la vie et la mort et la roue solaire.
Mais l’homologue celtique de l’Apollon classique est Lug, le dieu suprême du panthéon, raison pour laquelle les surnoms continentaux de l’Apollon celtique sont nombreux et parfois, en apparence, contradictoires. Lug, au sommet de la hiérarchie, est « hors classe », parce qu’il transcende toutes les fonctions des autres dieux. Quant aux quelques centaines de théonymes gaulois (et irlandais) qui n’apparaissent pas dans le tableau ci-dessus, ils traduisent des synonymies ou des aspects de telle ou telle des cinq grandes divinités souveraines.
Lorsque, dans les dénominations gallo-romaines, il y a flottement et qu’un surnom ou cognomen divin comme Teutates est attribué tantôt à Mars, tantôt à Mercure, c’est parce que le dévot était dans l’impossibilité de situer exactement la divinité celtique par rapport au théonyme romain officiel.
Il faut tenir compte aussi de la dégradation fonctionnelle due à la pax romana (qui a oblitéré la fonction guerrière) et à la disparition de l’organisation politico-religieuse de la société celtique.

LA MYTHOLOGIE

La mythologie gauloise ne nous est connue, dans les sources antiques, que par des bribes : témoignages et réminiscences parfois mal interprétés par les écrivains anciens. Les Grecs parlent, assez vaguement, du passage d’Héraklès à Alésia et de son union avec la fille d’un roi Bretannos, Celtine, qui lui donne un fils, Celtos (ou Galatès), éponyme de la race celtique. Tite-Live, plus précis, évoque le mythe d’Ambigatus, « empereur » et prince des Bituriges (« rois du monde », qui ont donné leur nom au Berry et à la ville de Bourges) qui envoie ses deux neveux, Ségovèse et Bellovèse, à la conquête de la forêt hercynienne et de l’Italie du Nord, où sera fondée la ville de Mediolanum (Milan). Mais chaque fois que Tite-Live utilise une légende celtique, il la tourne en histoire romaine.

La seule mythologie celtique cohérente est celle qui, abondamment attestée, se trouve dans les textes mythologiques et épiques irlandais, ainsi que, accessoirement, dans les romans gallois du Moyen Âge, dont les principaux sont les Mabinogion. Les textes irlandais les plus riches sont : le Lebor Gabála Erenn, ou « Livre des conquêtes de l’Irlande » ; les deux versions et les trois rédactions du récit intitulé Cath Maighe Tuireadh, ou « Bataille de Mag Tured » ; le groupe des textes intitulés Tochmarc Etaine, ou « Courtise d’Étain », Altrom Tighe Da Medar, ou « Nourriture de la maison des Deux Gobelets » et Aislinge Oengusso, ou « Rêve d’Oengus » ; tous les textes du cycle épique d’Ulster, dont le principal est la Táin Bó Cúalnge, ou « Razzia des vaches de Cooley » (avec une douzaine de remscéla, ou « récits préliminaires ») ; enfin, quoique moins importants, les textes du cycle, plus récent, de Finn, parfois dit « cycle ossianique », qui racontent les aventures et les exploits des Fianna, sorte de milice chevaleresque vivant en marge de la société.

Toute la mythologie insulaire est organisée autour des cinq « invasions » mythiques de l’Irlande, évhémérisées en histoire par les filid : chaque fois l’île a été occupée et « prise » par une race qui, après un cataclysme, une épidémie ou une bataille, laisse la place à la suivante. Ainsi se succèdent : la race de Partholon (Bartholomeus) ; celle de Nemed (« sacré ») ; celle des Fir Bolg (qu’on traduit habituellement par « hommes en sacs », mais bolg serait plutôt apparenté au nom latin de la foudre, fulgur) ; celle des Túatha Dé Dánann (« tribus de la déesse Dána ») ; celle des Goidels (ancêtres des Irlandais).
Cette histoire mythique n’est qu’une forme celtique de la théorie hésiodique des quatre âges de l’humanité. Elle s’est, en tant que mythologie proprement dite, cristallisée au niveau des Túatha Dé Dánann, qui, après avoir été vaincus par les Goidels, se sont réfugiés sous les tertres, dans les collines et sous les lacs d’Irlande.

Le récit fondamental de la mythologie celtique est le Cath Maighe Tuireadh, ou « Bataille de Mag Tured » (« plaine des Piliers »), qui raconte la lutte des dieux de l’Irlande, ou Túatha Dé Dánann, contre les génies oppresseurs et destructeurs que sont les Fomoire.
Après une première bataille contre les Fir Bolg, qui leur a assuré la souveraineté, les Túatha Dé Dánann sont contraints de prendre un roi fomoire, Bres, parce que leur propre roi, Núada, a eu le bras droit coupé dans la bataille. Mais Bres, mauvais roi, s’attire les moqueries d’un poète et doit « faire restitution de la souveraineté » ; celle-ci est rendue à Núada, qui porte désormais un bras d’argent. Bres appelle à l’aide les Fomoire, qui, venant de Scandinavie, envahissent l’Irlande. Les Túatha Dé Dánann sont sauvés grâce à l’intervention de Lug, qui organise la lutte en faisant appel à tous les « spécialistes » : druides, guerriers, échansons, poètes, voyants, artisans... Après une bataille gigantesque, les Fomoire sont exterminés et Bres, pour sauver sa vie, rend la prospérité à l’Irlande.

Ce récit, homologue celtique de la guerre germanique des Ases et des Vanes ou de la lutte grecque des Dieux et des Titans, est un mythe cosmogonique doublé d’une annonce d’Apocalypse. Il est centré essentiellement sur le thème de la souveraineté, légitimée par une « prise » violente et guerrière.
Ce thème inspire aussi les récits du cycle d’Étain qui racontent les aventures d’Étain (ou Eithne), reine d’Irlande et de l’Autre Monde, partagée entre la souveraineté divine et la souveraineté humaine, puis entre le paganisme et le christianisme. Partout, la guerre, malgré la fréquence et l’âpreté des querelles, est un phénomène subsidiaire : à travers l’émiettement des motifs et la multiplicité des noms divins, la mythologie irlandaise est très fortement unifiée autour de conceptions qui ont rapport avec la primauté de l’autorité spirituelle de la classe sacerdotale « souveraine ».

Les thèmes proprement guerriers, mythiques eux aussi, sont concentrés dans le cycle épique, dont le principal récit, la Táin Bó Cúalnge, ou « Razzia des vaches de Cooley », raconte la guerre entreprise par la reine du Connaught, Medb, alliée aux autres provinces d’Irlande, contre l’Ulster, pour la possession d’un taureau divin, le Brun de Cúalnge, qu’on lui avait refusé. Le héros d’Ulster, Cúchulainn, défend seul la frontière de sa province et il impose à la reine Medb un contrat aux termes duquel chaque matin un guerrier sera envoyé au gué qui sert de frontière.
Cette Iliade irlandaise est pour une grande part le récit des combats singuliers et des victoires de Cúchulainn. Repoussée et lassée, Medb conclut la paix. Notons que, comme Héraklès est fils de Zeus, Cúchulainn est fils de Lug. Mais, bien qu’il soit « roi des guerriers », il n’est pas souverain.

Les transcripteurs chrétiens ont altéré parfois la forme ou le contenu des récits : presque toujours ils ont fait disparaître ce qui concerne le rituel, les sacrifices et les doctrines contraires aux enseignements évangéliques. Mais l’anecdote suivante, racontée dans le récit intitulé Siarburcharpat Conculaind (« Le Char fantôme de Cúchulainn ») est révélatrice de l’état d’esprit des Irlandais christianisés : lorsque saint Patrick essaie de convertir le roi de Tara, Loegaire, il se heurte à une mauvaise volonté obstinée. Pour croire au Christ, le roi demande au saint de lui faire voir Cúchulainn. Et le miracle se produit : Cúchulainn surgit, en grand équipage, avec son char, ses chevaux, son cocher. Le roi est contraint à la conversion par le héros qui lui décrit les délices du paradis et les tourments de l’enfer.

Christian-J. Guyonvarc'h
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