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 Arts, métiers ou fonctions celtiques

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MessageSujet: Arts, métiers ou fonctions celtiques   Sam 30 Mar 2013 - 8:22

Georges Dumézil, Métiers et classes fonctionnelles chez divers peuples indo-européens (Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1958).

extrait:

« ... Une conception élargie de la fonction des artisans transfigure et parfois disloque le système des trois classes traditionnelles.

C'est en pays celtique que s'est produite cette évolution.
Là, les métiers sont dans un honneur que traduit la mythologie : le dieu le plus important dans le culte des Gaulois, dit César, est « Mercurius », « hunc omnium inuentorem artium ferunt », et son correspondant irlandais, Lug, reçoit en effet usuellement l'épithète « ildânach, samildânach » où polytechnicien.
(Jusque dans le folklore moderne : W. J. Gruffyth, Math vab Mathonwy, 1928).

La place de Lug-Mercurius dans la structure théologique n'est pas aisée à déterminer, mais il ne semble prolonger aucune figure divine indo-européenne : en lui éclate l'originalité des Celtes, comme aussi dans le fait si caractéristique que, dans l'abâtardissement gallo-romain de la vieille religion, les plus grands dieux se transforment sans peine et ne survivent que transformés en dieux de métiers et de corps de métiers.

Mais Lug n'est pas seul.
Dans la brève liste de dieux que donne César, cinq noms en tout, trois - à côté du souverain « Jupiter » et du « Mars » guerrier - sont engagés dans des métiers : outre « Mercurius », ce sont le médecin « Apollo » et « Minerua », laquelle transmet « operum » et « artificiorum initia ».

L'absence de tout patron de l'élevage et de l'agriculture est d'autant plus remarquable qu'elle caractérise aussi la liste des cinq dieux qui, selon la mythologie héroïcisée, forment l'état-major des Tuatha Dé Danann, c'est-à-dire des anciens dieux, dans leur lutte pour la conquête de l'Irlande : autour de Lug Samildânach, la variété de druide qu'est Dagda et le champion Ogma ne sont associés qu'au forgeron Goibniu et au médecin Diancecht.
Ce n'est que dans la forme galloise de cette équipe qu'un Amaethon - le laboureur par excellence - apparaît, jumelé à Govannon , le Forgeron .

Dans l'image que la société s'est faite d'elle-même, cette importance qualitative et quantitative reconnue à l'artisan a eu des conséquences et des expressions diverses.
Tantôt il s'est rattaché ou associé étroitement, dans la vieille classification plus ou moins maintenue, à la première fonction, à celle des magiciens et des savants. Tantôt l'idée de « métier » s'est généralisée et a développé un cadre nouveau où même les spécifications de druide et de guerrier, jadis si distinguées, ne sont plus que des métiers parmi les autres, comme les autres.

La première conception soutient les nombreux textes où « druidisme » et « arts et métiers » sont rapprochés sur un même niveau.

Tel le petit poème où Duald mac Firbis, au XVIIe siècle a résumé une tradition plus ancienne et bien intéressante, qui, comme l'a fait de son côté l'annalistique romaine, prétend distribuer les « fonctions » entre les grandes composantes légendaires - les Fir Bolg, les Fir Domnann et les Gaileon démoniaques, puis les TuathaDé Danann divins, puis les humains «Fils de Mil » qui ont successivement contribué à former la société irlandaise actuelle : On constate ici une promotion de l'art (et aussi de la vie pastorale) au niveau de la magie ; seule l'activité guerrière, et naturellement les conduites méprisables, restent distinctes (E. O'Curry, Lectures on the Manuscript Materials of Ancient Irish History, 1861).

Tous ceux qui sont braves et hardis dans les combats descendent des Fils de Mil ; descendent des Tuatha Dé Danann, conjointement, les éleveurs de bétail, les artistes, et ceux qui pratiquent toute magie secrète ; quant aux tribus démoniaques, en sont sortis les malfaiteurs, les voleurs, les menteurs, etc.

Telles encore deux strophes d'un poème inséré dans une des refontes du Livre des Conquêtes : au cours d'une migration une partie de la troupe de Golamh se met à apprendre « dana », les arts et métiers ; or la suite analyse cette notion en trois spécialités de dignités apparemment égales,
« saoirsi, draoidecht, brethemnus », c'est-à-dire savoir-faire artisan, druidisme, jurisprudence, auxquelles vient s'adjoindre, au profit de trois rois, « foghlam ngaiscdih is troide », l'apprentissage du courage et de la hardiesse.

La seconde conception se manifeste dans le récit épique sur la bataille de Moytura : avant l'engagement, chaque personnage de l'armée de Lug (et c'est la société en résumé) définit sa spécialité et promet de la mettre au service de la cause commune : ceux qui prennent ainsi la parole sont, dans l'ordre de leurs « entrées » , qui n'est certainement pas un ordre hiérarchique : le forgeron, le médecin, l'ouvrier en bronze, le charpentier, le champion de combat, les sorciers, les échansons, les druides, l'incantateur, les sorcières, et pour finir le complexe Dagda, à la fois sorcier lui-même et manieur de la grosse massue.
(Wh. Stokes, « The second Battle of Moytura », Rev. Celt., XII, 1891)

La vieille structure est ici comme dissoute, émiettée entre les catégories nombreuses et uniformes de la « technique ».
Ces réponses multiples montrent l'importance du problème posé aux vieux théoriciens par la pression croissante que le fait technique a exercée sur des formes d'organisation et de pensée qui ne le comportaient pas.

La dernière est franchement révolutionnaire : au pays où devait naître plus tard la franc-maçonnerie dite écossaise, la réflexion sur la dignité et la puissance des métiers avait déjà, une première fois, renouvelé le modèle idéal que les sociétés se proposaient.

Dans le récit de la seconde bataille de Moytura : « Lug eut un entretien avec ses deux frères, c'est-à-dire avec Dagda et Ogma, à Grellach Dollaid, le lendemain matin ; furent convoqués avec eux ses frères Goibniu [le Forgeron] et Dian Cecht [le Médecin]. Pendant une année pleine ils délibérèrent secrètement, et c'est pour cela que Grellach Dollaid a été surnommé Amrhun Fer nDea,
Mystère des Hommes de la Déesse.
Une convocation à leur réunion fut ensuite adressée aux druides d'Irlande, à leurs médecins, à leurs cochers, à leurs forgerons, à leurs fermiers et à leurs juges ; [Lug et ses frères] s'entretinrent avec eux en secret»
C'est une véritable tenue de Loge des « ouvriers », sous la direction des cinq (trois + deux) Officiers ..."
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Matolitus
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MessageSujet: A propos de Lugus   Mar 2 Avr 2013 - 14:34

D'accord avec toi, Ballios, pour dire que le Lug* irlandais" est un "multi-technicien", samidanach et que de ce fait, il s'identifie avec le dieu Lugus continental, mentionné par César, BG VI, 17, comme un "inventeur de tous les arts", omnium inventor artium.

Philippe Jouët dans son dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, fait une synthèse des observations concernant le Mercure celtique (et gallo-romain).
Certes on retrouve cette divinité en rapport avec les savoir-faire, mais aussi dans la mobilisation et la coodination des dieux (Chef d'Etat-major), dans le retour des richesses que le roi pourra alors distribuer à son peuple. Néanmoins sa principale fonction est de ramener les dieux et les biens du printemps. Cette promotion de Lugus si l'on peut dire constitue, une réponse traditionnelle d'évolution, dont le socle est un héritage très solide des Celtes, face à toute une série de problèmes politiques, économiques, militaires et religieux de l'Europe à une époque donnée.

Je pense qu'il serait imprudent de ravaler Lugus/Lug au rang de Meilleur Ouvrier du monde celtique. Georges Dumézil d'ailleurs n'a pas oublié la nature dioscurique(1) de Lugus, en en faisant un ancien dieu de la religion cosmique. D'Arbois de Jubainville, lui voit en Lug "l'Hermès celtique" qui personnifie le crépuscule et toute la traversée du soleil dans le ciel diurne. C'est d'ailleurs ce que la Fête de Lugus "la Lugouos" symbolise en mentionnant les Trois Enjambées de Lugus qui traversent les 7 Régions de l'Univers : leurs emplacements sont les 3 points où se lève le soleil, atteint son zénith et où il se couche.

(1) de Dioscures "Jumeaux divins".
-Attributs Trifonctionnels dans la Cosmologie : Associés à la mer, un des deux est mortel, se tiennent aux limites (temps et espace), guérissent le ciel diurne, mettent fin au sommeil de l'année
-Dans la sté des dieux et des humains, ont des affinités avec tous les dieux, les précèdent et les ramènent, sont refusés puis admis chez les dieux, l'un deux gagne en immortalité, aident au retour des biens, guérissent, sont des héros fondateurs et en rapport avec la Terre productrice
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MessageSujet: Re: Arts, métiers ou fonctions celtiques   Mar 2 Avr 2013 - 20:14

je suis tout à fait d'accord avec tes remarques, Matolitus, je tenais à commencer cette discussion avec une analyse de Dumézil car je trouve son approche essentielle, singulière, fulgurante et très claire, "reliée" et totalisante...comme souvent: je trouve qu'il y'a quelque chose de très "lugien" dans l'oeuvre de cet homme et comme Lug est au coeur du sujet qui nous occupe...

oui il y'a à boire et à manger dans ce court exposé, et beaucoup de matière écartée, comme toujours dans ce type d'exercice...à nous de le discuter et de poursuivre sur les pistes que tu lances.

ce sujet est une montagne: quelques alpinistes chevronnés qui en ont les capacités iront peut-être droit au sommet, je me bornerai pour ma part à en faire le tour tranquillement et à mon rythme, au vu de mes petites capacités et d'un manque de temps chronique pour étudier...à bientôt!
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Matolitus
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MessageSujet: Re: Arts, métiers ou fonctions celtiques   Mer 3 Avr 2013 - 10:28

C'est bien comme cela que je considérais la chose, Ballios, une introduction à de multiples contributions en fonction des aspects de nos divinités qui nous parlent le plus. Et Lugus me paraît être un bon exemple pour ce faire, tant il existe de facettes chez ce grand dieu.

S'il y a une chose qui séduit dans le Polythéisme, c'est d'abord la diversité des dieux/déesses, nous sommes riches de notre panthéon, et ensuite les "réponses" de chacun, chacune d'entre eux/elles, autrement dit les différentes manifestations et activités, qu'ils/elles témoignent à leurs dévots en retour.

Au sujet de la montagne à escalader, je suis un peu comme toi, je préfère dans un 1er temps m'asseoir à son pied, prendre le temps de la contempler, de lui faire qq offrandes, d'en faire le tour, avant, peut-être d'en gravir le sommet. L'important à mon humble avis, n'est pas de grimper mais d'être là avec elle, en toute simplicité d'être humain...

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