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 Lougous Longue-Main

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Setanta
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MessageSujet: Lougous Longue-Main   Dim 8 Déc 2013 - 13:48



« Nous sommes secrètement fiers des Gaulois », m'a dit, un jour, une amie journaliste. Il y a de quoi, bien que nous les voyions à travers le prisme déformant de notre présent. Un mot résume ce qu'ils furent et ce en quoi nous nous reconnaissons en eux, ce grain de folie qui dépasse toutes les philosophies, tous les pragmatismes, tous les dogmes : le panache. Cette qualité chevaleresque exprime leur attitude à l'égard des femmes, d'où procède notre courtoisie, leur désir des beaux tissus et des belles parures d'or, d'où vient notre goût de l'élégance et du raffinement, leur amour du faste partagé, des beaux chevaux, de la belle parole écoutée pour elle-même et vénérée, qui fondent notre culte du Beau. De leur héritage provient également, issu de leur Chaudron de jouvence et d'immortalité, le Graal, ce symbole de l'élan religieux et du dynamisme pétulant de la France.

Leur antiquité quasi fabuleuse satisfait notre rêve de descendre d'ancêtres sortis de la nuit des temps et brusquement entrés dans la lumière de l'histoire, c'est-à-dire de remonter au plus loin, dans le passé du passé, pour nous relier aux dieux, ce dont se prévaut, par exemple, Don Ruy Gomez de Silva fier de montrer à Hernani la galerie des tableaux de ses aïeux, comme tous les nobles du monde, et ce dont s'enorgueillissaient les Gaulois eux-mêmes, tel ce Ouiridomaros qui se targuait d'être issu du Rhin lui-même. Car les Gaulois possédaient eux aussi une antiquité.

Autre joie fière qu'ils nous donnent : nous sentir intimement familiers avec la terre de la Gaule-France qu'ils ont aimée au point d'en nommer les plaines, les rivières, les montagnes et les installations humaines. Si la langue gauloise avait subsisté, elle serait devenue du français. Les toponymes en France le prouvent. Prenons au hasard le nom de Bayeux, admiré pour ses sonorités et sa couleur vieil or par Marcel Proust. C'est le nom gaulois Bodiocasses qui évolue phonétiquement au fil des siècles en Baiocasses pour prendre jusqu'à notre XXe siècle la forme gallo-française de Bayeux. Ainsi en est-il de Vannes (Ouenetia), Rouen (Ratomagos), Dijon (Diouio), Meung (Magidounon), Tonnerre (Tournodouron), Évry (Ebouriacon), Sablé (Sapoialon), Genouilly (Genouliacon), Chambord (Camboritou), Alençon (Alantionon), Toul (Toullon), Niort (Noouioritou), Riom (Rigomagos), Châlons (Caladounon), Nanterre (Nemetodouron), Arles (Arelate), Lyon (Lougoudounon), Paris (Parisii)…

Notre fierté inavouée se fonde encore sur l'admiration que les Gaulois nous inspirent : ils ont versé leur sang pour défendre leur liberté. Pleurons les Gaulois de ce sacrifice sublime — « Morts pour la Gaule » ! — et déplorons amèrement l'infamie de ceux d'entre nous qui ricanent à leur propos, ingrats et ignorants de l'évidence du fait que tout homme a nécessairement des ancêtres ! On n'insulte pas des héros. Les nazis savaient ajouter à l'ignominie de martyriser et de tuer leurs victimes innocentes la perversion de les humilier avant. Ne suivons pas leur exemple. J'ai jadis été frappé par un film qui offrait, aux sons de chants graves que l'on reconnaissait comme étant tibétains, les images d'armes gauloises et d'ossements humains disposés sur un sol herbu. La force incantatoire des voix, transcendant la douceur du paysage entrevu, la sobriété de l'armement épars à même le désastre des os et des crânes, tout ce spectacle lent et terrible inspirait une farouche sympathie pour ceux qui s'étaient battus là. C'était tout ce que pouvait faire une caméra, mais il y avait dans ce travelling quelque chose d'exemplairement évocatoire.

Et puis il y a ce phénomène agréable que nous voyons le Gaulois comme un être joyeux. Le rire gaulois, la bonne humeur : voilà ce que nous ne saurions dénier à nos illustres pères. Sans doute faut-il y voir l'influence de Rabelais, le maître rieur, en la parole duquel nous reconnaissons l'expression la plus libre de notre génie national. C'est que Rabelais est gaulois ! Jehan de Gravot (un de ses pseudonymes) s'honore bien d'avoir écrit des Évangiles gallicques ! Ces Gaulois, nous les devinons plus gaillards que paillards à en croire certaines inscriptions antiques sur pesons de fuseaux qu'ils nous ont laissées. Le rire que leur évocation suscite spontanément en nous, s'il ne trahit pas un plaisir régressif ou une intention railleuse, pourrait être, à mon sens, un écho de leur propre gaieté. Des ancêtres qui font rire ! Nous avons de la chance. Il plaît de penser que leur joie reflétait la félicité des dieux. Les dieux : nous en revenons là. « La nation est toute des Gaulois dans une pleine mesure adonnée aux rites », remâche César.
Avons-nous vraiment hérité d'eux ? Hypocrite question ! Ce sont les mêmes héros, les mêmes martyrs, les mêmes bourreaux, les mêmes victimes qui, pour ainsi dire, se réincarnent. L'héritage de leur langue, fût-elle fragmentaire, est une preuve suffisante de la continuité qui nous relie à eux.

Il faut décaricaturer les Gaulois, les désanathémiser, les débarbariser, les dépolitiser, les débarrasser de tout ce qui a été projeté sur eux. L'ostracisme dont ils sont victimes ne date pas d'hier. Considérés comme vaincus ils ont été abaissés par Rome, dépossédés de leur langue, de leurs usages et de leurs prêtres par l'administration impériale romaine, combattus par le christianisme constantinien. Vilipendés plus tard par les rois de France qui se prétendaient francs, c'est-à-dire d'origine germanique, ils ont été traités en réprouvés.

Des historiens les ont brandis, à la fin du XIXe siècle, comme les drapeaux d'un nationalisme revanchard et, à cause de cela, aujourd'hui, une propagande historique post-nationale, qui plaide pour la « diversité », cherche à les éradiquer de notre mémoire. On a fait d'eux des bouffons sympathiques à travers une bande dessinée pour le moins simplificatrice, qui a toutefois le mérite de les avoir sortis des ténèbres et de nous faire rire. Mais qu'est devenue leur dignité humaine ? Avons-nous envie de rire, quand nous voyons, au musée Bargoin de Clermont-Ferrand, les crânes des Gauloises auxquels adhèrent encore leurs cheveux tressés en une natte unique derrière la tête, comme celle des squaws ? Nous sommes sans doute le seul peuple au monde qui salisse le souvenir de ses ancêtres, alors que nous avons été le seul à les revendiquer pour tels !

Ils ont la vie dure.

Aujourd'hui, nos prédécesseurs de la Gaule sont réduits par une archéologie muette et fossoyeuse à des cailloux, des ossements et de la ferraille qu'elle restaure et place dans des vitrines de palais, plutôt que de se voir ressuscités en tant qu'hommes ; car les hommes ne se définissent pas comme des utilisateurs d'objets, mais d'abord comme des êtres doués de la parole. Qui se soucie de réentendre la parole gauloise ? Qu'avons-nous fait de leur parole ? Qu'avons-nous fait de la Parole ? Les quelque deux mille inscriptions gauloises parvenues jusqu'à nous pourraient donner des éléments de réponses, hélas, elles sont l'affaire de linguistes de bibliothèque avares de leur science.

Le peuple français s'est souvent divisé pour mieux se comprendre. Nous avons su que tout était affaire de dialogue et que notre dualisme apparent aboutissait à la résolution harmonieuse des contraires. Idéalisme chevaleresque et réalisme populaire. Légalité et révolte. Rationalité et imagination : pour Pascal l'imagination est « la folle du logis », pour Baudelaire c'est « la reine des facultés ». Poésie et prosaïsme. Anciens et Modernes. Tradition et modernité. Patriotisme et trahison. Ponts et Chaussées et Eaux et forêts… Pourquoi pas culture gréco-latine et héritage gaulois, voire francité et gallicité ? Le délire des formes de l'art gaulois s'ordonnant selon un impeccable lacis géométrique ne donne-t-il pas l'image d'une réconciliation possible entre deux visions des choses opposées ? Qu'avons-nous à perdre à engager le dialogue avec une origine qui parle ? L'enjeu en est l'émergence de notre obscure identité française. Reprenons le débat, sans arrière-pensées. Ce n'est pas en reniant ce que nous avons foncièrement été que nous contribuerons à renforcer la nécessaire diversité des nations. Le bonheur des hommes a besoin de différence, non d'uniformité. Explorons notre différence ! Pour cela, ne rejetons pas notre secrète nuit intérieure. C'est un trésor.

Refoulés par la civilisation voulue par l'Église, les Rois et la République, les mythes des Gaulois ont perduré souterrainement. Ils gisent dans les contes et légendes, les vieilles chansons, chères à Nerval, les Vies édifiantes, les romans médiévaux et resurgissent dans nos rêves conformément à leur nature immortelle. Si bien qu'il est possible, en ces temps de perte des repères, d'offrir aux lecteurs ces chants premiers inspirés de l'iconographie antique continentale dont le reflet littéraire brille dans les vieux textes insulaires, irlandais et gallois. Ces récits mythiques, les voici restitués dans leur palpitation authentique. Il suffisait d'endosser le manteau du conteur.

Voici des dieux qui ont laissé leurs noms aux terres gauloises, voici leurs exploits épiques, voici leurs figures mystérieusement familières, voici une mythologie toujours pressentie et enfin recouvrée et révélée. Le dieu qui incarne les Gaulois, Lougous Longue-Main, le protecteur de Vercingétorix, traceur de routes, accourt escorté des autres divinités. Le récit de ses aventures, divinement illustré par Jean Mineraud, inaugure la collection LES HOMMES-DIEUX aux Éditions de La Différence. SuivrontArgantorota Grande-Reine, Cernounnos Torque-d'Or, Nodons Main-d'Argent, Gobannos Feu-Hardi, Ambactos Corps-Dévoué, Nectanos Gardien-des-Eaux, Ollouidios Roue-du-Monde.

Jean-Paul Savignac
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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Dim 8 Déc 2013 - 19:38

Very Happy  il me tarde de le lire.
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Matolitus
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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Sam 6 Déc 2014 - 20:06

Pour continuer le post démarré par Setanta, j'ajouterai que le plus de Jean-Paul SAVIGNAC est de nous faire partager la mythologie celtique sous un prisme adapté à notre mentalité continentale. Les noms de nos dieux et déesses résonnent avec des noms gaulois et l'on a pas de mal à entrevoir leurs "aventures" en des endroits de nos territoires.

Les 7 ouvrages prévus sont regroupés dans une collection "Mythologie gauloise". J'entends déjà des esprits chagrins pour dire que rien ne vaut les ouvrages tirés des textes irlandais ou gallois. Pour penser positif, si ces ouvrages en français une fois achetés, captivent les personnes qui les liront, eh bien ce sera toujours ça qui penchera dans la balance en faveur des Celtes et des Gaulois...



NB : A la fin des 2 ouvrage, le lecteur trouvera un index des noms propres. "Tous les noms cités sont gaulois. Certains ont une valeur inchangée depuis l'Antiquité (Epona, Ogmios, Isara, Matrona, ...) ; d'autres, inspirés des littératures celtiques insulaires, sont soit des homologues antérieurs que l'on s'émerveille de retrouver dans l'onomastique - science des noms propres - gauloise (le gallois Pryderi se reconnait dans le nom gaulois Priterios), soit des rétro-traductions qui recréent un nom à l'aide d'éléments lexicaux gaulois (Argantorrota traduit le gallois Ar(i) anrod), soit enfin des emprunts au stock lexical des noms gaulois subsistants. Au début de cet index, de même une aide pour prononcer les noms propres gaulois à la gauloise. Pas mal pour bon nombre d'entre nous, non ???
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Auetos
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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Dim 7 Déc 2014 - 11:20

Le seul petit reproche que l’on puisse faire est le fait d’écrire « Lougous » au lieu de « Lugus »… personnellement à chaque fois que je me retrouvais devant un nom avec un « ou » je ne savais plus si je devais le lire « o-ou » ou bien « ou ». D’autant plus que dans l’index l’auteur à prit la peine d’expliquer comment lire les mots gaulois.

Une chose aussi… j’ai appris avec grand désarroi que Cenos n’était pas le père de Lugus mais Ollouidios (qui est, selon lui, Gwyon le gallois, nom que j’aurais traduit par Uesos, mais bon) et que sa mère n’était pas Etiona fille de Belaros mais Argantorota. Ça m’a tout tourneboulé  Crying or Very sad  Mais qui sont donc les parents de Lugus ?

Malgré tout, ces deux petits livres sont fort sympathiques et se lisent d’un trait…

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Clyde TriCanauos

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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Mar 30 Déc 2014 - 0:39

Bien le bonsoir.

Entre Noël et nouvel an, les nuits sont plutôt tranquilles à la "mine de sel". Du coup, j'ai au le temps de lire les deux en à peine six nuits, ( attendu que j'ai dû travailler un peu,aussi)...
Avant tout, il faut savoir que je suis totalement parti pris, car je suis très admirateur de monsieur Savignac. J'aime sa façon de penser et d'écrire le gaulois.
J'ai vraiment aimé les deux, parce qu'ils parlaient ma langue, au contraire des textes irlandais ou gallois, avec des patronymes imprononçables.
Grâce à ces deux livres. Je commence à comprendre l'histoire et la généalogie des Dieux de Gaule.
J'ai appris que ma chère Epona était aussi Ana et je confesse que cela me ravit, (sans trop savoir pourquoi).
J'ai été étonné de l'histoire de Kernunnos, par sa nature marine. Pour moi, celui là était un sylvain et très ancien. Je pensais que Kernunnos était antérieur à Ana.

Concernant la prononciation:
Lisant le nom Lug, (avant de lire Savignac), j'avais naturellement pensé "Loug", voir "louk".
"Lug" çà ne me plait pas. Les son en U, en Us sonnant à mon oreille nordique trop latin.
Lougous ou loukous Lougos ou lokous sonnent bien mieux, je trouve.
De la même façon, j'ai de suite adhéré à l'écriture "K" plutôt que "C" préférant ainsi par exemple:
Nemetokenna à Nemetocenna.
Néanmoins cela est sans doute propre à nos cultures actuelles, entre Oc et Oî...
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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Mar 30 Déc 2014 - 10:29

Very Happy  c'est quoi ces méchantes allusions sur la latinité des Gaulois du Sud de la Loire?

comme je suis aussi chauvin que toi, je vais être taquin à mon tour. les U ne sont pas latins ni celtiques, ni d'Oc (nous mettons des "ou" partout)... ils sont français, de Paris, du coeur-mou de la Gaule! comme toi ou moi, un Romain dirait Lougouss, un Irlandais aussi. et d'ailleurs, nos langues d'Oc ne sont pas tant latines qu'on le dit, elles sont restées fidèles à la langue des Troubadours et à leurs origines paysannes pendant que le Français d'Oïl assassinait la belle langue de Rabelais ou l'argot du peuple de Paris en important pendant cinq siècles des tombereaux de mots latins, grecs ou italiens pour asseoir les prétentions littéraires ou scientifiques de ce Créole littéraire sans saveur qu'est devenu le Français. ce U qu'il faut dire avec la bouche en c-l-de-poule (comme les "on" et "an" qui nous amusent beaucoup au Sud de la Loire) a été inventé par une peuplade néo-romaine qui gravitait autour du Roi-Soleil en perruques poudrées et costumes de travellos et se prenait néanmoins pour le nombril du Monde! l'Oc est (ou plutôt était, soyons réalistes) une langue de solides gaillards au sang chaud, les seuls Gaulois qui savent jouer au rugby et ripailler comme il se doit! en fait, on n'ose pas trop vous le dire, mais les Gréco-romains rabat-joie, cartésiens et un peu tapettes, c'est plutôt au Nord qu'au Sud! Versailles, la haute-couture, la coiffure, la philosophie et le champagne, c'est plus Romain que Gaulois!
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Clyde TriCanauos

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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Mar 30 Déc 2014 - 13:30

Heu... Il ne s'agissait nullement d'un quelconque chauvinisme. C'est juste que je trouvais que lougous sonnait mieux que Lugus. Qu'en somme c'était plus joli dit ainsi. (rire)
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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Mar 30 Déc 2014 - 13:45

c'était l'occasion de se marrer un peu! content que ça t'ai fait rire, ça ne visait pas autre chose.
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Clyde TriCanauos

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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Mar 30 Déc 2014 - 13:54

Mon œil! C'était surtout l'occasion de dire du mal des parisiens! C'est rude et injuste pour ces pauvres gens, qui vous font la grâce de vous visiter durant les vacances... (rire)
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Clyde TriCanauos

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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Mar 30 Déc 2014 - 13:56

Pour en revenir au sujet. Il me semble avoir lu quelque part, que le prochain bouquin parlera de Cernnunos.
Connaissez vous les autres divinités qui seront évoquées par la suite?
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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Mar 30 Déc 2014 - 15:55

Clyde TriCanauos a écrit:
J'ai été étonné de l'histoire de Kernunnos, par sa nature marine. Pour moi, celui là était un sylvain et très ancien. Je pensais que Kernunnos était antérieur à Ana.

J’ai été autant surpris que vous en apprenant que Cernunnos notre dieu sylvain symbolisant la nature à l’état brut était un « homme-poisson »… c’est ce qui arrive quand on veut à tout prix faire dire aux textes ce qu’ils ne disent pas.

LUGUS ou LUGOS

Bien que non positionné dans les trois premières générations mythologiques des dieux, Lugus a pris une place prépondérante dans les dévotions des Celtes, au point d’être assimilé à Toutatis en fin d’ère laténienne puis de le remplacer tour à fait chez les Gaulois.

Son nom d'abord : Selon la propension celtique aux jeux de mots dans leur onomastique, ce théonyme comportait plusieurs connotations…

• « Lumineux, splendide » cf lugos = éclat, splendeur et lugos/-a-on // lucos/-a-on, adjectif < radical luc-, variante de leuc- et louc- d'où Loucaios comme épithète théonymique et les variantes gauloise Lucoues et celtibérique Lucobes pour la dénomination collective Lugoues alias Lougouies qui qualifiait ses descendants ou ses hypostases imaginées. Tout ceci était en rapport avec ses imputations solaires.

• « Désiré », cf adjectif lugios/-a/-on

• « Corbeau cf lugus/luogos < *plugos, ce qui faisait des corbeaux son escorte mythologique.

L'évolution de ce nom dans les langues celtiques ultérieures a donné Lug puis Lugh en gaëlique irlandais, Leo en picte, Lleu en gallois et Loh en breton.

Ce Lleu, aussi écrit Llew et ce Leo semblent résulter d’une coalescence au cours de leur évolution britonnique, le second étymon par attraction étant leuo = lion.

Sa généalogie mythique a posé un problème car les schémas médiévaux issus de traditions respectivement goidéliques et cambriennes se superposent passablement mais avec des « plus » et des « moins » dans les nomenclatures des fils et filles du Dagodeuos (Dagda = Math) et de Danu (Dana = Don).

En mythologie irlandaise, Lugh (< Lugus) est fils de Cian (< Cenos) et d’Ethne (< Etania) donc petit-fils de Diancecht (< Deniacacteto) - du côté paternel - et du côté, maternel, petit-fils du Uomorios Balor (< Balaros), lui-même petit-fils de Delbaeth (< Delbatios) et de Dumnu

En mythologie galloise, Lleu (< Lugus) est tantôt fils naturel et tantôt adoptif de Gwydion (< Uedion), - dieu particulièrement magicien - et d’Arianrhod (< Argantoreta) qui, - contrairement à son mari -, le détestait. Ce Gwydion (< Uedion) était frère (entre autres) de Gilwaethwy, dont il avait été complice pour le viol de Goewin (<*Coxsas Meina). Ce Lleu avait un frère jumeau Dylan (> Dliganos) et à eux deux ils constituaient les Lugoui Emni, une paire dans laquelle Dliganos était l'élément « mortel ». Il avait aussi eu un frère aîné Nwyfré (< Nuberos).
C’est ce genre de duo de « gémeaux », qui devint collectivement l’un des noms celtiques anciens de jumeaux, confondus dans l’appellation celtique de la constellation des Gémeaux : Emni Maras > Emain Macha en gaeilge d’Irlande : « les jumeaux de Mara ».

En mythologie Irlandaise, Lug a eu plusieurs tuteurs masculins et une seule nourrice : Tailtiu (< Talantio), fille hypostase de Matrona et aussi donnée comme fille de Mag Mor (< *Magomaros) et épouse d’Eochu mac Erc (< Iuocatuos mapi Ercos).

Compte tenu de ce que la mythologie galloise est encore plus incohérente que l’irlandaise, la solution est de retenir pour Lug alias Lleu, une généalogie qui concilie la généalogie irlandaise et une variante de la cambrienne. Lugus fils de Cenos (> Cian) et pupille de Uedion (> Gwydion). Cenos, étant fils de Deniacactetos (> Diancecht), Lugus avait comme oncles Miacos (> Miach) et Auromiacos (> Oirmiach) et comme tante Armedto (> Airmed), et surtout d’assez nombreux grands-oncles formant - comme l’écrivait Ch.J. Guyonvarc’h - l‘état-major des Toutai Deuas Danunas (> Tuatha de Danann), notamment Gobannio (> Goibniu, alias Govannon) et Uedion (> Gwydion ) et quelques grands-tantes aussi : Argantoreta (> Arianrhod), Arduinna (> Penardun) et « la triple » Brigantia.

Lugus avait un frère aîné : Nuberos (> Nwyvre) (dieu de l’atmosphère et de l’espace.) et un frère jumeau Dliganos (>Dylan) comme indiqué ci-avant.

Lugus, selon la mythologie irlandaise, se trouva tôt quasi-orphelin, sa mère étant séquestrée par Balaros (> Balor), et son père, dans l’impossibilité de s’occuper de lui. C’est pourquoi le Dagodeuos (> Dagda) lui avait assigné plusieurs tuteurs dont Uedion. Il fut alors élevé par Talantio (> Tailtiu) qui fut de-facto une mère adoptive pour lui.

Uedion (> Gwydion) avait pour compagne sa propre sœur Argantoreta (> Arianrhod), détestant Lugus (> Lug // Llew) et usant de sorcellerie pour le brimer.

Son premier mariage tourna mal : sa marâtre Argantoreta (> Arianrhod) avait prononcé une malédiction qui le « condamnait à ne pas avoir d’épouse de la race qui peuple la terre » Son tuteur Uedion (> Gwydion) fit appel à l’aide de l’oncle Matos (> Math) - un avatar du Dagodeuos (> Dagda) - frère de Danuna (> Danu) ; il concoctèrent par magie une femme synthétique à partir de fleurs de chêne, de genêt et reine des prés : ce fut la « femme fleur », « la plus belle du monde » Blotiaueido (> Blodeuwed = aspect de fleur), Blatnath en mythologie irlandaise.

Les amours de Lugus (> Lug /Llew) ne durèrent qu’une saison. Pendant l’absence de Lugus (> Lug/Llew), parti en tournée de visite avec Matos (> Math), elle s’acoquina avec Cronuos (> Gronw Pebyr) qui devint son amant.. Elle complota avec ce dernier de se débarrasser définitivement de son mari pourtant quasi invulnérable.

Un an passa en préparation du meurtre mais l’attentat rata : blessé par un jet d’épieu empoisonné, Lugus (> Lug/Llew) se transforma en aigle et s’envola.

Matos (> Math) et Uedion (> Gwydion) ayant appris ce qui s’était passé entreprirent une recherche et ce fut Uedion (> Gwydion) qui finit retrouver l’aigle en piteux état perché sur un arbre isolé. Uedion (> Gwydion) chanta trois refrains espacés et l’aigle blessé descendit de son arbre précautionneusement en trois temps : après chaque chant de son tuteur, ainsi entrecoupés d’arrêts. Ceci dura jusqu’à ce qu’il fut à portée de la baguette magique de Uedion (> Gwydion) qui put alors lui rendre son apparence anthropomorphique. Après quoi il soigna son pupille jusqu’à ce qu’il eut récupéré sa vigueur. Mth se chargea de punir Blotiaueido (> Blodeuwed) en la transformant en chouette et Lugus (> Lug) revigoré tua Cronuos (> Gronw).

Désormais tout-à-fait adulte, Lugus se révéla impressionnant par son excellence en tous domaines, d’où ses divers surnoms.

Dans ses prouesses mythologiques, on notera surtout qu’il fit tourner en faveur des Toutai Deuas Danunas (> Tuatha des Danann) la décisive bataille du Magos Turatiom (> Mag Tured) contre les Uomorioi ; c’est alors qu’il y tua avec sa fronde son grand-père maternel le géant *Balaros (> Balor), vengeant ainsi la séquestration et la maltraitance de sa mère.

Quelque temps avant, son père Cenos (> Cian) fut traîtreusement assassiné par les trois fils de Tourenos (> Tuireann). C’est plus tard que, de passage sur les lieux du crime que Lugus connut la vérité. Il astreignit en réparation les trois meurtriers : Brennos, Iuocaros et Iuocarobos (> Brian, Iuchar et Iucharba) à une quête leur imposant des épreuves quasi-impossibles qu’ils surmontèrent. C’est à l’issue de celles-ci que Tourenos et ses trois fils trouvèrent leur mort.

Ainsi donc Lugus avait tiré vengeance pour ses parents par la mort de Balaros, grand-père indigne, et par celles des fils de Tourenos meurtriers de son père et celle aussi de leur père, comme responsable de ses enfants..
.
En sus des prouesses de Lugus dans la guerre contre les Uomorioi et de ses vengeances, la mythologie irlandaise ne narre pas de conte similaire au mabinogi. Il est fait seulement mention d’un mariage de Lugus avec un avatar d’Etiona (> Eithne), sa mère ! On est en pleine distorsion du Temps dont bénéficiaient les dieux... et ce n’est pas le seul cas en cette mythologie.

Parmi ses paternités mythologiques, retenons qu’il fut le père caché de Sentantios (> Setanta Cuchulainn), par adultère avec Deχsiutera (> Deichtire) épouse de Sualtamos (> Sualtam = bon père-nourricier). Les aventures de ce dernier héros, élevé par son père putatif Sualtamos, fait l’objet d’une riche mythologie.

Nonobstant la paternité de Lugus, Sentantios a néanmoins pu être tenu pour une hypostase pensable d’Esus, ainsi qu’envisagé par le druide Hesunertus.

Lugus fut aussi le père d’un trio de divinités mineures « les trois cordonniers dorés » nommée « Lugiens » : Lugoues, alias Lucobes, tenus pour tutélaires des confréries de cordonniers celtiques, tant en Gaule qu’en Celtibérie. Parmi ce trio, on ne relève comme noms individuels attestés que ceux de deux d’entre eux : Lugouis Arquienos et Lugouis Tiasos ... quant à celui dont le nom n’est pas identifié, appelons le provisoirement « Arimos » Lugouis, donc « Lugouis aîné »...

En bref…

Lugus est le fils de Cenos, fils de Deniacacteto, fils d’Esradacos, fils de Nettos, fils d’Indastios des Toutai Deuas Danunas. Il est fils d’Etania, fille de Belaros le roi des Uomorioi (ou des Difformes comme le dit Savignac). Lugus est le cadet du céleste Nuberos et est le jumeau de Dliganos. Lugus est enfin le nourrisson de Talantio, fille de Magomaros et pupille de Gobannos. Il est aussi le père de Setantos-Cuculantios

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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Mar 30 Déc 2014 - 18:47


MERCI pour ce fantastique tableau d'ensemble qui sera d'une bonne aide pour nous tous!
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Clyde TriCanauos

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MessageSujet: Re: Lougous Longue-Main   Mar 30 Déc 2014 - 18:56

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Lougous Longue-Main
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