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 Langue profane et langue sacrée

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Fergus



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MessageSujet: Langue profane et langue sacrée   Ven 24 Fév 2006 - 17:09

Voici des passages d'un article de Christian-J. Guyonvarc'h, paru dans la revue Connaissance des Religions, tome XI, en 1995, intitulé Langue profane et langue sacrée. Il est du plus haut intérêt pour tous les celtisants qui prétendre avoir une vue traditionnelle des choses...

Citation :
LANGUE PROFANE ET LANGUE SACREE

Christian-J. Guyonvarc'h


Les réflexions, constatations ou considérations qui suivent tirent leur origine des quelques pages de René Guénon parues sous le titre A propos des langues sacrées, in Etudes traditionnelles, n° 259, 1947, p. 125-129. Mais alors que René Guénon était en mesure de proposer une définition générale de la langue sacrée, comprise aussi comme une langue primordiale, en quelques pages, la situation, assez particulière de la Tradition celtique nous contraint à traiter la question en partant de définition profanes et “universitaires” puis à mettre les choses au point suivant notre propre expérience du monde celtique.
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Fergus



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MessageSujet: Re: Langue profane et langue sacrée   Ven 24 Fév 2006 - 17:11

Citation :
1.- LINGUISTIQUE ET PHILOLOGIE

Dans le très large éventail des sciences dites “humaines” et que nous serions souvent tenté de nommer “profanes”, il est en effet assez souvent question de “philologie” et de “linguistique”. Et il arrive fréquemment que les deux termes soient employés l'un pour l'autre. Mais ce qu'ils désignent est en réalité si différent qu'il existe des universitaires sérieux qui prennent grand soin de préciser qu'ils sont linguistes et non philologues, tant la philologie est devenue, à leurs yeux, une discipline secondaire et périmée, voire négligeable. Et dans la plupart des universités américaines et européennes on trouvera des chaires de linguistique au modernisme parfois fracassant où sont enseignés les derniers développements des doctrines issues de la linguistique dite générale ou structurale, en liaison beaucoup plus souvent avec la sociologie, la psychologie, voire la psychiatrie qu'avec la grammaire pure. Dieu nous garde de dénigrer qui que ce soit mais il arrive que ce fait si mouvant et si fluctuant qu'est le langage soit traité par toute la rigueur d'équations mathématiques ou de règles de physique. C'est oublier que, du point de vue qui est le nôtre, la grammaire est une contingence cependant que la parole est supérieure à l'écriture et que la pensée est supérieure à la parole. Nous voulons dire par là, d'emblée, qu'une langue sacrée comme le sanskrit ne peut se définir que par elle-même, le sens ou la valeur d'un mot sanskrit ne s'expliquant intégralement que par des commentaires en sanskrit, définition qui ne peut ni ne doit, en aucun cas, être reportée ou appliquée à une langue “profane”, sauf par approximation. Par définition extrinsèque, elle échappe donc aux investigations du linguiste et reste au mieux objet d'étude de la part du philologue : c'est ce qui explique les divergences, parfois considérables, entre les interprétations traditionnelles de René Guénon et celles de quelques indianistes français ! Et, en partant de faits de langue qui sont d'ordre “mécanique” ou physiologique on emprisonne dans le carcan d'un système des problèmes ou des faits de langage qui, précisément, échappent à la rigueur des formules. Ce n'est non plus médire de personne que de constater le fait. La Société de Linguistique de Paris avait même jadis pour article premier de ses statuts la précision que ses membres pouvaient s'occuper de tout ce qui leur plaisait, à l'exclusion de toute considération sur l'origine du langage, ce qui aurait dû être, bien évidemment, le point le plus intéressant du programme des discussions. Y avait-il une raison philosophique ou “universitaire” ? Sans doute. Cette interdiction ne prétendait certes pas pallier les inconvénients issus de la multiplicité des langues et des dialectes car il est bien évident que la Tradition primordiale n'a jamais fait l'objet d'une réflexion linguistique, hypothétique ou théorique, dans un quelconque institut d'Europe ou d'Amérique mais cette limitation plus dogmatique que doctrinale a probablement évité qu'on ne recherchât trop souvent l'origine des langues parlées en Europe au XX° siècle en utilisant les borborygmes des chimpanzés d'Afrique ou en restituant les premiers cris articulés des australopithèques. Quelles langues parlait-on en Europe occidentale ou centrale au paléolithique supérieur ? Nous n'en saurons jamais rien mais ce n'était certainement pas des langues indo-européennes et probablement pas des langues sacrées ou liturgiques. De toute façon une appréciation, si ce mot n'est pas faux, de la Tradition primordiale passe nécessairement très au large de l'évaluation éventuelle des capacités techniques et “intellectuelles” des âges lithiques. Comment “évaluer” la spiritualité et l'intelligence de gens que nous ne connaissons que par l'archéologie et un certain nombre de gravures ou de peintures rupestres ? C'est déjà une énorme lacune, impossible à combler, des sciences dites “humaines” : il n'y a pas et il ne peut pas y avoir de préhistorien linguiste et encore moins philologue en dépit de l'acharnement de beaucoup de linguistes à trouver un peu partout dans la toponymie de l'Europe occidentale ou centrale des racines “pré-indo-européennes”, voire “pré-celtiques”. Et qu'y a-t-il au delà du pré-celtique ? La vérité nue, si nous pouvions la découvrir, nous décevrait peut-être cruellement. Autant se demander maintenant quelle langue parlaient Adam et Eve : certains érudits irlandais du Moyen Age étaient sûrs que c'était le gaélique, parce que c'était l'une des soixante-douze langues fondamentales antérieures à la tour de Babel. D'autres, en Bretagne péninsulaire, au XIX° siècle encore, pensaient tout naturellement au breton. Dieu le père lui-même parlait gallois, au Pays de Galles s'entend. La Bible est nécessairement muette sur ce point.

La différence entre les individus accentue celle qui sépare les disciplines mais il est au moins quelques frontières nettes. Nous dirons alors que le philologue étudie des textes, quelle qu'en soit la nature, c'est-à-dire la partie signifiante du langage, alors que le linguiste recherche et étudie tous les phénomènes de la partie physique de la langue, que ce soit un idiome, un dialecte ou un simple patois. Par exemple la phonétique expérimentale relève du linguiste, de même que l'étude fonctionnelle de la structure syntaxique. Par contre la critique textuelle appartient en propre au philologue, au même titre que la stylistique ou la sémantique. Et si le philologue s'attribue des relations privilégiées avec la linguistique historique ou la grammaire comparée, le linguiste sera plus à l'aise dans l'étude des faits physiques de la phonation ou dans celle de la quantité vocalique. Quand il y a conflit, c'est le plus souvent à propos de syntaxe ou de morphologie : le philologue s'en tient le plus possible aux critères classiques de classement et de définition cependant que le linguiste généraliste utilise ou propose des systématisations et des explication théoriques qui tiennent plus souvent compte d'une certaine philosophie du langage que de l'histoire de la langue. La brochure de Staline, A propos du marxisme en linguistique (Editions de la Nouvelle Critique, Paris, 1951) est ainsi très loin d'être absurde mais elle se fonde sur le postulat qu'il n'y a pas de langue de classe dans une société sans classe, ce qui consiste à ne pas tenir compte des différences de nature entre la langue sacrée et la langue profane ou entre les divers degrés de correction de la langue parlée ou écrite, pour ne rien dire de la tripartition indo-européenne. En soi donc, et du point de vue traditionnel, certaine théories de la linguistique générale sont un risque et non un mal absolu mais la logique n'y trouve pas toujours son compte. Disons par exemple que la notion d'adverbe et d'adjectif n'est pas exactement la même si l'on étudie des langues aussi différentes entre elles que le français, le breton ou la chinois mais qu'on ne saurait traiter de la même façon, dans une langue donnée, le langage élémentaire d'un illettré, le langage d'un technicien et celui d'un lettré. Le degré de correction relative ou absolue chez un locuteur donné est un facteur sûr d'identification et d'évaluation. Cependant, dans l'histoire des sciences dites "humaines" et que nous appellerions empiriques encore plus volontiers que profanes, la linguistique est relativement jeune puisqu'elle ne remonte pas plus haut que le début du XIX° siècle. Elle tire une bonne partie de ses méthodes du positivisme de ce siècle et cela explique une bonne part de ses errements et de ses hésitations. Cela explique aussi le clivage antitraditionnel de la langue comprise, non pas comme un moyen d'expression ou une preuve d'intelligence, mais comme une sorte de mathématique ou encore comme le seul résultat du jeu et de l'évolution des lois physiques ou physiologiques.

Autrement dit, si nous nous en tenons aux fractures contemporaines, la séparation réelle et définitive de la philologie et de la linguistique date de la seconde moitié du XIXème siècle, la philologie se voulant plus "littéraire" et la linguistique cherchant à être plus "scientifique", distinction fallacieuse au demeurant, la "littérature" étant déjà un savoir et la linguistique étant encore une littérature. Mais alors que l’idéal d’un philologue du XIXème ou du XXème siècle est de savoir à la perfection les langues qu’il étudie, il est actuellement des linguistes généralistes qui étudient avec autant de brio, sans jamais parler ou écrire une autre langue que le français ou l’anglais, indifféremment la phonétique du bantou, du malgache ou du hongrois, voire de l’irlandais ou du quechua. La théorie l’emporte sur la pratique et la bonne vieille linguistique comparée indo-européenne d'un Emile Benveniste ou d’un Antoine Meillet, la très sérieuse grammaire comparée des langues classiques d’un J. Vendryes sont remplacées, pour le plus grand désarroi des étudiants, par des mètres de linguistiques variées – un clou chasse l’autre – qui, du “vouloir dire” au “vouloir comprendre”, nous apportent la confusion d’une nouvelle tour de Babel, les mêmes mots changeant souvent de sens d’un système à l’autre.

Il va sans dire, répétons-le, que, du strict point de vue traditionnel, tout cela n’a pas grande signification, est presque dépourvu de sens et, pour ainsi dire, est sans utilité, du seul fait que ces linguistiques nouvelles, à la différence de la philologie, de la linguistique historique et de la linguistique comparée, sont basées presque toujours sur l’état de la langue à l’époque contemporaine, c'est-à-dire sur l’aboutissement d’une évolution au terme de changements intervenus en fonction du lieu et du temps et qui, pire encore, non seulement ne sont pas achevés mais interviennent de plus en plus vite. Quand Emile Benveniste, dans les deux volumes de son Vocabulaire des Institutions Indo-Européennes remonte très haut dans le passé pour expliquer des notions communes de droit, de société, de famille, de technique ou de gouvernement, il est presque traditionnel (il est vrai qu’il a été enlevé par Sylvain Lévi d’une école rabbinique au sortir de l’enfance et cela a donné, ironie des vocations, l’un de nos meilleurs spécialistes de l’indo-européen, celui qui n’est pratiquement contesté par personne, surtout pas par nous !). En tout cas il s’est démarqué à l’avance de ce qu’il est convenu d’appeler la sociolinguistique ou la psycholinguistique, lesquelles consacrent à des variations superficielles ou à des états pathologiques du langage, qui changent à l’infini suivant les groupes ou les individus. L’aphasie relève ainsi, selon nous, beaucoup plus du médecin, qui essayera d’en déterminer les causes et d’en atténuer les manifestations, que du linguiste qui se bornera à en décrire les effets à travers les diverses détériorations de la norme usuelle de la langue écrite et parlée.


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Fergus



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MessageSujet: Re: Langue profane et langue sacrée   Ven 24 Fév 2006 - 17:14

Citation :
2. LANGUE SACREE ET LANGUE PROFANE

Et nous touchons là du doigt la distinction, impossible à comprendre et à admettre pour la plupart des linguistes, et encore plus fermée aux gens du commun, entre langue sacrée et langue vulgaire, entre langue sacrée et langue liturgique, entre langue liturgique et langue profane, distinction beaucoup plus forte encore qu’entre langue savante et langue littéraire ou entre langue de culture et langue populaire. Il n’en est pour ainsi dire jamais question d’une manière complète dans les manuels des spécialistes et les mentions éventuelles sont aussi floues que celles qui concernent l’initiation dans les manuels d’histoire des religions. On est bien contraint d’admettre que l’argot des prostituées de Pompéi n’a pas grand chose de commun avec le latin de Cicéron mais on n’a jamais trop cherché à savoir si la langue de l’Eglise chrétienne primitive n’avait pas, par hasard, quelques racines dans le vocabulaire liturgique de la vieille religion romaine. C’est peut-être à ce propos de langue que, fortuitement et globalement, l’Orient spiritualiste manifeste sa supériorité sur l’Occident matérialiste et positiviste puisque, pour désigner de très nombreux faits de phonétique et de syntaxe des langues indo-européennes – le plus souvent occidentales – on a communément sinon généralement recours à des termes techniques empruntés à la grammaire sanskrite de Panini, en dehors évidemment de tout symbolisme. On fait état ainsi de samdhi, de dvandva ou de svabharakti, faits que les Européens ont seulement appris à comprendre après avoir découvert le sanskrit au début du XIXème siècle. Autrement, nous en serions peut-être encore, comme les celtomanes des XVIIème et XVIIIème siècles, à expliquer le français par le breton et le breton par l’hébreu ou le tahitien.

En ce sens, la philologie et la linguistique indo-européennes sont filles de l’Inde mais, engoncées dans des méthodes positivistes issues de la Renaissance et du « siècle des lumières », elles n’ont pas tardé à le trahir, en particulier en refusant tout l’aspect symbolique, lequel est primordial : le nirukta indien, assimilé indûment à l’étymologie analogique (qui a eu cours en Europe jusqu’à la fin du XVIIIème siècle !) est devenu, pour les Occidentaux qui n’en comprennent ni la démarche ni la finalité, une science inutile et ridicule (nous renvoyons à ce sujet à notre article Keltische Wortsymbolik, in Kairos, Zeitschrift für Religionswissenschaft, tome 3, Salzburg, 1963, p. 189-197). Mais quand on a lu Isidore de Séville ou Varron, on les trouve tout aussi ridicules, sinon plus, et leur science est désuète et périmée. A vrai dire, là comme ailleurs, le trait premier de la science « humaine » est son instabilité, sa variabilité et son incertitude.

De là vient que, dans tous les manuels et tous les travaux scientifiques contemporains il n’est jamais fait la moindre distinction entre le sacré et le profane : toutes les langues, quelles qu’elles soient, dans tous leurs états, anciens et modernes, sont traitées avec les mêmes méthodes et suivant les mêmes principes évolutionnistes. On admet, par la force des choses, que les prakrits sont issus du sanskrit, que les langues romanes sont nées de la décomposition du bas-latin. Mais que le sanskrit soit, pour l’éternité, une langue sacrée sans devenir pour autant une langue morte, et que le latin soit resté une langue liturgique, même si le latin des clercs du Moyen Age est quelque peu différent (parce qu’il était encore la langue véhiculaire d’un enseignement !), cela n’implique aucune conséquence pour l’étude linguistique et contemporaine. On objectera toujours que, si le latin liturgique n’a pas évolué depuis le IVème siècle de notre ère, ce n’est pas parce qu’il est devenu la langue de l’Eglise, c’est parce qu’il est une langue morte. Mais le latin n’est vraiment mort qu’à la Renaissance, quand les érudits ont substitué la latin classique au latin médiéval. En outre, la notion de « langue morte » est dépourvue de tout sens dans le cas d’une langue sacrée ou plus simplement liturgique, laquelle reste vivante in principio tant qu’elle est connue, apprise et transmise sans changement par les docteurs initiés. Cela est peut-être sans incidence sur l’étude des langues que leur passé ne rattache à aucune tradition, comme c’est le cas pour la majorité des langues actuelles de l’Europe.


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MessageSujet: Re: Langue profane et langue sacrée   Ven 24 Fév 2006 - 17:17

Citation :
3. LE CAS PARTICULIER DES LANGUES CELTIQUES

Mais, dans le cas très particulier des langues celtiques nous n’avons jamais vu, dans aucun manuel, que soient mentionnées les distinctions qualitatives marquées par le destin :
- L’irlandais du haut Moyen Age est encore une langue savante mais il est déjà en position secondaire par rapport au latin qui est la seule langue liturgique de la chrétienté occidentale et la langue érudite par excellence de tout le clergé. L’irlandais perdurera en tant que langue littéraire jusqu’à la fin du XVIIIème siècle pour tomber ensuite à l’état de langue populaire.
- Le gallois a été, depuis le haut Moyen Age, une très belle langue littéraire. Il a été le moyen de la Réforme à partir du XVIème siècle mais cette Réforme, d’un bout à l’autre, n’a jamais eu de langue liturgique remplaçant le latin dont elle avait aboli l’usage.
- Le breton est tombé, depuis le Xème siècle environ, à l’état de langue populaire, et même essentiellement rurale, usitée et écrite par le bas-clergé aux seules fins d’apostolat.

Mais, aucune de ces langues dites néo-celtiques parce qu’elles apparaissent dans l’histoire postérieurement à la fin de l’Antiquité, n’a jamais été une langue sacrée ou une langue liturgique. La raison en est que la conversion des Celtes insulaires au christianisme est antérieure à l’apparition des formes linguistiques néo-celtiques et que la langue liturgique des chrétientés celtiques a tout de suite été le latin. La traduction galloise de la Bible est une langue magnifique mais elle n’a rien de liturgique ou de sacré par plus que n’est liturgique ou sacré du chant grégorien traduit en breton ou en français.
Une seule langue celtique a pu être sacrée au même titre que l’hébreu, l’arabe ou le sanskrit : le gaulois ou celtique continental parlé en Gaule et dans une partie importante de l’Europe occidentale jusqu’à la conversion totale au christianisme vers le tournant du VIème siècle. Malheureusement cette langue a disparu en même temps que la tradition dont elle était le moyen d’expression et de transmission. Quelques survivances sporadiques ou tardives ne changent rien à cette constatation.

Certes, nous ne sommes pas totalement ignorants du gaulois : la phonologie est relativement bien connue grâce aux comparaisons avec les langues celtiques actuelles ; le vocabulaire est encore assez abondant, encore qu’il soit très lacunaire, et pour cause : tout le vocabulaire intellectuel de la réflexion et de la pensée nous échappe. Nous disposons, en cette fin du XXème siècle, d’un peu plus de trois cents inscriptions réparties entre le sud de la France, l’Italie du Nord et l’Espagne septentrionale et orientale. Nous avons quelques idées assez précises sur la déclinaison et de vagues lueurs sur le système verbal. Mais nous n’avons aucune notion sérieuse de la syntaxe et toute reconstruction ou reconstitution, même vraisemblable reste hypothétique. Il ne saurait être question de bâtir une phrase, même de trois mots : les quelques témoignages épigraphiques qui contiennent la suite grammaticale logique du sujet, du verbe et du complément ne sont ni assez clairs ni assez nombreux. Il faut déjà toute la science d’un celtisant expérimenté pour identifier les mots et le sens d’une inscription aussi brève que celle de Banassac, sur une paroi de coupe à boire : nessamon delgu linda « (je) contiens la bière des suivants », sous-entendu « ne buvez pas tout ».

Et ce n’est pas en partant du celtique insulaire attesté au Moyen Age que l’on tentera une reconstitution du gaulois : les langues celtiques ont subi une transformation analogue à celle du latin devenu du roman. De langues synthétiques elles sont devenues analytiques : simplification ou perte des déclinaisons, réduction du nombre des temps et des modes de conjugaisons, emploi généralisé de l’article défini (issu du démonstratif) et des prépositions.


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Fergus



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MessageSujet: Re: Langue profane et langue sacrée   Ven 24 Fév 2006 - 17:17

Citation :
4. L’IMPOSSIBILITE DE TOUTE TRANSMISSION TRADITIONNELLE CELTIQUE

Les celtisants sont donc dans la situation qui serait celle des romanistes s’ils ne savaient pas le latin. La coupure est totale depuis la fin de l’antiquité (au tournant du V° siècle) entre la langue sacrée et les « prakrits » qui en sont issus, c’est-à-dire les langues néo-celtiques. Nous possédons, certes, des éléments remarquables de vocabulaire religieux. Tous sont intéressants au plus haut point, surtout ceux qui montrent la parenté du celtique et du sanskrit à propos de notions fondamentales du culte et de la doctrine. C’est ainsi qu’à l’irlandais cretim « croyance, foi », correspond le sanskrit sraddha « confiance dans les vertus de l’offrande ». Mais ces éléments ne nous livrent pas, à eux seuls, toutes les clefs d’une doctrine minutieusement organisée ou de rituels rigoureusement décrits. Ces circonstances n’entament guère l’infinie confiance en soi du positivisme universitaire, toujours en retard d’une recherche ou d’une méthode, et que, en l’occurrence, on ne pourra guère accuser de verser dans les fantaisies ou les inventions néo-druidiques. Mais elles ont pour conséquence grave que tous les textes doctrinaux, dogmatiques ou rituels du néo-druidisme sont entachés, soit de fausseté, soit de parodie, et sont dénués de toute valeur traditionnelle. Le Barddas gallois de William Ab Ithel ou les Iolo Manuscripts de Iolo Morganwg sont ainsi des textes apocryphes, lesquels n’ont rien de sûr, de même qu’une partie de la Myfyrian Archaiology of Wales, cependant que les rites et les rituels, en anglais, en français, en gallois, en cornique ou en breton ou dans toute autre langue, de toutes les organisations bardiques ou néo-druidiques de Grande-Bretagne, de la péninsule armoricaine et du continent européen n’ont aucune base crédible. Le seul emploi de l’expression « collège druidique » passe condamnation pour cause d’ignorance. Il est caractéristique d’ailleurs que nous ne connaissions aucun rituel néo-druidique en irlandais. Le breton surtout étant, depuis les environs du X° siècle, une langue exclusivement populaire, est incapable de nous avoir transmis quoi que ce soit : la littérature proprement dire commence, timidement, vers le second quart du XIX° siècle et la langue n’a été écrite, à partir du XVI° siècle, qu’à des fins d’édification religieuse pour le seul bénéfice de l’Eglise ! Un autre argument, négatif à cet égard, est que les immigrants bretons arrivant en Armorique, approximativement entre les IV° et VI° siècles, étaient convertis au christianisme depuis deux ou trois siècles. Ils n’ont pu retransmettre ce qu’ils n’avaient pas conservé, hormis quelques réminiscences folkloriques. et le gallois, à partir du XVI° siècle, a servi de véhicule à la réforme, ce qui classe la question.

Déplorons au passage l’entêtement de certains de nos collègues gallois à refuser toute publication des textes apocryphes. A proprement parler, ces textes sont sans valeur mais leur quasi clandestinité laisse le champ libre à toutes les divagations des psychopathes néo-druidiques, permet toutes les confusions et toutes les facilités des pires déliquescences intellectuelles. Car c’est à lire ces écrits prétendument druidiques, antiques et traditionnels que l’on comprend de quoi il s’agit. Par comparaison, trop facile peut-être, c’est l’Institut d’Etudes Slaves qui a assuré la publication (et la traduction) par A. Vaillant, professeur au Collège de France en 1952 du Livre des secrets d’Henoch, un évangile apocryphe chrétien en vieux-slavon. Or, le Collège de France n’est pas une institution où il est coutume de s’adonner à des divertissements frivoles. Mais à quoi rêvent parfois certains celtisants européens, si ce n’est plus souvent qu’il ne le faudrait au gaulois restitué qui est, bien entendu, le plus facile à apprendre ?

En tout cas, la transmission de la langue sacrée celtique et de l’initiation druidique n’aurait pu se faire à travers les deux ruptures, non pas de l’archéologie, mais de l’histoire, que sont, premièrement, la conquête de la Gaule par César et, secondement, l’implantation définitive du christianisme à la pace du paganisme officiel romain. Il suffit déjà de consulter les documents épigraphiques (près de cent mille inscriptions gallo-romaines !) et l’on s’aperçoit que, dès la création de la grande fête d’Auguste à Lugdunum (Lyon) en l’an 10 de notre ère en lieu et place de la grande assemblée gauloise, dont nous ignorons le nom celtique, du Concilium Galliarum, tout était terminé par la domestication de la petite noblesse gauloise, latinisée à outrance.

Nous regrettons d’être dans l’obligation de le préciser, alors que cela devrait aller de soi : un druide authentique, si jamais il en existait un, serait tenu de savoir le celtique de l’antiquité de la même façon qu’un rabbin doit savoir l’hébreu, un soufi l’arabe et un brahmane le sanskrit. Une telle condition ne peut évidemment être remplie désormais par personne et c’est la principale raison pour laquelle il ne peut y avoir, au moins depuis la conversion de l’Irlande par saint Patrick, au début du V° siècle, aucun druide véritable puisque ce sont les druides et les filid qui, de leur propre aveu, ont constitué le premier « personnel sacerdotal » du christianisme irlandais. Quant aux druides gaulois (et on peut en dire autant des druides bretons de la Bretagne insulaire), ils ont disparu devant la religion officielle romaine et avec la romanisation triomphante, lentement achevée par le christianisme entre les IV° et V° siècles. A l’époque de Grégoire de Tours la langue gauloise appartient au passé cependant que les pagani sont une survivance et non une société consciente et organisée. Prétendre détenir une initiation druidique, laquelle aurait été transmise dans le plus grand secret jusqu’au début du XVIII° siècle, est au moins une grave illusion et, au pire, un mensonge caractérisé. Aucune transmission n’est possible par l’intermédiaire d’une quelconque église chrétienne, si antique soit elle, pour la simple raison que l’initiation chrétienne efface toutes celles qui l’ont précédée. Il aurait fallu au moins que la langue de l’initiation fut transmise. Or, qu’on le veuille ou non, la seule langue liturgique de l’Occident chrétien, pays celtiques compris, est le latin et René Guénon a jadis fait remarquer que la seule langue sacrée du christianisme est l’hébreu ! Il n’y a pas non plus de droit chrétien analogue au droit islamique, c’est le droit romain qui en a tenu lieu.

Au sens littéral des mots, les langues celtiques actuelles sont toutes des langues profanes et elles ne sont donc ni liturgiques, ni sacrées parce qu’elles ne peuvent pas l’être ni l’avoir été : le gaulois avait disparu que l’irlandais n’existait pas encore en tant que langue constituée. Il est symbolique et révélateur à la fois que le premier document rédigé en vieil-irlandais soit, en 636, une homélie conservée à la bibliothèque de Cambrai. Et vers cette même époque, tous les dialectes brittoniques, bretons, gallois ou corniques étaient des parlers encore privés de littérature écrite (les premières gloses galloises apparaissent vers le VIII° siècle !). Les bardes gallois sont, d’autre part, à partir du IX° siècle environ, une maigre trace de l’existence d’une classe sacerdotale fondue dans le christianisme cependant que, dus le Moyen Âge, le breton avait perdu, définitivement, et le nom du barde dans son sens premier (barz, en moyen-breton, dès le XV° siècle, ne signifie plus que « mime, jongleur » et, actuellement, n’est plus attesté qu’en patronymie), et le nom du druide. Il est peut-être caractéristique encore des innombrables anomalies ou étrangetés de la société irlandaise du très haut Moyen Âge que l’ex-classe sacerdotale des druides, formant l’essentiel ou l’armature du premier « personnel » du clergé chrétien, ait voulu oublier une langue sacrée archaïque pour adopter, par respect des Ecritures, une langue étrangère qui n’était plus que liturgique. Cela pourrait rendre compte, dans une certaine mesure, des innombrables bizarreries du vocabulaire du christianisme irlandais. On pourrait même s’étonner, en dehors de tout fait linguistique, de la mésaventure de saint Patrick qui, voulant détruire, dans la plaine de Mag Slecht, la grande idole d’Irlande, est trompé par un démon qui tourne la pierre au moment où le saint va la frapper, ce qui fait que la crosse atteint le côté droit, et que la pierre est toujours debout (voir Les Druides, éd. 1986, p. 303). Mais jamais aucune étude n’a été entreprise sur tout cela.

Les circonstances de la christianisation expliquent aussi qu’il y ait au moins deux niveaux dans les textes insulaires : un premier niveau qui est celui des premières transcriptions, dans lesquelles est sensible le début du processus de dégradation du mythe préchrétien, et un second niveau qui est celui d’interférences chrétiennes plus nombreuses et d’une cohérence moins grande du récit. Le reste est affaire d’appréciation sur pièces.

On pourrait par exemple évoquer toutes les navigations irlandaises qui décrivent en général un paradis proche du sid préchrétien, beaucoup plus rarement un enfer hypothétique, et ignorent totalement le Purgatoire qui n’a été inventé que vers le XII° siècle (voir à ce sujet le livre remarquable de Jacques Le Goff, La naissance du Purgatoire). Les textes apocryphes gallois arrivent évidemment très loin derrière ces documents irlandais dans l’échelle des valeurs. Mais ils ont au moins un contenu qu’il faut connaître et, surtout, ramener à ses justes dimensions.
Une autre raison péremptoire de l’impossibilité de l’existence actuelle des druides est l’absence, depuis la christianisation, de tout roi celtique susceptible de faire couple avec le druide dans l’exercice conjoint de la souveraineté (voir Les Druides, éd. 1986, p. 107-120). La souveraineté conjointe du druide (autorité spirituelle) et du roi (pouvoir temporel) a passé, depuis la christianisation, au Christ-Roi ou à ses représentants, et toute idéologie préchrétienne a disparu. Le fait que certains groupes néo-druidiques soient greffés ou se prétendent greffés sur la franc-maçonnerie ne change rien à l’affaire : spéculative ou opérative, la maçonnerie dispense une initiation artisanale et non sacerdotale. Aucune loge n’a conservé ou retrouvé, à ce qu’il nous semble, la langue technique des Celtes de l’Antiquité. Et du fait de l’existence de la « Mère », la franc-maçonnerie du bois s’apparente plus au compagnonnage qu’à autre chose.

Tout cela s’ajoute, comme raison dirimante, à la triple rupture, politique, linguistique et religieuse de la Gaule romaine avec son passé celtique. Il reste la sorcellerie, parfois réellement nuisible et toujours maléfique, de certains néo-druides, qui se disent aussi « chamanes ». Mais s’il suffit de s’adonner aux joies faciles et douteuses du Petit ou du Grand Albert pour être « druide », n’importe qui peut s’affubler du titre et l’imprimer sur ses cartes de visite. Ce ne sera jamais que de l’imposture ou de l’abus de confiance. Rappelons que la magie est toujours la partie inférieure ou « résiduelle » d’une tradition. Les druides de l’Antiquité ont certainement été, à leur époque, ceux qui connaissaient le mieux la magie et le surnaturel, mais aussi ceux qui en abusaient le moins.
En outre, et c’est déjà un argument définitif, la fait linguistique est recoupé par une donnée traditionnelle que nous n’avons jamais vue notée par les linguistes de notre temps : à la fixité du druide, tourné comme le brahmane vers la contemplation et la méditation, correspond la mobilité du guerrier tourné vers l’action et capable de sentiments changeants et fugitifs et la variabilité des mots qui servent, en celtique au moins, à le désigner (voir René Guénon, Etudes sur l’hindouisme, Paris,, 1966, p. 13-14).

La morphologie confirme la constatation : le nom du druide, de la Gaule préromaine du Ier siècle avant notre ère à l’Irlande médiévale du XV° siècle, reste inchangé à la désinence près, ce qui est en soi un fait sortant de l’ordinaire. Le gaulois druis/druides, attesté par le De Bello Gallico de César, VI, 13, est continué fidèlement par le drui/druid de l’irlandais médiéval, lequel suppose, comme le gaulois, un do-ro-wid-es « très savants », avec des préfixes ou des particules augmentatifs et un radical wid- « savoir ». Et si l’irlandais moderne draoi ne signifie plus que « sorcier », c’est que le sens s’est dégradé sous l’influence du christianisme qui a rejeté en bloc tout le « druidisme » dans le champ de la sorcellerie.

Un autre signe caractéristique est que le nom du druide s’est maintenu en gallois avec derwydd, au prix d’une homonymie avec le nom du chêne (derw), mais il s’est perdu en breton où l’équivalent darguid ne signifie plus dès le vieux-breton que « pythonicus » et où « druide » se traduit, soit par l’emprunt au français druide, soit par celui du druis de César, transcrit drouiz, puis imposé par l’usage par quelques dictionnaires récents. Mais, même passé par l’intermédiaire d’un auteur latin dans le lexique et bien qu’il soit dépourvu de toute valeur traditionnelle, le mot est encore celtique.

Il est assez piquant de constater, par comparaison immédiate, que l’un des mots irlandais les plus fréquents désignant le guerrier n’est même pas indigène : c’est laech, le héros, emprunté au latin d’église laicus, mot qui désigne à l’origine toute personne « laïque », c’est-à-dire portant l’épée et n’ayant pas embrassé l’état religieux. C’est ce que nous avons appelé un fait de « laïcisation » du vocabulaire celtique, étant bien entendu que tout le vocabulaire celtique primitif est à résonances sacrées et que la laïcisation, nous n’osons dire la « désacralisation » du vocabulaire préchrétien, est synonyme de christianisation.

Nous ne savons évidemment pas jusqu’à quand les Celtes continentaux et insulaires ont possédé et pratiqué une langue sacrée commune, laquelle pouvait ne plus être depuis très longtemps la langue quotidienne de chacun. Il fallait bien que les druides gaulois allant compléter leur initiation en Bretagne insulaire selon César ou les filid écossais se rendant en Ecosse suivant d’assez nombreux témoignages textuels, dussent capables de comprendre leurs instructeurs. Le malheur est que, pour nous, le « goidélique » le plus ancien, nommé désormais « primitive irish » par les linguistes insulaires, est déjà un état de langue néo-celtique. Rappelons-nous toutefois que les Gaulois et les Bretons du temps de César se comprenaient sans difficulté et que, vers le premier tiers du V° siècle, saint Patrick qui, paraît-il, était breton, avait apparemment appris sans trop de peine le gaélique de la cour de Tara.
Il y avait enfin, plus complexe et moins évident, mais beaucoup moins abordable encore aux profanes, le langage spécial que les druides et les filid d’Irlande utilisaient entre eux et, sans doute, pour communiquer avec les dieux. Il en reste assez de traces pour que nous sachions avec précision en quoi consistait le berla filid ou « langue des poètes », souvenir d’une langue spéciale, dépendant d’une technique sacrée, que personne ne comprenait, hormis les poètes officiellement reconnus, et qui a dû avoir son pendant en Bretagne insulaire et en Gaule. Nous sommes loin de tout savoir mais nous en savons assez pour présumer que tout cela était bien dans la norme traditionnelle – et indo-européenne – d’une langue sacrée, comprise par un nombre restreint d’initiés, qui, tant que la Tradition perdure, est préservée de l’évolution et donc de la mort auxquelles sont condamnées, inexorablement, à plus ou moins long terme, toutes les langues profanes.
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Castelodumnos
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MessageSujet: Re: Langue profane et langue sacrée   Jeu 10 Nov 2011 - 13:39

Fergus a écrit:
Citation :
3. LE CAS PARTICULIER DES LANGUES CELTIQUES

[...]
Certes, nous ne sommes pas totalement ignorants du gaulois : la phonologie est relativement bien connue grâce aux comparaisons avec les langues celtiques actuelles ; le vocabulaire est encore assez abondant, encore qu’il soit très lacunaire, et pour cause : tout le vocabulaire intellectuel de la réflexion et de la pensée nous échappe. Nous disposons, en cette fin du XXème siècle, d’un peu plus de trois cents inscriptions réparties entre le sud de la France, l’Italie du Nord et l’Espagne septentrionale et orientale. Nous avons quelques idées assez précises sur la déclinaison et de vagues lueurs sur le système verbal. Mais nous n’avons aucune notion sérieuse de la syntaxe et toute reconstruction ou reconstitution, même vraisemblable reste hypothétique. Il ne saurait être question de bâtir une phrase, même de trois mots : les quelques témoignages épigraphiques qui contiennent la suite grammaticale logique du sujet, du verbe et du complément ne sont ni assez clairs ni assez nombreux. Il faut déjà toute la science d’un celtisant expérimenté pour identifier les mots et le sens d’une inscription aussi brève que celle de Banassac, sur une paroi de coupe à boire : nessamon delgu linda « (je) contiens la bière des suivants », sous-entendu « ne buvez pas tout ».

Et ce n’est pas en partant du celtique insulaire attesté au Moyen Age que l’on tentera une reconstitution du gaulois : les langues celtiques ont subi une transformation analogue à celle du latin devenu du roman. De langues synthétiques elles sont devenues analytiques : simplification ou perte des déclinaisons, réduction du nombre des temps et des modes de conjugaisons, emploi généralisé de l’article défini (issu du démonstratif) et des prépositions.
Sad
Les Celtes n'utilisaient l'écrit qu'à des fins commerciales ou épigraphiques. Jamais ils n'auraient utilisé l'écriture pour figer dans la glaise et encore moins dans la pierre le flux de la parole qui va de pair avec celui de la pensée ! Ils avaient sans doute beaucoup trop de respect pour la vie en général et pour la vitalité de la langue et de la pensée en particulier, pour les entraver dans l'écriture.
Cool
Si la langue celtique n'avait pas disparu, il est fort probable qu'elle aurait suivi les modifications de syntaxe des autres langues environnantes, et je serais prêt à parier qu'elle aurait adopté la syntaxe des patois courament parlés dans nos régions.
Idea
En tout état de cause, je suis persuadé que rien ne nous interdit de faire revivre cette langue en lui donnant tout simplement la syntaxe qui correspond à notre pensée vivante.
sunny
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Castelodumnos
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MessageSujet: Re: Langue profane et langue sacrée   Dim 13 Nov 2011 - 13:49

« Consolons-nous de la disparition du gaulois : s'il avait survécu, il serait devenu du français ainsi, soc, charrue, chêne, chemin et mille autre mots qui procèdent du gaulois. Combien de mots issus du latin dans la phrase : Le petit garçon a glané près de la lande et du bosquet une jolie javelle de blé ? Et dans celle-ci : du creux des branches brisées du chène dru jaillissent une chétive alouette et un vanneau craintif ? » (Jean-Paul Savignac, in «m-rd- à César», (c) 2000, ELA La différence, p.17)

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Castelodumnos
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MessageSujet: Re: Langue profane et langue sacrée   Dim 13 Nov 2011 - 13:54

« On parle encore gaulois en France. Dans certains villages briards, il y en a qui disent : « Nous allons nous promener l'un quant à l'autre.» En gaulois *kanta signifie bien « avec ». (ibidem)
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MessageSujet: Re: Langue profane et langue sacrée   Dim 13 Nov 2011 - 15:42

Castelodumnos a écrit:
« Combien de mots issus du latin dans la phrase : Le [/i]petit garçon a glané près de la lande et du bosquet une jolie javelle de blé ? Et dans celle-ci : du creux des branches brisées du chène dru jaillissent une chétive alouette et un vanneau craintif ? » (Jean-Paul Savignac, in «m-rd- à César», (c) 2000, ELA La différence, p.17)
aucun ... Wink

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