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 Lucien de Samosate

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Moilogustos
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MessageSujet: Lucien de Samosate   Lun 10 Nov 2014 - 11:16

Héraclès

Ce rhéteur du IIe siècle de notre ère a parcouru une grande partie du monde romain et transmet un souvenir de son passage en Gaule ; sans qu’on puisse l’assurer, son interlocuteur indigène est vraisemblablement un druide.

« Dans leur langue maternelle, les Celtes nomment Héraclès Ogmios, et ils le représentent sous une forme singulière : celle d’un vieillard très avancé au front tout chauve.
Ses cheveux sont tout blanc, sa peau est rugueuse, brûlée et tannée comme celle des vieux marins. On le prendrait pour un charron ou un japhet des demeures souterraines du tartare, pour tout plutôt que pour Héraclès. Il a pourtant tous les attributs d’Héraclès : il porte la léonté, il tient dans la main droite une massue, dans sa main gauche un arc bandé, et le carquois est fixé à son épaule.

Je n’ai toutefois pas encore révélé ce qu’il y avait de plus étrange dans cette représentation : cet Héraclès vieillard entraîne un grand nombre d’homme attachés par les oreilles et ayant pour liens des chaînettes en or et en ambre qui ressemblent en fait à de magnifiques bijoux.

Malgré la faiblesse de ces liens, ils n’essaient pas de fuir, ce qui leur serait pourtant facile. Loin de résister, de se raidir et de se renverser en arrière, ils suivent tous gais et contents leur conducteur, le couvrant de louanges, essayant de l’atteindre et, comme s’ils voulaient le devancer, ils desserrent leurs chaînes, presque étonnés de se voir délivrés.
Ce qui m’a paru le plus singulier, c’est que le peintre, ne sachant où placer l’extrémité de leur chaînes puisque la main droite du dieu tenait déjà la massue et la gauche l’arc, a percer le bout de sa langue et c’est elle qui tire les hommes derrière lui. Le dieu se retourne vers eux en souriant.

Devant ce tableau, je suis resté longtemps debout, embarrassé et irrité. Un Gaulois, qui se tenait près de moi, qui connaissait bien notre littérature comme je pouvais en juger d’après la justesse des termes grecs qu’il employait, et qui devait être très versé dans ses traditions nationales, me dit alors :

« je vais vous donner le mot de l’énigme car je vois que ce tableau vous jette dans un grand trouble. Nous autres Celtes, nous représentons l’éloquence non pas par Hermès, comme vous les Grecs, mais par Héraclès parce qu’il est beaucoup plus fort. Ne soyez pas surpris qu’on lui ai donner l’aspect d’un vieillard : l’éloquence seule n’atteint sa maturité que dans la vieillesse, si toutefois vos poètes disent vrai lorsqu’ils affirment que l’esprit des jeunes gens est vacillant et que la vieillesse est plus sage . C’est pour cela que le miel coule de la bouche de Nestor et que les orateurs troyens font entendre une voix fleurie de lys (….) Ne vous étonnez pas plus de voir l’éloquence incarné par un Héraclès âgé conduisant des hommes enchaînés par les oreilles : ne me rappelai-je pas avoir appris chez vous cet iambe comique, « les bavards ont tous la langue percée » ? Nous croyons enfin que c’est par son extrême éloquence qu’Héraclès a accompli tous ses exploits et que c’est par la persuasion qu’il est venu à bout de la plupart des obstacles. Les discours sont pour lui des flèches acérées qui volent droit au but et blessent les âmes. Vous dites vous-mêmes que la parole est ailée. »

Voilà ce que m’expliqua ce Gaulois.
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MessageSujet: Re: Lucien de Samosate   Lun 10 Nov 2014 - 16:35

Cher G.M, je me permets d'ajouter une autre traduction à la tienne car elles diffèrent souvent... ne sachant pas qui dit mieux, je les ai mis en perspective Wink

Citation :
« Dans leur langue maternelle, les Celtes nomment Héraclès Ogmios, et ils le représentent sous une forme singulière : celle d’un vieillard très avancé au front tout chauve. Ses cheveux sont tout blanc, sa peau est rugueuse, brûlée et tannée comme celle des vieux marins. On le prendrait pour un charron ou un japhet des demeures souterraines du tartare, pour tout plutôt que pour Héraclès. Il a pourtant tous les attributs d’Héraclès : il porte la léonté, il tient dans la main droite une massue, dans sa main gauche un arc bandé, et le carquois est fixé à son épaule.

1. Hercule, chez les Gaulois, se nomme Ogmios dans la langue nationale. La forme sous laquelle ils représentent ce dieu a quelque chose de tout à fait étrange. C'est pour eux un vieillard, d'un âge fort avancé, qui n'a de cheveux que sur le sommet de la tête, et ceux qui lui restent tout à fait blancs. Sa peau est ridée et brûlée par le soleil, jusqu'à paraître noire comme celle des vieux marins. On le prendrait pour un Charon, un Japet sorti du fond du Tartare, pour tout enfin plutôt que pour Hercule. Cependant tel qu'il est, il a tous les attributs de ce dieu. Il est revêtu de la peau du lion, tient une massue dans la main droite, porte un carquois suspendu à ses épaules, et présente de la main gauche un arc tendu. C'est Hercule tout entier.

2. Je crus donc que les Gaulois voulaient se moquer des dieux de la Grèce, en donnant cette forme à Hercule ou se venger de lui parce qu'il avait jadis fait invasion dans leur pays et prélevé sur eux un riche butin, lorsque, cherchant les bœufs de Géryon (01), il parcourut la plus grande partie des régions occidentales.

Citation :
Je n’ai toutefois pas encore révélé ce qu’il y avait de plus étrange dans cette représentation : cet Héraclès vieillard entraîne un grand nombre d’homme attachés par les oreilles et ayant pour liens des chaînettes en or et en ambre qui ressemblent en fait à de magnifiques bijoux.]Malgré la faiblesse de ces liens, ils n’essaient pas de fuir, ce qui leur serait pourtant facile. Loin de résister, de se raidir et de se renverser en arrière, ils suivent tous gais et contents leur conducteur, le couvrant de louanges, essayant de l’atteindre et, comme s’ils voulaient le devancer, ils desserrent leurs chaînes, presque étonnés de se voir délivrés. Ce qui m’a paru le plus singulier, c’est que le peintre, ne sachant où placer l’extrémité de leur chaînes puisque la main droite du dieu tenait déjà la massue et la gauche l’arc, a percer le bout de sa langue et c’est elle qui tire les hommes derrière lui. Le dieu se retourne vers eux en souriant.

3. Cependant je ne vous ai point encore dit ce que sa figure a de plus singulier. Cet Hercule vieillard attire à lui une multitude considérable, qu'il tient attachée par les oreilles. Les liens dont il se sert sont de petites chaînes d'or et d'ambre, d'un travail délicat, et semblables à de beaux colliers. Malgré la faiblesse de leurs chaînes, ces captifs ne cherchent point à prendre la fuite, quoiqu'ils le puissent aisément, et loin de résister, de roidir les pieds, de se renverser en arrière, ils suivent avec joie celui qui les guide, le comblent d'éloges, s'empressent de l'atteindre, et voudraient même le devancer, mouvement qui leur fait relâcher la chaîne et donne à croire qu'ils seraient désolés d'en être détachés. Mais ce qui me parut le plus bizarre, c'est ce que je veux vous dire sans délai. L'artiste ne sachant où attacher le bout des chaînes, vu que la main droite du héros tient une massue et la gauche un arc, a imaginé de percer l'extrémité de la langue du dieu et de faire attirer par elle tous les hommes qui le suivent : lui-même se retourne de leur côté avec un sourire.

Citation :
Devant ce tableau, je suis resté longtemps debout, embarrassé et irrité. Un Gaulois, qui se tenait près de moi, qui connaissait bien notre littérature comme je pouvais en juger d’après la justesse des termes grecs qu’il employait, et qui devait être très versé dans ses traditions nationales, me dit alors :

« je vais vous donner le mot de l’énigme car je vois que ce tableau vous jette dans un grand trouble. Nous autres Celtes, nous représentons l’éloquence non pas par Hermès, comme vous les Grecs, mais par Héraclès parce qu’il est beaucoup plus fort. Ne soyez pas surpris qu’on lui ai donner l’aspect d’un vieillard : l’éloquence seule n’atteint sa maturité que dans la vieillesse, si toutefois vos poètes disent vrai lorsqu’ils affirment que l’esprit des jeunes gens est vacillant et que la vieillesse est plus sage . C’est pour cela que le miel coule de la bouche de Nestor et que les orateurs troyens font entendre une voix fleurie de lys (….) Ne vous étonnez pas plus de voir l’éloquence incarné par un Héraclès âgé conduisant des hommes enchaînés par les oreilles : ne me rappelai-je pas avoir appris chez vous cet iambe comique, « les bavards ont tous la langue percée » ? Nous croyons enfin que c’est par son extrême éloquence qu’Héraclès a accompli tous ses exploits et que c’est par la persuasion qu’il est venu à bout de la plupart des obstacles. Les discours sont pour lui des flèches acérées qui volent droit au but et blessent les âmes. Vous dites vous-mêmes que la parole est ailée."

Voilà ce que m’expliqua ce Gaulois.

4. Je demeurai longtemps devant cette image, la regardant avec une admiration mêlée d'embarras et de colère. Un Gaulois qui se trouvait alors près de moi, homme instruit dans notre littérature, à en juger par la pureté avec laquelle il parlait grec, et de plus versé, je crois, dans une connaissance profonde des arts de son pays :

"Etranger, me dit-il, je vais vous expliquer l'énigme de cette image qui semble si fort vous troubler. Nous autres Gaulois, nous ne pensons pas comme vous Grecs, que Mercure soit le dieu de l’éloquence. Nous l'attribuons à Hercule, qui l'emporte sur Mercure par la supériorité de ses forces. Si nous le représentons sous la forme d'un vieillard, n'en soyez pas surpris. Ce n'est que dans un âge avancé que le talent de la parole se montre avec le plus d'éclat et de maturité, si toutefois vos poètes disent vrai : La jeunesse, en sa fougue, est toujours incertaine (Homère, Iliade). Le vieillard est plus froid, plus sage en ses discours (Euripide, Phéniciennes). La même raison vous fait dire de Nestor que le miel coulait de ses lèvres et que les orateurs de Troie faisaient entendre une voix de lis, pour dire fleur, car si je ne me trompe, chez vous lis signifie une espèce de fleur.

5. Ne soyez pas surpris non plus de ce qu'Hercule, emblème de l'éloquence, conduit avec sa langue des hommes enchaînés par les oreilles. Vous savez la parenté qui existe entre les oreilles et la langue. Ce n'est pas pour insulter au dieu qu'on les lui a percées. Je me rappelle, en effet, qu'un de vos poètes comiques a dit dans ses ïambes : Le bavard a toujours la langue au bout percée.

6. Enfin nous croyons que c'est par la force de son éloquence qu'Hercule a accompli ses exploits. C'était un sage qui faisait violence par la puissance de sa parole. Les traits que vous lui voyez sont ses discours, qui pénètrent, volent droit au but, et blessent les âmes. Ne dites-vous pas vous-mêmes des paroles ailées ?"

Telle fut l'explication du Gaulois.
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MessageSujet: Re: Lucien de Samosate   Lun 10 Nov 2014 - 21:00

Mata toncia Moios Brater Matuos,

Merci pour cet ajout, par contre d'où le tires-tu ? effectivement il y a des différences....Pour moi pas trop importante, car dans l'ensemble il raconte un peu la même chose.... Wink
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MessageSujet: Re: Lucien de Samosate   Lun 10 Nov 2014 - 22:36

Heu... c'est la traduction classique, mais elle date un peu: Oeuvres complètes de Lucien de Samosate, Eugène Talbot, Hachette, 1912  Very Happy

je l'ai eu ici:

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Lucien/table.htm
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Moilogustos
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MessageSujet: Re: Lucien de Samosate   Mar 11 Nov 2014 - 5:28

Matat toncia moios Brater Matuos,

Super, merci pour ton liens, je vais regarder tout ceci.... Wink

Bonne journée
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MessageSujet: Re: Lucien de Samosate   Mar 11 Nov 2014 - 10:14

Bies biuon sero, A Degne Uire!

sunny
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Moilogustos
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MessageSujet: Re: Lucien de Samosate   Mar 11 Nov 2014 - 22:20

Very Happy
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